Sonia Sarfati LA PRESSE

Le créateur de Hostel, Eli Roth, et les deux vedettes de The Last Exorcism parlent vomi, démons, possession et autres sujets anodins (!) en vue de la sortie de ce film d'exorcisme d'un genre différent.

Ashley Bell bouclait ses valises pour se rendre à La Nouvelle-Orléans quand elle a reçu un coup de fil du réalisateur Daniel Stamm: «Il m'a demandé s'il était vrai que j'étais végétarienne», raconte la comédienne de 24 ans, que La Presse a rencontrée à Toronto en compagnie de sa covedette dans The Last Exorcism, Patrick Fabian.

Et l'interprète de Nell, jeune fille possédée-ou-peut-être-seulement-folle, de poursuivre: «Je me suis rappelé que j'allais jouer dans un film produit par Eli Roth, j'ai pensé à Hostel... et j'ai imaginé ce qu'il allait peut-être falloir que j'avale. Mais j'ai dit que oui, j'étais végétarienne. Est-ce que c'était un problème?» Ce n'en était pas un. «Nous sommes en train de mixer ton vomi. On voulait savoir si on devait utiliser du bouillon de poulet ou du Gatorade», a expliqué le réalisateur. Ç'aura été du Gatorade.

Et ce faux vomi est l'un des seuls effets spéciaux de The Last Exorcism. «L'autre étant quand je me casse les doigts. Ils n'ont pas voulu que je le fasse réellement... mais j'étais prête!» s'amuse Ashley Bell - que l'on peut aussi voir dans la série The United States of Tara. Quand elle se plie le dos en deux par en arrière, quand ses traits s'étirent et que son visage se déforme, c'est du 100 % naturel.

«Et ça m'a aidé dans mon propre jeu: j'étais légitimement effrayé de la voir ainsi, d'avoir l'impression d'être en présence de quelqu'un de vraiment possédé ou de complètement fou. J'étais terrifié», lance Patrick Fabian. Lui enfile la peau du révérend Marcus Cotton, un golden boy du sermon. Selon le scénario signé Huck Botko et Andrew Gurland, après des années de pratique, il a décidé de dire la vérité, toute la vérité au sujet des exorcismes qu'il pratique. Pour cela, accompagné d'une équipe de télévision, il va répondre à la première demande qui lui tombe sous la main, et démontrer comment fonctionnent les trucs dont il se sert. Car ses exorcismes sont le fruit «d'effets spéciaux», eux, et non de l'oeuvre de Dieu contre celle de Satan.

«J'ai toujours voulu travailler sur un film d'exorcisme», raconte Eli Roth, lui aussi rencontré à Toronto et qui agit à titre de producteur pour ce film qu'il qualifie de thriller psychologique. «Mais comment refaire un long métrage aussi terrifiant que The Exorcist? Ce n'est pas possible. Il faut renouveler le genre, comme ça se fait dans les derniers temps avec les vampires.»

Il a vu, avec The Last Exorcism, l'occasion «de faire au film d'exorcisme ce que District 9 a fait au film de science-fiction, Cloverfield au film de monstre et Paranormal Activity au film de fantômes»: par une approche de faux documentaire et avec une histoire «qui multiplie les revirements inattendus et vise plus à déstabiliser, à surprendre par son intelligence» et non à provoquer des effets primaires (sursauts, dégoût, etc.), «nous voulons aller chercher un public plus vaste que celui habituellement visé par le genre».

Voilà pourquoi il a choisi David Stamm pour réaliser The Last Exorcism: «Son réalisateur préféré est Lars von Trier et son approche de chaque scène n'est pas celle du film d'horreur mais des Idiots: tout est très réel, il cherche ces moments dramatiques et de malaise où les gens sont coincés dans leurs mensonges et se sentent humiliés», poursuit Eli Roth.

Visages peu connus

C'est au réalisateur qu'est revenu de trouver deux visages peu connus pour porter le film de façon crédible: les documenteurs ne mettent pas de stars en scène. Ashley Bell l'a convaincu par sa présence et, aussi, sa souplesse: «À la deuxième audition, j'ai dû me contorsionner sur le sol, avec un type qui me hurlait dessus et un autre qui me filmait. Et tout ce que je me disais, c'est que mes parents seraient tellement fiers s'ils me voyaient!» pouffe la fille des comédiens Michael Bell et Victoria Carroll.

Le cas de l'interprète du révérend Cotton semblait plus problématique: «Nous devions trouver un acteur très talentueux, dans la quarantaine, mais qui n'avait pas encore été découvert», se souvient Eli Roth... qui dit ne pas avoir été plus inquiet qu'il faut: «J'étais sûr qu'il était là, quelque part. Après tout, Quentin Tarantino a trouvé Christoph Waltz pour Inglourious Basterds

Quand il a passé son audition, Patrick Fabian, qui a participé à quelques épisodes de la série Big Love, n'a pas eu à se plier en quatre: «Dans les films de possession, on laisse en général ça aux femmes. Il y a du syndrome de la demoiselle en détresse là-dedans: on veut aider cette pauvre victime, fait-il avec un sourire dévastateur. Si c'était un homme qui affichait les mêmes symptômes, on aurait tendance à mettre fin à ses misères. Pan!» Et le sourire de se faire carnassier, avant qu'il ne s'esclaffe.

Bref, pour l'audition, il a rédigé un sermon de 10 minutes. Dont il a mémorisé les mots, les intonations, mais aussi imaginé les gestes et une mise en scène. «Je devais prouver que je pouvais parler, crier, marcher, interpeller les gens, sauter... tout ça en même temps.»

C'était le début d'une descente aux enfers à laquelle Ashley Bell et lui semblent avoir pris un plaisir du diable.

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The Last Exorcism (Le dernier exorcisme) prend l'affiche le 27 août. Les frais de voyage ont été payés par Alliance Vivafilm.