Sonia Sarfati LA PRESSE

Il y a d'abord eu la série. Quatre-vingt-quatorze épisodes d'une demi-heure répartis en six saisons et diffusés initialement sur les ondes de HBO, de juin 1998 à février 2004. Il y a maintenant le film. Quatre ans plus tard pour les fans, pour les vedettes de Sex and the City... et pour leurs personnages. Coup d'oeil sur le grand saut qu'il a fallu faire pour passer de la télé au cinéma.

C'était il y a deux ans. The Devil Wears Prada venait de sortir. Chris Albrecht, alors à la tête de HBO (la chaîne qui a diffusé en primeur Sex and the City), se trouvait dans une salle de cinéma remplie à craquer de gens venus voir le film de David Frankel. «Mais c'est nous qui avons "fait" ce public!» a-t-il pensé et répété au bout du fil, le lendemain, à Michael Patrick King.

> Notre section spéciale sur Sex and the City

Le projet d'un long métrage basé sur la série a ainsi été remis sur les rails. Un premier, amorcé en 2004, au moment où le rideau était tombé sur les aventures de Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte (Sarah Jessica Parker, Cynthia Nixon, Kim Cattrall et Kristin Davis), avait été abandonné. En bonne partie à cause d'un conflit («rémunéro-personnel») entre Kim Cattrall et Sarah Jessica Parker. Conflit qui, en ces jours de promotion du film, semble avoir été enterré en même temps que la hache de guerre.

«Le mois dernier, ça a fait deux ans exactement que nous avons relancé la machine», a raconté Sarah Jessica Parker, lors de rencontres de presse organisées au début du mois au 36e étage du très chic Mandarin Oriental de New York. «Et j'ai terminé l'écriture du scénario il y a eu un an hier», a ajouté l'auteur-réalisateur Michael Patrick King, l'un des piliers de la série, dont le plus gros défi a été de se «débarrasser» des attentes des fans: «Je ne devais pas travailler en ayant l'impression que des millions de personnes regardaient par-dessus mon épaule.»

Une fois cela fait, «ça a été le bonheur. Vous savez, un deadline serré peut être votre meilleur ami».

Le film qu'il a écrit, a-t-dit, est en continuité directe avec la série: «La série parlait de la recherche de l'amour, le film parle de ce qui se passe quand vous l'avez trouvé.» «Le sentiment de perte y est aussi très présent. La perte à 40 ans, qui n'a pas le même sens qu'à 20. À 40 ans, vous devez réparer, ne pas laisser aller. C'est une histoire que nous n'aurions pu raconter il y a deux ans», a soutenu Sarah Jessica Parker, pour qui il était important de ne pas édulcorer le propos, atténuer le mordant des échanges entre les protagonistes qui n'ont pas la langue dans leur poche (dans leurs conversations... et ailleurs).

«La série a été "nettoyée" pour passer sur les grands réseaux, et ça nous a permis de rejoindre un public plus vaste et plus jeune, mais le scénario du film est vraiment dans l'esprit original de la série», a précisé Cynthia Nixon. Pour elle, la différence, celle qui «justifie» le passage au grand écran, est «dans l'ampleur des drames traversés» pendant les 142 minutes que dure le long métrage: «Les filles ont quatre ans de plus et ce qu'elles ont à perdre est plus important. Elles n'ont plus la même liberté», a avancé Cynthia Nixon, dont la plus grande crainte, quand le projet a de nouveau montré le bout de son nez, était «que ça ne se fasse pas».

Autrement, retrouver Miranda a été pour elle comme remonter à bicyclette. «La coiffure, les vêtements, les chaussures... et ça y était!» lance-t-elle.

Tournage en délire

Et là, la surprise. Au début du tournage des scènes extérieures. «On nous avait averties qu'il y aurait des curieux, a dit Kim Cattrall. Mais jamais je n'aurais pu imaginer ce qui nous attendait. Nous nous sommes retrouvées à marcher toutes les quatre sur un trottoir. Avec des centaines de personnes de part et d'autre, qui criaient nos noms, ceux de nos personnages... et même ceux de membres de l'équipe!»

Une folie telle, a souligné Sarah Jessica Parker, que Michael Patrick King, par inquiétude, a décidé de réécrire une scène extérieure pour qu'elle se déroule plutôt à l'intérieur. Scène qui, on s'en doute, mettait en scène les quatre dames... de coeur puisque, comme l'indique Cynthia Nixon, «Sex and the City, c'est le combat perpétuel entre la tête et le coeur. Mais c'est le coeur qui règne ultimement».

Et qui dit coeur, dit amour. Retour, donc, des «hommes de leur vie». Steve (David Eigenberg) pour Miranda, Harry (Evan Handler) pour Charlotte, Smith Jerrod (Jason Lewis) pour Samantha et Mr. Big (Chris Noth) pour Carrie. «J'ai aimé le scénario dès la première lecture, a assuré l'acteur, qui était prêt à y trouver à peu près tout... puisque dans la série, «Big et Carrie ont vraiment traversé des montagnes russes émotionnelles». Et de rappeler leurs séparations douloureuses, les mariages et divorces de son personnage et, sur un plan plus anecdotique, «ma bataille dans la boue avec Aidan, ma chute dans un étang avec Carrie».

«Que, pouvait-il m'arriver de pire?» a demandé alors celui qui incarne un personnage que Michael Patrick King voit comme «l'archétype de l'homme». «Ah oui? a pouffé le comédien. Peut-être que Big est devenu une icône, mais il est très humain. Quant à incarner un archétype, je ne sais pas comment on peut faire ça ailleurs que dans une tragédie grecque.» Ce que n'est pas Sex and the City.