Le Festival du nouveau cinéma (FNC) et l’organisme Éléphant – mémoire du cinéma québécois présentent ce vendredi soir, à l’Impérial, une version restaurée du long métrage La vie rêvée, de Mireille Dansereau, un film important dans l’histoire du cinéma québécois. La Presse en a parlé avec la réalisatrice.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

À la fin de juillet 1972, la jeune cinéaste Mireille Dansereau marque l’histoire du cinéma québécois avec la sortie de La vie rêvée, premier long métrage de fiction réalisé par une femme dans l’industrie privée.

En plus, le film constitue la première œuvre produite par l’Association coopérative des productions audio-visuelles (ACPAV), fondée en 1971 et qui, comme le FNC, célèbre son 50anniversaire cet automne.

C’est donc un double anniversaire que souligne l’organisme Éléphant, qui vient de terminer la restauration du film et le présentera ce vendredi soir au Cinéma Impérial, avant de le rendre accessible en vidéo sur demande dès samedi.

Le tout, au grand bonheur de la cinéaste, qui défend son travail avec une conviction et une verdeur dans la voix qu’il fait bon d’entendre. Selon Mme Dansereau, il était plus que temps que son premier film soit dépoussiéré, d’autant, affirme-t-elle, qu’il a été marginalisé au Québec.

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Mireille Dansereau

Je me suis longtemps promenée avec une vieille copie pleine de rayures dans les programmes Women Studies aux États-Unis. Mon producteur ne s’est jamais occupé de mon film. Et c’était toujours à l’extérieur du Québec que j’allais le présenter.

Mireille Dansereau

Mettant en vedette Liliane Lemaître-Auger, Véronique Le Flaguais, Jean-François Guité et Guy Foucault (Marc Messier et Louise Portal ont aussi de petits rôles), La vie rêvée est la chronique d’Isabelle et de Virginie, deux jeunes femmes qui travaillent dans une maison de production de cinéma. L’une est follement amoureuse d’un homme marié et riche. L’autre garde ses distances avec les hommes. Ensemble, elles s’amusent à imaginer le prince charmant. Elles vivront une désillusion, mais cela ouvrira la porte à leur désir d’indépendance et de liberté.

« Je voulais beaucoup parler de l’amitié féminine, dit Mme Dansereau. C’était quelque chose que je ne connaissais pas. Je viens d’une génération où les femmes étaient très en compétition les unes avec les autres. Je voulais aussi parler du patriarcat et faire la critique des belles images de bonheur présentées dans les magazines. Mon film est rempli d’images de la famille nucléaire, de l’homme rêvé, de vacances, de bébé. Mais à la fin, les deux filles déchirent toutes ces images. »

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Guy Foucault, Véronique Le Flaguais et Liliane Lemaître-Auger dans La vie rêvée

La cinéaste ajoute que son film a été « mal-aimé ».

Parce que je l’ai fait envers et contre tous. C’est un film avec un regard de femmes. Tout le monde me disait : « Où sont les personnages d’hommes ? Pourquoi sont-ils si peu importants ? » On ne peut pas s’imaginer ce qu’était le boys’ club à l’époque.

Mireille Dansereau

Par ailleurs, dans La Presse du 29 juillet 1972, Mme Dansereau disait ceci, en entrevue avec notre regretté collègue Luc Perreault : « Ce qui m’a convaincue à me dire que c’était assez important pour en faire un film, c’était le fait qu’il n’y a pas de femmes dans le cinéma québécois. Il n’y avait pas de rôles vivants. C’était avant tout une qualité de vie que je voulais faire ressortir. C’est un regard que je voulais poser sur deux personnages féminins en me disant que si les femmes voyaient ça, simplement au niveau émotif et sensitif, ça leur donnerait le goût de vivre. »

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Véronique Le Flaguais et Liliane Lemaître-Auger dans La vie rêvée

« Valeur historique inestimable »

Dans la page de présentation du film qu’on trouve dans le programme du FNC, le directeur général d’Éléphant, Dominique Dugas, indique qu’il lui était très important de restaurer l’œuvre « pour sa valeur historique inestimable quant aux luttes féministes au Québec et parce qu’il gagne à être connu pour ses qualités esthétiques remarquables ».

L’historien du cinéma et directeur général de la Cinémathèque québécoise, Marcel Jean, salue de son côté l’importance de la restauration qui permettra au film d’être beaucoup plus accessible. « Le cinéma des femmes réalisé hors de l’ONF a eu tendance, historiquement, à être très mis en minorité. L’ONF a fait un bon travail de promotion de leurs films, dit-il à propos des femmes cinéastes ayant travaillé au sein de l’organisme fédéral (Anne-Claire Poirier et autres), alors que personne ne tenait le flambeau des réalisatrices indépendantes. »

Par ailleurs, l’ACPAV célèbre ses 50 ans cet automne avec, notamment, une exposition d’affiches et de photos à la Cinémathèque québécoise. Le producteur, qui est entre autres derrière plusieurs films de Sébastien Pilote, Sophie Desraspe, Bernard Émond et Pierre Falardeau, a reçu, le 5 octobre, la médaille de l’Assemblée nationale remise par la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé.

La vie rêvée sera présentée ce vendredi à 17 h 30 au Cinéma Impérial, puis offert en vidéo sur demande dès samedi sur Éléphant — Mémoire du cinéma québécois.