Parler de blagues sexistes, de baisers non consentis, de misogynie par l’entremise d’une comédie mâtinée d’ambiances de films d’horreur et de contes de fées ne tient pas de la formule consensuelle et formatée. Ce pari audacieux, la réalisatrice Monia Chokri l’a tenu dans son deuxième long métrage, Babysitter, présenté samedi soir à Sundance.

Publié le 24 janvier
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Catherine Léger, qui signe le scénario, Babysitter nous accroche et nous transporte dès les premiers instants dans un univers hors du commun avec son montage haletant, ses dialogues, ses plans très serrés, son esthétique d’ensemble.

« Je suis allée dans l’évocation de l’horreur, presque la série B. J’avais envie de liberté, d’avoir une forme très libre », dit Monia Chokri, jointe dimanche après-midi par La Presse. « Aujourd’hui, l’industrie du cinéma nous pousse beaucoup à ne pas trop prendre de risques. Pour des questions d’enjeux financiers, etc. Mais le cinéma, il ne faut pas l’oublier, demeure un art. Ce qui signifie qu’il faut essayer des choses pour se renouveler et avancer. »

Babysitter raconte l’histoire de Cédric (Patrick Hivon), un ingénieur de 42 ans qui, dans une sortie entre gars pour voir un championnat de combat ultime, embrasse une journaliste (Ève Duranceau) sur la joue en plein topo en lui criant « J’t’aime, Chantal ». Perdant son emploi et dénoncé par son frère journaliste Jean-Michel (Steve Laplante), Cédric s’emploie à rédiger un livre pour s’excuser et pour se libérer de sa misogynie.

Le tout se passe dans le contexte où sa femme Nadine (Monia Chokri), fatiguée et épuisée à la suite d’un accouchement, embauche Amy (Nadia Tereszkiewicz), une babysitter dont la présence va confronter chaque personnage à ses valeurs, ses désirs profonds et le sens réel de ses rapports à l’autre.

Le film évoque l’air du temps, tels les gestes non consentis, pour raconter des choses plus profondes. Comme par exemple notre construction sociale par rapport à nos désirs enfouis, les tabous et les rapports, sans que ce soit de manière manichéenne, entre les hommes et les femmes.

Monia Chokri, cinéaste

Cette dernière nous dit dès le début de l’entrevue ne pas s’attendre à faire l’unanimité, que ce soit en raison du propos comme du format. « Ce n’est pas un film qui prend le spectateur par la main », dit-elle.

Premiers échos

Il reste que les premiers échos en provenance de Sundance sont favorables. Dans une critique publiée en ligne, Cineuropa évoque une « création effervescente et drôle ». Dans une entrevue avec Mme Chokri, The Hollywood Reporter titre que son film « utilise la comédie pour s’attaquer à la masculinité toxique ».

En présentant le film, inscrit dans la section Midnight de Sundance, le programmateur Adam Montgomery a déclaré : « Nous avons tous aimé ce film pour son humour subversif, le monde surréel dans lequel l’histoire se passe et la performance de tous les acteurs. »

Le film étant présenté en ligne, comme tout le reste du festival, en raison des conditions sanitaires, la projection a été suivie d’un « chat » et d’une séance de questions-réponses où les commentaires, même si peu nombreux à ce moment précis, étaient de façon générale très positifs. Monia Chokri, Patrick Hivon et Nadia Tereszkiewicz ont participé à la discussion.

Heureuse que Babysitter ait été choisi à Sundance, Mme Chokri a maintenant très envie de vivre l’expérience en salle avec le public.

« La sélection à Sundance est extrêmement flatteuse. Je suis honorée », nous dit-elle.

De par ma langue et ma vie professionnelle, j’ai toujours été liée à la France. Alors, ce festival me permet de découvrir un autre milieu, un autre univers par le biais des États-Unis, où l’on a une autre vision du cinéma.

Monia Chokri

La cinéaste nous a indiqué que Babysitter sortira en France le 27 avril, donc avant de sortir en salle au Québec. L’automne prochain, elle entreprendra le tournage de son troisième long métrage, Simple comme Sylvain, une grande histoire d’amour.

« J’ai un désir de ne jamais faire la même chose, dit-elle. Parce que refaire la même chose deux fois m’ennuie et aussi parce que j’ai l’impression qu’en essayant quelque chose de neuf, on s’améliore. Pour moi, chaque projet, chaque sujet, inspire des univers différents. »