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Journal d'un coopérant de Robert Morin: ainsi sois-je...

Robert Morin aime faire des films à la... (Ivanoh Demers, La Presse)

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Robert Morin aime faire des films à la première personne du singulier, créer une communication intime avec le spectateur, «quitte à le trahir».

Ivanoh Demers, La Presse

Attention: un thème peut en cacher un autre. Officiellement, Journal d'un coopérant pose un regard sur les ratés de la coopération internationale. Sous la gouverne de Robert Morin, le récit glisse évidemment vers autre chose...

Il est visiblement fier de son coup. D'autant plus que, face à son film, le journaliste se trouve devant un dilemme cornélien: révéler ou pas l'autre sujet de ce Journal d'un coopérant, celui qui, progressivement, vient se juxtaposer au thème de départ, au point même d'occulter presque tout le reste.

Quand on lui demande ce qu'on peut révéler du film, Robert Morin nous fixe droit dans les yeux avec le sourire du chat qui vient de manger le canari.

«Si tu décides de ne pas vendre la mèche, j'ai hâte en maudit de te lire, dit-il. Va falloir que tu patines!»

Même sans se lancer dans un quadruple axel suivi d'une triple boucle piquée, il y a une foule de choses intéressantes à dire sur ce projet unique dans les annales du cinéma québécois. À partir du 26 mars, jour de la sortie du film, toutes ces choses-là risquent pourtant d'être écartées au profit d'une discussion délicate - peut-être même douloureuse - qui, à n'en point douter, surgira au moment où le film sera révélé au grand jour.

«Je suis très content de cet effet, affirme le cinéaste. J'aime le cinéma qui dérange, qui nous confronte à nos zones d'ombre. J'aime sortir d'un film avec des points d'interrogation dans la face! Quand j'ai vu Lumière silencieuse de Carlos Reygadas, j'en ai eu pour une bonne semaine à me questionner. Même chose pour Ken Park de Larry Clark. Quand on veut faire un cinéma qui questionne, on n'obtient pas toujours les réponses les plus rassurantes. Je préfère de loin poser ces questions, quitte à être mal compris, plutôt que de me vautrer dans des certitudes et faire un film plate!»

L'implication est d'autant plus grande que Morin prête ses propres traits au protagoniste de son film. Et prend un plaisir non feint à se glisser dans la peau de Jean-Marc Phaneuf, électronicien célibataire, «vieux garçon» notoire, qui, pour la première fois de sa vie, se rend en Afrique à titre de coopérant pour une ONG.

Point d'usurpation dans le titre: le film est construit comme un journal intime que Phaneuf rédige avec sa caméra au fil des jours. Bien sûr, ses idéaux sur l'aide humanitaire s'étiolent au gré des désenchantements liés aux rouages d'un système miné de l'intérieur. Morin s'est offert le luxe de solliciter l'apport du public pendant deux mois en tenant le journal de Phaneuf sur le web.

«C'est une expérience que je voulais tenter, explique-t-il. Même si j'aurais aimé que les gens s'expriment davantage par webcam, ce fut très positif. Rarement peut-on s'offrir le luxe de décanter un projet pendant deux mois et de l'enrichir au gré des observations que des intervenants peuvent faire. Cela dit, la trame du scénario était fixée depuis le début. Je savais très bien où je m'en allais.»

Le choc africain

Au départ de ce Journal, un séjour au Rwanda. Le réalisateur de Petit Pow! Pow! Noël accompagnait sa conjointe là-bas. Cette dernière travaillait sur le plateau d'Un dimanche à Kigali, le film de Robert Favreau.

«Là, j'ai vu les rutilants 4x4 blancs de l'ONU, les inégalités sociales et la division des classes. J'ai aussi vu avec qui les hommes se tiennent dans leurs moments de loisir. C'est de là qu'est née l'idée du film. J'ai alors fait des recherches sur la coopération internationale. Tous les chiffres avancés dans le film sont véridiques. En abordant un sujet comme celui-là, il est important de faire ses devoirs.»

Journal d'un coopérant a été tourné au Burundi en équipe réduite, avec plusieurs comédiens recrutés sur place. Budget total: 900 000$, dont une bonne partie provient des différents programmes d'aide au cinéma indépendant que proposent les institutions.

Robert Morin a 30 ans de cinéma derrière lui. Des longs métrages (Requiem pour un beau sans coeur, Le nèg', Que Dieu bénisse l'Amérique, notamment) tout autant que de nombreuses productions plus «expérimentales» (Quiconque meurt meurt à douleur, Yes sir! madame...). Il a trouvé le moyen de construire une filmographie riche, libre, malgré les lourdeurs d'un système dont il n'a pas eu les faveurs très souvent. L'an dernier, il était sélectionné pour le Jutra de la meilleure réalisation grâce à Papa à la chasse aux lagopèdes.

«Pour ma santé mentale, il est important que je tourne, fait-il remarquer. Peu importe qu'il y ait de l'argent ou non. C'est sûr, j'aimerais être dans le système des fois, mais je n'ai pas envie d'un cinéma formaté. J'aime essayer des affaires. J'aime fouiller le «je», faire des films à la première personne du singulier. Souvent, le cinéma, ce n'est que du «il», c'est-à-dire la vision d'un auteur qui se met à distance sans se mouiller. La plupart du temps, on est dans la déclamation: du gros 35 mm, de la grosse image, de gros effets, de gros personnages. Je préfère me rapprocher un peu. Créer une communication plus intime avec le spectateur. Quitte à le trahir!»

Le cinéaste sait que son nouveau film suscitera bien des discussions. Il le revendique.

«Toucher le spectateur, ça ne veut pas obligatoirement dire le faire pleurer et lui donner un happy end en épilogue. Ça veut aussi dire le déranger, le bousculer, le confronter à des idées reçues. Mon travail, c'est de provoquer, de questionner.»

Telle est la force d'un cinéaste singulier qui ne filme jamais pour ne rien dire, conclura-t-on en effectuant un dernier triple lutz.

Journal d'un coopérant prend l'affiche le 26 mars.




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