Faisant partie de ceux sur qui le cinéma français s’appuie habituellement pour les grands rôles de soutien, Vincent Macaigne trouve une partition à sa mesure dans le très beau long métrage d’Elie Wajeman. L’acteur y incarne un médecin de la rue devant reprendre sa vie en main en une nuit, dans un Paris filmé de façon inédite.

Publié le 28 janvier
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Présent au cinéma depuis une vingtaine d’années, Vincent Macaigne fait partie de ces acteurs un peu inclassables, chez qui les metteurs en scène ont souvent exploré la veine plus fantaisiste. Finaliste à la prochaine cérémonie des Césars dans la catégorie du meilleur acteur (une première pour lui après avoir été cité trois fois dans la catégorie du second rôle), cet homme venu du théâtre a trouvé en ce Médecin de nuit l’un de ses plus grands défis.

PHOTO FOURNIE PAR FUNFILM DISTRIBUTION

Sara Giraudeau et Vincent Macaigne dans Médecin de nuit, d’Elie Wajeman

Comme le titre du film d’Elie Wajeman l’indique, Vincent Macaigne y incarne Mikaël, un médecin appelé à se déplacer pour soigner des patients à domicile pendant que la ville dort. Il se trouve que ce disciple d’Hippocrate a aussi gagné la confiance de la rue, alors les poqués de la vie, toxicos et autres insomniaques du mal de vivre lui réclament des ordonnances de trucs pas toujours très nets…

« Ce personnage est coincé dans ses paradoxes et c’est ce qui est beau », a confié l’acteur à La Presse au cours d’un entretien en visioconférence réalisé dans le cadre des Rendez-vous du cinéma français d’Unifrance. « Comme tout être humain, Mikaël n’est pas qu’une seule chose. Pris dans ses contradictions, il tente d’aller quand même vers ce qui lui semble le plus juste et le meilleur. Il essaie de trouver des solutions dans un temps très compressé. »

Paris, la nuit

Le récit de Médecin de nuit évoque évidemment la pratique du professionnel. Il suit aussi, surtout, le parcours intime d’un homme déchiré entre les deux femmes qu’il aime (Sara Giraudeau et Sarah Le Picard), coincé aussi dans un trafic illicite de médicaments, orchestré par un cousin pharmacien (Pio Marmaï). En toile de fond se trouvent des quartiers de Paris plus rarement vus au cinéma, filmés la nuit avec beaucoup de style, dans une atmosphère de film noir.

PHOTO YOHAN BONNET, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le cinéaste Elie Wajeman et Vincent Macaigne ont accompagné la présentation de Médecin de nuit au festival du film francophone d’Angoulême en 2020.

« Quand Elie m’a parlé du projet, j’ai trouvé son idée brillante. Je me suis dit que l’idée même d’un médecin de nuit permettait de voir toutes les humanités qu’on peut trouver, issues de couches sociales très différentes qui, pourtant, se côtoient au même endroit. »

C’est vraiment un pari de filmer une ville comme Paris et d’en renouveler le regard. On traduit le réel, mais on entre quand même dans une ville de cinéma, qui n’a pas été dépouillée de sa fiction. C’est assez rare.

Vincent Macaigne

Reconnu grâce à Alyah et aux Anarchistes, apprécié aussi pour avoir réalisé quelques épisodes de la série Le bureau des légendes, Elie Wajeman estime que la présence de Vincent Macaigne à titre de protagoniste lui a permis d’explorer l’aspect romanesque de son histoire, tout en allant plus loin dans la représentation plus âpre d’un monde somme toute violent. Voyant en son film une adaptation lointaine de Platonov, d’Anton Tchekhov, le cinéaste se plaît à dire que l’acteur principal de Médecin de nuit est le plus « russe » des comédiens français.

« Comme Elie et moi nous connaissions depuis longtemps, j’ai pu être intégré au processus de création dès le départ, ajoute Vincent Macaigne. Dès les premières versions du scénario, je suis entré dans l’imaginaire d’un film qui a fini par s’imposer de lui-même. C’est comme au théâtre, quand une pièce demande à être alimentée de façon indépendante, au-delà du metteur en scène, des acteurs et de l’équipe qui est en train de la monter. Ce fut un long processus, assez exceptionnel. »

Un film sous tension

À l’arrivée, Médecin de nuit a pris la forme d’un film sous tension, au centre duquel se trouve un personnage qui, malgré sa bienveillance et ses actions humanistes, n’a rien d’un saint. Concentré sur une période de 24 heures, le récit emprunte la forme d’un suspense dont l’issue est le lever du jour.

« Mikaël est toujours sincère dans l’instant, peu importe ce qu’il fait », précise l’acteur, que nous verrons aussi bientôt dans Chronique d’une liaison passagère, le prochain film d’Emmanuel Mouret.

Ma principale préoccupation a été de faire en sorte que le personnage soit toujours sincère. Cela a suscité de vrais questionnements. Elie et moi avons d’ailleurs beaucoup débattu à propos de plein de choses. Chaque séquence est imprégnée de cette sincérité, en fait.

Vincent Macaigne

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Vincent Macaigne est la tête d’affiche de Médecin de nuit, un film d’Elie Wajeman.

Quand il a pu voir Médecin de nuit dans sa version finale, Vincent Macaigne a été séduit par son aspect très cinématographique, d’autant que l’acteur est parvenu à s’oublier en le regardant, ce qui, à ses yeux, est habituellement bon signe.

« Nous l’avons fait d’une manière quand même assez brutale, dans une sorte de course contre la montre, indique-t-il. Il y a pourtant une forme de grâce dans la réalisation de ce film humble. Quand je sors rempli de l’histoire que je viens de voir plutôt que par tous les petits détails que je peux remarquer au fil de la projection, ça veut dire que ça fonctionne ! »

Médecin de nuit est offert sur la plateforme du Cinéma du Parc, ainsi que sur Crave/Super Écran.