Que faut-il retenir de la 25e édition du festival REGARD, dont le volet en présence s’est terminé dimanche ? Un sentiment de soulagement de voir les choses revenir vers la normalité. Et le souhait qu’en 2022, REGARD retrouve ses invités et l’intégrité de son caractère festif qui, couplés à la qualité de sa programmation, font sa renommée.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

(Saguenay) Du 7 au 13 juin, REGARD a retrouvé ses évènements en salle avec toujours la même qualité de films. Mais l’évènement n’a pas retrouvé tous ses repères. Normal, la pandémie n’est pas encore terminée. Et le beau temps a été un adversaire redoutable aux projections en journée.

De plus, au lieu d’accueillir les quelque 600 invités habituels, l’équipe de direction en a invité une poignée. Or, les invités et cinéphiles de l’extérieur forment environ 40 % du public. Cela a eu un impact sur le côté effervescent et l’achalandage.

La directrice générale Marie-Elaine Riou en convient, mais constate que, grosso modo, la population locale a été au rendez-vous dans les mêmes proportions que d’habitude. « Nous sommes heureux de la réponse des gens », dit-elle.

Pour respecter les règles sanitaires, l’équipe a voulu étendre l’offre en présentant pratiquement chaque programme dans toutes les salles. Avec pour résultat qu’il y avait moins de monde dans chacune d’elles. À défaut de s’adresser à des salles pleines, les cinéastes de passage à REGARD étaient quand même heureux de revenir voir le public dans un contexte d’« intimité ».

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La directrice générale de REGARD, Marie-Elaine Riou, au ciné-parc urbain du Centre Georges-Vézina, à Chicoutimi

Si la présence en salle a été clairsemée en journée, les soirées en ciné-parcs étaient courues. D’ailleurs, lorsqu’on suggère à la directrice générale Marie-Elaine Riou que la formule ciné-parc est sans doute là pour de bon, son sourire en dit long. L’idée est visiblement dans le collimateur du conseil d’administration.

D’autant plus que l’activité ciné-parc, d’abord créée en juillet 2020 pour compenser l’annulation de l’an dernier, cadre avec le modèle d’avenir se dessinant dans l’esprit de Mme Riou.

Je vois notre avenir dans la capacité de faire des activités à l’année. Mes valeurs sûres, ce sont les programmes de films qu’on présente. Ces évènements sont arrivés à maturité et je crois que nous les faisons bien. Mais après, on a le talent et l’expertise de faire différentes choses à l’année.

Marie-Elaine Riou, directrice générale de REGARD

La directrice générale estime que le déménagement récent de son équipe dans de nouveaux locaux lui donnera plus de souplesse organisationnelle. Et elle souhaite que la multiplication des activités se traduise par quelques emplois de plus. « Grossir un peu l’équipe à l’année serait un beau souhait. »

Chez les invités, personne ne doute que le festival reprendra, dès sa 26e édition en mars 2022, la dynamique qui le caractérisait avant la pandémie.

« REGARD est une machine, une locomotive qu’on ne peut arrêter, dit le réalisateur Roger Gariépy, venu présenter son plus récent court, l’hilarant dieu@mail.com. Les dirigeants heurtent présentement une petite bosse qui ne les arrêtera pas. »

« Normalement, nous venons rencontrer des programmateurs, des acheteurs, etc. Il n’y a pas ça cette année. Alors, on vient dans un esprit serein pour accompagner nos cinéastes, dit Jean-Christophe J. Lamontagne, patron de la boîte d’agrégation et distribution h264. Même s’il n’y a pas d’activités de réseautage, la même énergie, la même soif de découvrir des courts demeure. Le festival est en santé et a gardé son ADN. »

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Sur l’écran, une scène du film Babatoura

Les films ? Très bons !

En dépit de la pandémie, l’équipe de REGARD a reçu le même volume de films proposés – autour de 3000 – que d’ordinaire. On en a retenu 155.

« Le nombre est comparable et la qualité aussi, assure Marie-Elaine Riou. Ce fut un peu plus dur du côté des films jeunesse. Par contre, les programmes thématiques sont passés de huit ou neuf à trois : talents émergents des Amériques, Tourner à tout prix et 100 % régions. »

La Presse a vu des films dans l’ensemble des catégories et l’impression générale est appréciable. Arrêtons-nous sur quelques titres québécois.

Fort d’un casting costaud, Babatoura, de Guillaume Collin, est à mourir de rire avec son tsunami de dialogues et d’opinions arrêtées.

L’expiration, de Joris Cottin, dans la catégorie Tourner à tout prix (c’est-à-dire pratiquement sans budget), est une perle. Ce documentaire sur un homme de Montréal atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) nous a fait pleurer.

