Sonia Sarfati LA PRESSE

À 75 ans et après 45 ans de mariage, un homme décide de sortir du placard. Son fils, Mike Mills, raconte l'histoire de ce «nouveau» père dans Beginners. Pour incarner le réalisateur à l'écran, Ewan McGregor. La Presse les a rencontrés.

«C'est fascinant, d'entendre Mike parler de son père straight et de son père gay!», a lancé Ewan McGregor, un sourire aux lèvres, lors d'une rencontre de presse tenue à Los Angeles.

Sourire, parce que son expérience avec Mike Mills (Thumbsucker), qui le dirige dans Beginners, a été des plus agréables - il reviendra d'ailleurs là-dessus à plusieurs reprises en cours d'entrevue. Sourire, aussi, parce que les deux pères en question ne font qu'une seule et même personne, incarnée par Christopher Plummer dans cette chronique à la fois douce et piquante.

«Mes parents ont été mariés pendant 45 ans, raconte le réalisateur. Quand ma mère est morte, mon père est sorti du placard. Il avait 75 ans. Il a commencé à vivre une vie nouvelle, joyeuse, éclatée.» Et, cinq ans plus tard, il s'est éteint. Cancer. «Mais il n'a jamais été aussi vivant que pendant ces années-là», assure Mike Mills qui, dans le deuil, a décidé de coucher sur papier ses souvenirs de ce père, le «deuxième».

De ce qu'en a découvert Ewan McGregor, l'homme «était drôle, formidable, émotivement accessible... libre, quoi. Alors que le «premier» père était absent, puisqu'il devait dépenser tellement d'énergie pour réprimer sa véritable sexualité!», résume l'acteur qui, dans Beginners, se fait, sous le patronyme d'Oliver, l'alter ego du réalisateur - à qui il a demandé d'enregistrer tous les dialogues du film. «Je voulais le sentir, le comprendre, pas l'imiter. J'avais l'enregistrement sur mon ordinateur portable et je pouvais l'écouter à loisir. Après tout, c'est son histoire, je voulais la sentir comme lui, ressentir les choses à sa manière.»

Cette histoire-là, l'acteur écossais l'a entendue pour la première fois de la bouche de celui qui allait devenir son nouvel agent. C'était il y a quelques années, pendant le festival de Sundance. Ils ont pris le remonte-pente ensemble, pour aller skier. L'un a parlé. L'autre a écouté. A été touché. «J'avais reçu le scénario, mais je ne l'avais pas lu. De retour chez moi, j'ai plongé dedans.»

Et il a été plus séduit encore. «Ce que j'ai aimé du script, et que le film traduit bien, c'est qu'il compte deux histoires dans lesquelles deux choses opposées se produisent. D'un côté, il y a cet homme de 75 ans, Hal, qui sort du placard et qui commence à vivre vraiment... au moment où il apprend qu'il va bientôt mourir. D'un autre côté, il y a ce jeune homme en deuil, Oliver, triste, qui regarde en arrière et se demande quelle est la part de vérité dans son enfance... au moment où il tombe amoureux.»

Mélanie Laurent

Entrée, ici, de la lumineuse Mélanie Laurent, qui incarne Anna, une actrice française de passage à Los Angeles. Il y a de l'amour dans l'air. De la joie et des rires. Des tensions et des complications aussi. Du vrai, quoi. Et de la fiction. «Le personnage d'Anna n'est pas ma femme, notre histoire n'est pas celle-là. D'une certaine manière, Anna représente une facette de moi-même et sert de véhicule à bien des questions concernant l'amour, familières aux gens nés dans les années 60», indique le Mike Mills.

Puisqu'il y avait deux histoires, le film a été tourné en deux temps. «Christopher et moi avons répété pendant une semaine, puis tourné pendant deux à trois semaines. Nous avons fait la même chose avec Mélanie», indique Ewan McGregor, pour qui cette manière de faire était essentielle étant donné qu'il est le seul acteur à être partie prenante des deux histoires. Car si elles s'imbriquent et se répondent ou s'opposent dans le film, elles se déroulent, chronologiquement, l'une après l'autre. Tel tournage a aidé l'acteur à bien recréer l'arc émotif du personnage.

Une vérité essentielle pour lui, et pour le réalisateur. «Nous avons répété, mais je ne voulais surtout pas que les acteurs s'habituent aux dialogues, raconte Mike Mills. Je leur ai donc plutôt fait «jouer» des moments semblables à ceux qui se retrouvent dans le film, mais pas des scènes comme tel.»

Magasinage

Ainsi, avant qu'Oliver n'accompagne son père dans un grand magasin afin qu'il se concocte une nouvelle garde-robe, Ewan McGregor et Christopher Plummer sont allés chez Barneys, à Los Angeles. «Je leur ai donné de l'argent et je leur ai dit de trouver une écharpe pour Christopher», raconte Mike Mills. Sauf que le vétéran acteur est tombé en pâmoison devant les jeans skinny que portait son futur partenaire à l'écran. «Il en a acheté pour 1000$, rigole le réalisateur. Mais il les a portés dans le film.»

Même chose avec la musique house que Hal va apprendre à apprécier. C'est Ewan McGregor qui a initié Christopher Plummer à ce genre. D'où la vérité de leurs rapports, qui traverse l'écran. «C'est une histoire très personnelle, tendre, belle. Et d'une vérité qui se suffit à elle-même, croit l'acteur. Pas besoin d'en rajouter, de planter un meurtre ou une poursuite automobile pour la rendre plus intéressante.» C'est une autre de ces choses qui l'ont poussé à devenir l'un des beginners de Mike Mills.

Beginners prend l'affiche le 24 juin. Les frais de voyage ont été payés par Alliance Films.