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Dark Lullabies: berceuse pour l'Holocauste

Au début des années 80, Irene Angelico est allée rencontrer les enfants des... (Photo: fournie par la production)

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Photo: fournie par la production

Au début des années 80, Irene Angelico est allée rencontrer les enfants des survivants et des bourreaux de l'Holocauste. Trente ans plus tard, son film est toujours aussi pertinent.

Début janvier, le Musée de la guerre de Londres a annoncé qu'il avait retrouvé un documentaire sur l'Holocauste réalisé en 1945 par nul autre que le futur maître du suspense Alfred Hitchcock.

Le film, intitulé Memory of the Camps, avait été conçu à partir d'images de l'armée britannique tournées au camp de concentration de Bergen-Belsien. Il n'avait jamais été diffusé publiquement pour ne pas nuire, dit-on, à la «réconciliation de l'Europe».

Imaginez: Hitchcock lui-même aurait été saisi d'effroi devant ces images. C'est dire à quel point elles doivent être insupportables...

La sortie du film n'est pas prévue avant 2015, pour le 70e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Mais si le sujet vous intéresse, on vous suggère entre-temps d'aller voir Dark Lullabies, qui prend l'affiche ce soir au Cinéma du Parc, 30 ans après sa sortie initiale.

Réalisé par la cinéaste montréalaise Irene Angelico, ce film extrêmement personnel sera présenté en version restaurée, après avoir connu une très belle carrière internationale et sélectionné en 1989 comme l'un des 50 meilleurs documentaires de tous les temps au festival Salute to the Documentary.

De Montréal à Dachau

Fille de survivants des camps de la mort, Irene Angelico a réalisé Dark Lullabies au début des années 80, à une époque où l'Holocauste était encore un sujet relativement tabou. Élevée dans le non-dit et les allusions voilées, elle ne connaissait pratiquement rien de la Shoah.

C'est le besoin de savoir, et surtout de comprendre, qui l'a poussée à entamer ce voyage initiatique qui l'a menée de Montréal en Israël, puis à Berlin et, finalement, à Dachau...

Dans la première moitié du film, la cinéaste rencontre d'autres jeunes Juifs qui, comme elle, portent le poids de cet immense trauma familial.

Leurs témoignages touchent au coeur.

Si l'expérience des camps fut terrible pour ceux qui l'ont vécu, on comprend que leurs enfants en ont aussi souffert par la bande, même si beaucoup sont nés après la guerre. Pour plusieurs, la réaction fut de se mettre la tête dans le sable.

«La vaste majorité d'entre nous était dans le déni», résume Irene Angelico, rencontrée la semaine dernière dans un café du Mile End avec le coréalisateur du film, son conjoint Abbey Niedik. «Il y avait un grand silence.»

Ton père a tué mon père, comment vis-tu ça?

La seconde moitié du film est encore plus troublante. Car après avoir interrogé ses semblables, Angelico traverse le miroir pour rencontrer ceux de l'autre camp: les enfants des nazis.

Comment vivent-ils, eux, avec ce terrible héritage? Quel regard portent-ils sur leurs parents? Comment leurs papas ou leurs mamans ont-ils pu être complices de cet incroyable processus d'extermination?

Ses questions, très directes, donnent lieu à toutes sortes de réponses.

Certains, comme Antje Mulka, fille de l'ancien vice-commandant d'Auschwitz, avouent se sentir très coupables des crimes de leurs parents. On devine, en voyant son regard triste et bleu, que des années de thérapie ne suffiront pas à chasser sa honte.

D'autres, en revanche, ont choisi de vivre dans l'ignorance. Comme ces deux néo-nazis, véritables caricatures de chemises brunes, qui reçoivent Angelico dans leur QG berlinois.

Quand la cinéaste leur demande s'ils ont déjà entendu parler des camps de la mort, leurs rires nerveux donnent froid dans le dos. Une des scènes les plus dérangeantes du film, si l'on excepte les incontournables images d'archives tournées dans les camps.

Une catharsis

Il s'en trouvera pour dire que Dark Lullabies n'est qu'un autre film sur l'Holocauste. Mais il faut se rappeler qu'en 1985, les documentaires sur la Shoah n'étaient pas si nombreux. Pour la première fois ou presque, un film donnait la parole aux victimes collatérales de la «deuxième génération».

Irene Angelico a depuis réalisé une quinzaine de films, seule ou avec son partenaire. Mais elle admet que cette première expérience de long métrage fut une véritable catharsis.

«Je suis allée au coeur des ténèbres et j'y ai perdu mon innocence, dit-elle. Par trois fois j'ai voulu arrêter le tournage, tellement c'était difficile. Mais quand j'en suis ressortie, j'ai su que je pouvais passer à autre chose.»

Réalisé avec des bouts de ficelles, et partiellement financé à l'époque par le propriétaire des Expos Charles Bronfman, Dark Lullabies n'est évidemment pas un film tout neuf. Mais il suscite toujours de l'intérêt, comme en témoigne son récent passage au festival de Stratford et de nouvelles offres de distribution venues, notamment, d'Allemagne et des États-Unis.

«Toujours pertinent? Je dirais que oui, conclut Irene Angelico. Car c'est en comprenant ce qui mène au racisme, à l'intolérance et à la déshumanisation que l'on pourra prévenir des génocides comme celui-là.»

Considérant que le livre Mein Kampf, d'Adolf Hitler, est actuellement un best seller sur le Net, on ne peut qu'abonder dans son sens...

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Dark Lullabies, de Irene Angelico et Abbey Niedik. Au Cinéma du Parc, jusqu'au 30 janvier à 19h.




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