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Jephté Bastien : parler du tiers-monde québécois

«Je n'ai pas la prétention d'éradiquer les gangs... (Antonio Pierre de Almeida, fournie par la production)

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«Je n'ai pas la prétention d'éradiquer les gangs de rue, mais j'aimerais susciter un dialogue pour que l'on comprenne que c'est un phénomène sociétal, pas seulement québécois ou canadien», explique Jephté Bastien.

Antonio Pierre de Almeida, fournie par la production

Grand absent du cinéma québécois, le phénomène des gangs de rue a inspiré à Jephté Bastien son premier long métrage de fiction, qu'il scénarise et produit. Remarqué pour son documentaire Haiti Through My Eye (2005), le réalisateur espère révéler le visage du tiers-monde québécois.

Tourné le mois dernier à Montréal dans les quartiers Montréal-Nord, Saint-Michel et Notre-Dame-de-Grâce (NDG), Sortie 67 raconte l'histoire de Jecko, un jeune homme qui, marqué par la violence, attend sa vengeance. «Il réalise qu'il voit sa vie dans un rétroviseur, et il veut se prendre en main», dit le réalisateur.

Entre les règlements de compte et l'envie de sortir d'une spirale de violence, Sortie 67 explore un univers dans lequel le cinéma québécois s'attarde peu. «Je n'ai pas la prétention d'éradiquer les gangs de rue, mais j'aimerais susciter un dialogue pour que l'on comprenne que c'est un phénomène sociétal, pas seulement québécois ou canadien», explique Jephté Bastien.

Né en Haïti, installé à Miami pendant un temps, Jephté Bastien a écrit son premier long métrage de fiction après la mort, dans les rues de NDG, de son neveu, alors âgé de 16 ans. «C'est toujours plus difficile quand cela nous arrive, quand cela est proche, que quand on en entend seulement parler. On devient plus alerte, sensible à cette cause», estime Bastien.

La production de Sortie 67 a été marquée par plusieurs difficultés, mais pas celles que l'on évoque souvent à propos du film indépendant au Québec. Le casting, composé, selon Jephté Bastien, à «95%» de comédiens noirs, a en effet pris plusieurs mois à se finaliser.

Pénurie d'acteurs noirs

«Il y a une pénurie d'acteurs noirs au Québec: cela a donc pris beaucoup de temps pour tous les trouver», explique-t-il. Deux semaines avant le tournage, l'interprète de Jecko s'est blessé et a dû renoncer. «Il a fallu recommencer: on a fait venir des gens de Toronto, de Vancouver. Rien ne se manifestait», dit-il.

Finalement, Jephté Bastien a recruté Henri Pardo pour devenir Jecko. Il partage l'affiche avec Benz Antoine, Édouard Fontaine, Alain Lino, Mic Eli Bastien et Scott Jimmy Beaubrun. «Je mise beaucoup sur la performance des acteurs et sur l'histoire racontée», précise Jephté Bastien.

Avec un budget supérieur à 1 million, le réalisateur a eu le temps de préparer des dialogues qu'il a souhaités les plus réalistes possible. «J'ai été chanceux de pouvoir faire la recherche sur le plan du langage: les jeunes, ils sont trilingues, ils parlent anglais, français et créole. Il faut connaître leur jargon, cela faisait partie de mon travail.»

C'est d'abord en vidéoclips, en téléséries et en documentaire que Jephté Bastien s'est fait remarquer. En 2005, dans Haiti Through My Eye, il revenait sur l'histoire d'Haïti à travers le regard d'un mannequin, Lutza. «Je crois que la fiction est vraiment ce qui m'intéresse. On est plus libre dans son imagination, on peut aussi se faire une signature visuelle. Je préfère être dans la vérité sur le plan de la fiction», juge Jephté Bastien.

Admirateur des premiers films de Spike Lee (Do The Right Thing ou Malcolm X), Jephté Bastien est touché par les films «à caractère social»: «J'aime voir des films qui me parlent, qui me sensibilisent à des problèmes sociaux.»

Avec Sortie 67, Jephté Bastien croit qu'il pourra intéresser le public du Québec et d'ailleurs. «Je n'ai aucun doute là-dessus: dans tous les pays développés, on a un tiers-monde. Beaucoup de gens aussi pourront se voir dans ce film», estime-t-il. Le film sortira en 2010 au Québec. Produit par Jephté Bastien avec l'aide à la production déléguée de Nicolas Comeau et le soutien financier de la SODEC, il sera distribué par Atopia.

«Avec tous les problèmes qu'une production peut avoir, le résultat est vraiment ce qui compte. En regardant les rushs, je me suis dit: «Thank God!» Si on faisait de la merde, ce serait désolant, mais là, ce sera touchant, profond, et, surtout, j'espère que cela va susciter le dialogue.»




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