Quelque part non loin des pays du G20, il y a encore des gens appartenant au groupe du G-faim.

Avant, ces pauvres du G-faim entendaient parler de l'abondance dans certains pays du G20 sans vraiment la voir. Mais aujourd'hui, les satellites du G20 ont permis aux gens du G-faim de constater que 20 % de privilégiés vivant majoritairement dans le Nord consomment 80 % des richesses de la Terre, et que jusqu'à 30 % de la nourriture encore comestible y prend le chemin des poubelles.

Complètement hypnotisés par cette opulence, voilà des gens du G-faim qui décident de marcher vers ces pays du G20. Une migration que la grande majorité des gens du G20, désireux de préserver leurs privilèges, n'apprécient pas du tout. Ils savent, en effet, que lorsqu'un visiteur non attendu frappe à la porte à l'heure du repas, réduire la taille des assiettes de la famille pour qu'il puisse aussi manger devient inévitable.

En regardant ce déversement d'immigrants illégaux sur l'Europe, j'ai pensé au grand humaniste Albert Jacquard, décédé en septembre 2013. Dans Le souci des pauvres, Jacquard avait bien prédit que le jour où l'Europe serait envahie par ses voisins plus pauvres, mais plus prolifiques, n'était pas très loin et, qu'à moins d'un changement radical dans les rapports avec ses anciennes colonies, les affrontements seraient inévitables.

Les Occidentaux, dit Jacquard, se sont lancés dans une course effrénée vers toujours plus. Cette course a pour conséquences des inégalités croissantes et des tensions qui ne pourront qu'aboutir à des conflits destructeurs. Je crois, comme lui, qu'il y a dans cette haine de plus en plus manifeste contre l'Occident l'écho d'un cri de détresse qu'on gagnerait à écouter.

Le physicien Isaac Newton se désolait que les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. Pourtant, les clôtures en fils barbelés semblent devenues la solution contre la migration des pauvres.

Pendant que l'Europe s'emmure, en Amérique, Donald Trump trône dans les sondages en brandissant aussi un projet de forteresse infranchissable entre son pays et le Mexique. Mais depuis quand est-ce que des murailles peuvent résister à des gens qui n'ont rien à perdre, des vulnérables que la Méditerranée, devenue le plus grand cimetière marin de la planète, ne réussit même pas à décourager ?

Les gargouillements de ventres affamés ont toujours été les premiers cris de ralliement de toutes les grandes révolutions.

La solution à cette crise se trouve aussi dans une réflexion critique sur toutes ces campagnes militaires néocolonialistes déguisées en oeuvres humanitaires qui ont déstabilisé des régions et favorisé indirectement l'épanouissement de ces groupes extrémistes sanguinaires qui terrorisent les populations.

Entendons-nous bien, je ne fais pas le procès de l'Occident. Je pointe simplement une responsabilité partagée qu'on refuse de nommer. Avant que les avions de Sarkozy ne déversent les premières bombes sur le régime de Kadhafi, est-ce que des bateaux remplis de clandestins quittaient la Libye pour l'Europe ? Est-ce qu'une mission de stabilisation de la Libye ne devrait pas faire partie de la solution ? Ce qui se passe en Irak est-il indissociable des guerres de pétrole de Georges W. Bush déguisées en recherches d'armes de destruction massive ?

Combattre des personnes qui n'ont plus peur de la mort est une entreprise de taille et cela, la coûteuse lutte contre le terrorisme nous le rappelle tous les jours. Alors, quand ces murailles céderont sous la force et le nombre des migrants, il restera ce face-à-face entre pauvres et riches dont parlait Albert Jacquard.

Lorsqu'on voit des agents armés traiter comme des animaux des parents désespérés serrant leurs enfants dans leurs bras, on ne peut s'empêcher de penser à cette connerie qu'on nous présente comme le premier article de la Déclaration universelle des droits de l'homme : « Tous les humains naissent libres et égaux en dignité et en droits... »