L'égalité entre tous les humains de la Terre est un beau rêve utopique mais, malheureusement, ce n'est pas à toute oreille percée que l'on accroche des anneaux d'or. La preuve, la mer est bien pleine et pourtant il continue de pleuvoir dedans. Alors si un jour vous êtes privilégiés dans la vie, sachez que vous le serez davantage en étant généreux avec les moins nantis.

En plus, vous ne risquez que d'être comparables au soleil qui lui, n'a jamais cessé de briller au-dessus d'un village parce qu'il est petit. Ainsi parlait ma grand-mère, dont je n'invoque injustement pas souvent les enseignements. Ma grand-mère qui professait qu'on pouvait difficilement rencontrer le bonheur sans tendre la main aux autres et partager leurs joies et leurs larmes.

D'une générosité jamais ostensible, ma grand-maman prêchait toujours par l'exemple, comme en témoigne cette petite anecdote que je tenais à vous raconter en ce mois de réjouissances qui s'apprête à commencer. Une nuit de mes 13 ans, ma grand-mère m'avait remis un sac de grains et demandé d'aller le déposer devant la maison des voisins, qui avaient de la difficulté à joindre les deux bouts. 

Comme j'avais peur d'affronter les obscurités de ma savane, ma contre-proposition ne tarda pas à se faire entendre. Pourquoi ne pas attendre le lever du soleil et remettre le cadeau à main propre, avais-je suggéré à grand-maman. Sans tarder, elle déclina ma proposition en m'expliquant que celui qui veut venir en aide à quelqu'un doit justement attendre la nuit et déposer ce qu'il peut devant sa maison. 

De ce fait, quand le nécessiteux se réveille, il ramasse discrètement le cadeau, mais ignore l'identité de son bienfaiteur. Et le lendemain, quand il se promène dans ce village, chaque personne qu'il croise sur son chemin devient son bienfaiteur potentiel. C'est de cette façon qu'on tisse les liens et cultive la solidarité, sans enlever aux moins nantis leur dignité, conclut grand-maman, avant de m'encourager à vaincre ma frousse de la pénombre.

Si ma défunte grand-mère était au Québec, en ce mois de partage qui commence, elle dirait: «Puisque la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit, on devrait, dans la pénombre, la laisser réchauffer la paume du nécessiteux, souvent nue, glacée, hésitante et tremblante. 

«Et s'il est vrai que le temps, c'est de l'argent, un sourire, une visite, un service, un geste d'affection, tout ça vaut son pesant d'or pour ceux dont le coeur glacé a besoin d'être réchauffé bien au-delà du mois décembre, car la pauvreté ne passe pas ses hivers en Floride. 

«Les paniers de Noël sont une merveilleuse idée, mais il est grand temps d'inventer des paniers de la Saint-Valentin, de Pâques, de l'Halloween, de la fête des Mères, de la fête des Pères, du solstice d'été, de la Saint-Jean, de la confédération, de la fête du Travail, de l'Action de grâce et même du Noël du campeur!»

Si ma défunte grand-mère était au Québec, elle proposerait, en ce début décembre, de remercier les bénévoles des banques alimentaires et autres organismes, qui comme le soleil, travaillent chaque jour à illuminer le quotidien de tous ces gens qui se sentent parfois petits et esseulés.

Comme disait un grand lucide, le bénévolat a tellement de valeur, qu'il n'a pas de prix!