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Des nouvelles de Gabrielle Lazure

Elle a quitté le Québec pour «mettre un océan» entre elle et sa mère. Établie en France depuis 40 ans, l'actrice Gabrielle Lazure se dévoile aujourd'hui dans un livre à charge, où elle explique ses choix de vie et raconte sa carrière. La Presse l'a rencontrée à Paris.

Elle arrive à l'heure dite au lieu du rendez-vous, manteau de cuir, foulard en léopard. Élégante et distante, fidèle à l'image qu'on se fait d'elle par le cinéma depuis quatre décennies, Gabrielle Lazure n'hésite toutefois pas à s'ouvrir quand il est question du livre très intime qu'elle vient de publier (Maman... cet océan entre nous). Un livre dans lequel elle règle ses comptes avec sa mère, une femme originale, mais à l'instinct maternel limité, voire défaillant. Assise devant un Perrier citron, l'actrice de 60 ans parle d'exutoire, de partage, de la beauté, du métier d'actrice et, bien sûr, du Québec, qu'elle n'a pas oublié même si, avec le temps, elle a perdu son accent.

Vous reprochez à votre mère, Martha Crampton, de vous avoir mal aimée. Pourquoi avoir voulu raconter ce manque dans un livre?

Je ne voulais pas faire une biographie habituelle, avec le name dropping, les gens qu'on a croisés, les scandales. Ça ne m'intéressait pas. Je voulais que ce soit un truc intime, de mon enfance, de mon adolescence. Ça m'a permis de franchir l'ultime étape psychologique, celle du pardon. Quand ma mère est morte il y a 10 ans, je n'avais pas nécessairement pardonné. Là, ce livre m'a permis de le faire réellement. Je me suis sentie libérée. À l'intérieur de moi, organiquement, j'ai senti un truc qui s'est passé. Le fait de partager m'a relâchée d'un poids aussi. Et puis, il y a quelque chose d'universel dans l'intime. Montrer qu'on n'a pas été très heureux dans l'enfance, ça peut faire avancer les choses pour d'autres.

Le résultat a parfois des allures de règlement de comptes. C'était votre objectif?

Je relate ce que j'ai vécu. Ce n'est pas une accusation, c'est une observation. Mais j'essaie de montrer, malgré tout, que ma mère avait une grande force de caractère et une grande liberté. Peu de femmes osaient s'émanciper comme ça dans le Québec des années 60. C'était quelqu'un de flyé. Pas simple de l'avoir eue comme mère. Elle n'a pas su donner de l'amour. Mais c'était une femme intéressante.

Ironique, tout de même, que vous consacriez un livre à votre mère, alors qu'on vous a toujours présentée comme la fille de votre père, «la fille du ministre Denis Lazure», qui a été ministre et député péquiste de 1976 à 1984, puis de 1989 à 1996.

C'était deux mondes... Mes parents étaient divorcés. J'ai grandi avec ma mère. Mon père venait nous voir deux fois par semaine, et quand on était assez grands, on allait chez lui. Heureusement qu'il était là. C'était quelqu'un de sain. Ça m'a sauvée de la folie, d'avoir ce repère. Il était terre à terre. Ma mère n'était pas trop dans la réalité, en fait. C'est sûr que mon père m'a aidée à me construire. Mais ce n'est pas pareil. Une mère, c'est la première personne qu'on aime quand on arrive sur cette terre. La première personne qu'on rencontre. L'amour d'une mère, c'est quelque chose de fondamental.

Après l'intime, le professionnel. Vous parlez aussi de votre vie d'actrice. Ce n'est pas un métier que vous semblez glorifier.

Je ne sais pas si j'ai besoin de le glorifier. Je n'ai qu'à raconter comment je le vis. Je ne porte pas de jugement. Ce n'est pas facile tous les jours. Ce qui a été difficile, c'est le décalage entre ce que les autres voient et ce qu'on est. Dans le métier, on m'a toujours prise pour une bourgeoise un peu hautaine, froide. Si les gens apprennent que j'ai eu une vie rock'n'roll, ils sauront un peu plus qui je suis.