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Une scène du film Je suis amoureux de mes souvenirs

Dans la même programmation, Étienne Galloy propose une belle illustration de l’amour à sens unique (et un clin d’œil au film Ghost) dans Je suis amoureux de mes souvenirs avec Kelly Depeault et Rémi Goulet.

D’Helgi Piccinin, le documentaire Piché retourne sur le ring est un diamant brut pour parler de résilience, un mot surutilisé au cinéma. Mais ici, à travers l’histoire de ce boulanger qui, 40 ans après son dernier combat de boxe, décide de faire un dernier tour de piste, il prend tout son sens.

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Une scène du film Piché retourne sur le ring

Les coups de cœur du public sont les titres suivants : Joe Buffalo, Dirt Devil 550 XS, Le danger en face, Normal, Les grandes claques et Madame Fisher.

Intéressés par ces titres ? L’édition en ligne de REGARD commence ce lundi pour se terminer le 27 juin. On peut donc voir les films moyennant l’acquisition d’un passeport à 30 $.

Enfin, jeudi matin seront annoncés les gagnants des prix dans les différentes catégories.

Les frais d’hébergement de ce reportage ont été payés par REGARD.

Trois coups de cœur de La Presse

Free Fall, d’Emmanuel Tenenbaum

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Le comédien Abraham Lewis incarne Tom dans une scène du film Free Fall.

Intense et fulgurant, Free Fall, inscrit à la compétition officielle, est un film (scénario de Guillaume Fournier) à la croisée du pouvoir de l’argent et de l’épouvante. Le 11 septembre 2001, alors que le monde entier assiste aux attaques contre le World Trade Center, Tom, un jeune loup de la Bourse travaillant dans une banque de Londres, déduit qu’il s’agit d’un attentat terroriste. Il convainc ses patrons de miser contre des actions, prévoyant leur effondrement. La réalité lui donne raison quand un second avion s’encastre dans les tours. Alors que des gens meurent en direct à la télé, Tom et ses collègues manifestent sauvagement leur joie d’engranger les millions. Effrayant !

Ceci est une espèce aimée, de Nadine Gomez

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Scène du film Ceci est une espèce aimée

La toujours excellente Nadine Gomez (Le Horse Palace, Métro) nous revient avec Ceci est une espèce aimée, inscrit dans la compétition 100 % régions. La cinéaste et le directeur photo Alexandre Lampron ont mis leurs pas dans ceux de Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse, duo d’auteurs-compositeurs-interprètes formant à la fois un couple et le groupe folk Saratoga. Saratoga est parti le long du fleuve Saint-Laurent pour une tournée estivale donnant un sens magique à l’expression « conciliation travail-famille ». Leur musique est d’une douceur tangible. Leur bonheur familial est contagieux. La caméra s’émerveille sans être intrusive. Apaisant !

The Long Goodbye, d’Aneil Karia

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Riz Ahmed dans The Long Goodbye

La cinéaste québécoise Marianne Farley exprime, par son film Frimas, son inquiétude de regain de l’extrême droite. Elle n’est pas seule. The Long Goodbye, d’Aneil Karia, est un film coup de poing, voire coup de matraque, dénonçant le regain de violence des hommes blancs contre les immigrants au Royaume-Uni. Et ici, cette violence est institutionnelle. Alors que de vieux policiers blasés ferment les yeux, des miliciens passent à tabac et massacrent plusieurs membres d’une famille sans histoire. Le film pivote dans sa seconde moitié alors que l’acteur principal Riz Ahmed (Sound of Metal) se relève et entonne un rap politique appelant à vivre et laisser vivre. Percutant !

De nouveaux locaux dominés par l’orange

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Marie-Elaine Riou dans les nouveaux locaux de REGARD

À défaut de tenir sa 25édition en mars, comme c’est le cas chaque année, l’équipe de REGARD a déménagé ses pénates dans de nouveaux locaux de la rue Racine, au centre-ville de Saguenay. Avec leurs dominantes pétillantes d’orange et de vert et leur ameublement de bois, portant la signature de la scénographe Maude Fecteau, les lieux ne manquent pas de lustre ! « Avant, nous avons occupé d’autres locaux durant 20 ans en colocation avec d’autres organismes et ateliers d’artistes, souligne la directrice générale de REGARD, Marie-Elaine Riou. Ce local a été récupéré et il était devenu de toute façon trop petit pour nous. Je pense que notre nouveau local va servir de levier pour l’avenir. Je pense qu’on pourra l’exploiter pour d’autres projets à présenter à d’autres moments de l’année que durant le festival. »