Sonia Sarfati LA PRESSE

Le très aimé Mostly Martha a traversé l'océan pour devenir No Reservations. Rencontre avec le quatuor qui a cuisiné ce remake.

C'était en 2002. Un film délicieux a traversé l'océan. Nous est arrivé en allemand avec sous-titres anglais. Mostly Martha de Sandra Nettlebeck. L'histoire d'une jeune femme qui se consacre corps et âme à sa passion, la cuisine, dans le restaurant où elle est chef. La vie de famille, l'amour, les amis, elle ne connaît pas.

Jusqu'au jour où, à la suite d'un accident tragique, elle se retrouve responsable de sa nièce. Chamboulement émotif. Réajustements à la maison. Bouleversement des horaires. Mais aussi, entrée d'un nouveau chef dans «sa» cuisine. Pour lui donner un coup de pouce, lui dit-on. Pour lui mettre un coup de pied au derrière et l'éjecter de son royaume, pense-t-elle. Il y aura des flammèches. L'incendie qu'elles déclenchent sera-t-il sinistre ou feu (sauvage) de l'amour?

«C'est une belle histoire et je trouvais intéressant de la mettre à la portée d'un auditoire plus vaste. Mais pour cela, il a fallu réimaginer le film», indique le réalisateur Scott Hicks (Sunshine, Snow Falling on Cedars) rencontré à New York lors d'une conférence de presse où il était accompagné des trois vedettes de ce «film réimaginé» pour être transplanté dans la réalité new-yorkaise: Catherine Zeta-Jones (Kate), Aaron Eckhart (Nick) et Abigail Breslin (Zoe), petite star qui a commencé à briller dans Little Miss Sunshine.

Leur présence fait déjà beaucoup dans l'adaptation de la recette qui, ainsi, met de l'avant des... ingrédients plus connus du public nord-américain. Mais avant de tourner la page du menu et de plonger - pas dans l'évier! - Catherine Zeta-Jones a goûté au plat original: «J'ai tellement aimé le scénario que j'ai tenu à voir Mostly Martha. Mais après, je l'ai mis de côté pour me concentrer sur mon personnage. Kate n'est pas Martha.»

Avec de vrais chefs

Tout comme Nick n'est pas Mario. «Les deux films se tiennent debout par eux-mêmes. Et quand vous tournez, vous vous concentrez non pas sur ce que les autres ont fait mais sur ce que vous, vous avez à faire ce jour-là. Pour moi, ça signifiait couper des légumes, les faire sauter, chanter de l'opéra», ajoute Aaron Eckhart.

Qui, comme ses deux partenaires, a suivi un entraînement en cuisine avant de commencer le tournage. Ils ont mis la main à la pâte dans tous les sens de l'expression. «Il y a quelque chose d'intimidant à se retrouver dans ces immenses cuisines. On a l'impression qu'on va être entouré de gens qui se cognent, qui se brûlent, qui crient. En fait, c'est un sympathique chaos, un genre de ballet, raconte Catherine Zeta-Jones qui s'est quand même sentie terrifiée quand les autres chefs - des vrais, engagés pour jouer ses troupes dans le film sont arrivés sur le plateau de tournage. «J'oubliais mes lignes, je ne savais plus quelle sauce j'étais en train de préparer!»

Entraînement aussi du côté d'Abigail Breslin. «J'ai appris à faire sauter des crêpes. J'en ai fait tomber quelques-unes mais... c'était l'fun", raconte la fillette de 10 ans avec un sérieux pour lequel il est impossible de ne pas craquer. Lors d'une réponse collective à une des questions des journalistes, Aaron Eckhart y ira d'ailleurs d'un «Voyez comme elle m'éclipse!» amusé. Quant à Catherine Zeta-Jones, elle affirmera combien la fillette «est adorable, de l'intérieur comme de l'extérieur. Travailler avec elle est un rêve absolu». Puis, lui jetant une oeillade maternelle: «Ferme tes oreilles le temps que je continue... et tu me paieras plus tard.»

On sent que la mère n'est jamais loin chez celle qui a eu deux enfants avec Michael Douglas. «Côté carrière, continue-t-elle, je n'ai jamais été comme Kate. Mes enfants sont ma priorité. Ils occupent la première place. Tout le reste, je le considère comme un bonus. J'ai de l'ambition, oui, sauf que ce n'est pas une ambition maladive ou obsessionnelle - comme celle de Kate. J'ai une ambition... saine. Je crois.»

Et Aaron Eckhart de sourire, lorsque la question vie personnelle/vie professionnelle lui tombe dessus: «Je vis une relation où j'ai du travail, jamais les deux en même temps, on dirait!» s'esclaffe celui qui, dans le film, affiche une passion pour l'opéra. «Si j'en écoute? Heu... j'en ai écouté pendant le tournage.» «C'est de ma faute, précise Scott Hicks. J'ai fait le lien entre l'opéra et le fait que le personnage aime l'Italie, la cuisine italienne et le vin italien.»

L'opéra a donc trouvé sa place dans la trame sonore éclectique de ce feel-good momie qui fait écho à l'état d'esprit de son réalisateur. «Ce que j'aime toujours de No Reservations, c'est qu'il parle de la vie, de l'amour, des relations, de la perte et du deuil. Je me suis senti bien équipé pour faire ce genre d'histoire très humaine.»

Un film qui fait du bien. À ceux qui le voient. Et à ceux qui jouent dedans: «Je suis à un temps de ma vie où je préfère que les gens soient heureux quand ils sortent de la salle après m'avoir vu à l'écran», conclut Aaron Eckhart qui, plus tôt dans sa carrière, a endossé des personnages pas jojos. On se souviendra de ses passages devant la caméra de Neil LaBute dans In the Company of Men et Your Friends & Neighbors où il incarnait des types avec qui, en effet, on ne se verrait pas aux fourneaux!

No Réservations prend l'affiche le 27 juillet, en anglais et en français (Table pour trois) Les frais de voyage ont été payés par Warner Brothers.