Vous déplorez, à plusieurs moments, qu'on vous ait surtout engagée pour votre physique...

Je ne suis pas la première femme qui a été perçue pour sa beauté et qui en a été frustrée. C'est énervant de n'être jugée que pour ça. La beauté n'est pas un atout. C'est quelque chose qui se met en travers de ta route. En vieillissant, c'est plus cool. Parce qu'on n'a plus ce regard, cette pression.

C'est vraiment plus facile à 60 ans?

Après 35, 40 ans, c'est vrai que ça devient plus difficile. On n'a plus l'âge de jouer les jeunes premières. Il y a eu des années plus difficiles. Je ne suis pas la seule. Valérie Kaprisky, Mathilda May, toutes ces actrices qui faisaient la une des magazines... Mais je n'ai jamais complètement arrêté de travailler. J'ai fait des téléfilms, de la musique, différentes choses. Je ne suis pas restée inactive. Aujourd'hui, à la limite, je travaille beaucoup plus qu'il y a 10 ans. Je joue dans un nouveau feuilleton quotidien (Un si grand soleil) qui passe tous les soirs sur la chaîne France 2.

Vous avez aussi tenté votre chance à Hollywood, avec plus ou moins de succès. Êtes-vous déçue que votre carrière américaine n'ait pas marché?

Non, je suis super contente de l'avoir fait. Mais arriver là, à 40 ans, et se dire que je vais faire un truc, ce n'est pas si simple. Même si l'anglais est ma langue première, je ne rentrais pas dans la case. Pour une carrière américaine, il aurait fallu que j'aille là-bas dès le début. Mais il me fallait cet océan entre moi et ma mère...

Maman... cet océan entre nous... (image fournie par les Éditions de l'Archipel) - image 2.0

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Maman... cet océan entre nous

image fournie par les Éditions de l'Archipel

Et le Québec? Après 40 ans en France, jusqu'à quel point vous sentez-vous encore québécoise?

J'étais américaine et bilingue par ma mère, québécoise par mon père. C'était compliqué pour moi de placer tout ça. Je me suis sentie plus québécoise quand je suis arrivée en France. Aujourd'hui, quand on me demande ma nationalité, je dis que je suis québécoise, américaine et française. J'aime retourner au Québec. C'est quand même super, ce côté chaleureux, humain, plus simple. J'y vais pour la famille, pour le travail. L'été dernier, j'ai tourné un long métrage avec Micheline Lanctôt (Une manière de vivre), Rosalie Perreault et Laurent Lucas. Avec l'accent québécois! Je me suis entraînée sur place.

Votre père était un indépendantiste de la première heure. Où en êtes-vous avec la politique québécoise?

Je ne suis pas suffisamment au courant de la réalité actuelle pour pouvoir en parler. Le Québec, pour moi, c'est une identité qu'il faut continuer à porter. Après, les modalités, est-ce qu'il faut que ce soit un pays séparé... c'est complexe.

Bouclons la boucle. Votre fille a 18 ans. Avez-vous l'impression d'avoir su rectifier le tir?

Je lui ai donné de l'amour, ça, c'est sûr ! Je ne dis pas que je n'ai pas fait d'erreurs. Mais je lui dis tous les jours que je l'aime. Je la prends dans mes bras. Des choses que je n'ai jamais trop vécues. J'ai attendu suffisamment longtemps avant d'avoir un enfant [43 ans]. J'avais peur de reproduire des schémas. J'ai eu le temps de faire ma thérapie. Emma a le talent pour le cinéma, mais elle voit bien que ce n'est pas une vie très fiable. Elle étudie le business à Londres. Elle veut une vie plus équilibrée!

Maman... cet océan entre nous. Gabrielle Lazure. Éditions de l'Archipel.




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