Viggo Mortensen et David Cronenberg étaient de passage à Montréal mardi afin de présenter Crimes of the Future, le cinquième film qu’ils tournent ensemble. La Presse a profité de l’occasion pour leur faire parler du lien particulier qui les unit.

Publié le 1er juin
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

C’est un peu drôle à dire, mais sans le succès de The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux), la rencontre entre Viggo Mortensen et David Cronenberg n’aurait peut-être jamais eu lieu. Au moment où le réalisateur de Crash était en train de choisir les acteurs du film A History of Violence (Une histoire de violence), le studio responsable de la production – le même qui s’occupait des longs métrages de Peter Jackson – a suggéré au cinéaste de rencontrer l’interprète d’Aragorn, maintenant devenu une vedette populaire.

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David Cronenberg et Viggo Mortensen sur le tapis rouge de la première de Crimes of the future, mardi soir

« Notre relation a commencé sur une base un peu chambranlante parce que le scénario n’était pas très bon et que j’ai dû convaincre Viggo, qui ne me connaissait pas encore très bien, de ma capacité à l’améliorer, confie David Cronenberg. Je me souviens qu’après notre première rencontre, j’ai appelé mon agent en lui disant avoir l’impression que Viggo ne m’aimait pas beaucoup ! »

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En 2005, A History of Violence (Une histoire de violence) marque la première collaboration entre Viggo Mortensen et David Cronenberg.

Il n’en était rien, bien sûr, même si l’acteur reconnaît qu’en effet, le scénario de ce film dont le cinéaste canadien allait uniquement signer la réalisation n’était pas au point. « Chaque projet est un acte de foi, soutient-il. À plus forte raison avec quelqu’un avec qui tu n’as encore jamais travaillé. Mais je sentais que je pouvais accorder ma confiance à David, d’autant que j’aimais déjà son cinéma et que je le savais être un artiste intègre et sincère, capable de prendre des risques. »

Un lien toujours solide

Comme dit l’adage, le reste est passé à l’histoire. Non seulement les deux hommes partagent depuis plus de 15 ans une relation professionnelle féconde, mais en plus ils ont noué une amitié profonde.

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Dans A Dangerous Method (Une méthode dangereuse), de David Cronenberg, Viggo Mortensen a incarné Sigmund Freud.

« Cela arrive assez rarement, concède Viggo Mortensen. David et moi discutons souvent ensemble, et pas obligatoirement de cinéma. C’est une relation stimulante, fondée sur le respect mutuel. »

On ne s’entend pas sur tout, mais chaque fois que nous nous voyons, le lien est toujours solide et nous nous intéressons sincèrement à ce qui se passe dans la vie de l’un et de l’autre.

Viggo Mortensen

Après A History of Violence, Eastern Promises (qui a valu à l’acteur d’être cité aux Oscars) et A Dangerous Method, après l’avoir aussi dirigé dans Falling, un film qu’il a écrit et réalisé, Viggo Mortensen retrouve son ami cinéaste pour un long métrage qui s’inscrit dans un genre – le body horror – dont Cronenberg est l’un des maîtres incontestés. Dans Crimes of the Future, qui met également en vedette Léa Seydoux et Kristen Stewart, l’acteur, toujours l’un des plus grands supporteurs du Canadien de Montréal, prête ses traits à Saul Tenser, un artiste conceptuel d’avant-garde ayant la capacité de générer en lui de nouveaux organes. Ses performances au cours desquelles on exécute sur lui des opérations diffusées en direct sont très courues.

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Léa Seydoux et Viggo Mortensen dans Crimes of the Future (Les crimes du futur), de David Cronenberg.

« Quand David m’a fait parvenir le scénario, je n’étais pas certain, raconte Viggo Mortensen. Je me demandais même si le personnage du policier ne serait pas plus intéressant à jouer dans cette histoire qui me semblait s’inscrire dans le genre du film noir. Mais David m’a convaincu de jouer Saul, et je suis vraiment heureux de l’avoir fait. D’autant que Léa fut une partenaire parfaite. Vraiment. »

Chaque film par lui-même

Depuis la présentation du long métrage au Festival de Cannes, il a souvent été dit que David Cronenberg retrouvait ses racines en retournant à un genre ayant établi sa réputation, délaissé depuis plus de 20 ans. Le principal intéressé ne voit pas vraiment les choses de cette façon.

Quand je tourne, je ne sens pas le poids du genre. Quand j’ai fait A History of Violence et Eastern Promises, je n’avais pas le sentiment de faire des films de gangsters non plus. À mes yeux, chaque film existe par lui-même, sans référence aux autres, avec ses propres exigences.

David Cronenberg

« Bien sûr, je vois bien les liens une fois le film terminé, mais je ne les utilise pas de façon consciente. Et quand on parle de racines, je ne sais trop ce qu’on évoque, dans la mesure où j’ai fait des films underground que je ne pourrais même pas définir moi-même, dont quelques-uns à Montréal. C’est d’ailleurs pourquoi j’affectionne cette ville particulièrement. »

La première version du scénario de Crimes of the Future a été écrite en 1998. Même si cette histoire évoquant la transformation forcée du code génétique de l’être humain afin de s’adapter à un environnement qu’il a lui-même bousillé semble d’actualité, le cinéaste n’y voit pas un message spécifiquement collé à notre époque.

« Honnêtement, je ne pensais plus faire de cinéma parce qu’il est devenu très compliqué de faire des films. Mais le producteur Robert Lantos m’a convaincu que ce vieux scénario était plus pertinent que jamais. J’ai relu et puis, oui, j’ai trouvé l’idée bonne. »

Crimes of the Future (Les crimes du futur en version française) prendra l’affiche le 3 juin.