Marianne Farley a été nommée aux Oscars pour Marguerite, et c’est avec un autre court métrage que la réalisatrice ouvrira le Festival REGARD au Saguenay, en juin. Frimas, qui aborde le thème du droit à l’avortement, ne pourrait pas être plus d’actualité avec ce qui se passe dans certains États américains. Entrevue.

Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Mettant en vedette Karine Gonthier-Hyndman et Chantal Baril, le court métrage de Marianne Farley Frimas n’est pas sans rappeler la populaire série The Handmaid’s Tale.

Frimas plonge le spectateur dans une dystopie. Le Québec est sous l’emprise d’une sorte de régime autoritaire qui a criminalisé à nouveau l’avortement.

Dès le début du court métrage de quelque 18 minutes, on sent le souffle nerveux du personnage de Karine Gonthier-Hyndman, qui attend dans un froid polaire la venue d’un camion de viande froide qui dissimule une clinique d’avortement mobile.

« Je suis très inquiète depuis longtemps pour les droits des femmes à l’avortement à travers le monde », explique Marianne Farley.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Marianne Farley, réalisatrice de Frimas

Il y a une montée de l’extrême droite et on sent un agenda conservateur anti-avortement, surtout aux États-Unis. L’idée que les femmes puissent perdre le droit à l’avortement me perturbe.

Marianne Farley, réalisatrice de Frimas

Pas plus tard que la semaine dernière, le Texas a signé une loi interdisant d’avorter après six semaines de grossesse. D’autres États ont tenté d’interdire l’avortement à ce stade précoce, mais leurs lois ont été invalidées en justice, parce qu’elles violent la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis. Or, la plus haute autorité judiciaire des États-Unis a accepté le 17 mai dernier de se pencher sur une loi de l’État du Mississippi (bloquée en 2018) qui veut interdire la plupart des avortements à partir de la 15e semaine de grossesse.

Qui aurait cru que Roe c. Wade, soit l’arrêt historique sur le droit à l’avortement aux États-Unis qui date de 1973, serait un jour menacé ? « C’est en train de se passer », dit Marianne Farley.

« Mon film fétiche est 4 mois, 3 semaines, 2 jours », poursuit la réalisatrice. Elle cite le film réalisé par Cristian Mungiu, sorti en 2007 et lauréat de la Palme d’or au Festival de Cannes. C’est l’histoire d’une étudiante qui tente, avec l’aide de son amie, de se faire avorter – ce qui est un crime – sous le régime communiste roumain.

Marianne Farley a aussi été ébranlée par la série The Handmaid’s Tale. « Le message de mon film est de rester vigilant par rapport aux droits des femmes. Nous ne sommes pas à l’abri. »

Deux femmes fortes chacune à leur façon

Dans le rôle de la femme qui veut mettre fin à sa grossesse (Kara), Karine Gonthier-Hyndman a ébloui Marianne Farley lors de l’audition. On lui découvre un registre dramatique qu’on lui connaissait moins.

Chantal Baril est aussi loin du rôle formidable qu’elle tenait dans Faits divers dans un camping nudiste. Dans Frimas, elle incarne celle qui pratique des interruptions de grossesse illégales. Elle est dure avec Kara, mais on sent aussi de la compassion.

Kent McQuaid, Alex Bisping, Christian Jadah et Jean-Moïse Martin complètent la distribution. En musique, on entend aussi la voix si à fleur de peau de Frannie Holder.

PHOTO FOURNIE PAR H264

Chantal Baril dans Frimas

En attendant son premier long métrage

Avec Frimas, Marianne Farley nous transpose dans un tout autre univers que son court métrage précédent, Marguerite, qui lui a valu une sélection aux Oscars.

Marguerite montrait tout en douceur et en intimité l’attirance qu’avait une femme très âgée (Béatrice Picard) pour son infirmière à domicile (Sandrine Bisson).

Il y a néanmoins un point commun très fort aux deux films, puisqu’on s’intéresse au lien entre deux femmes de générations différentes qui sont fortes chacune à leur façon.

Comme réalisatrice et comme femme, je veux écrire des rôles forts féminins.

Marianne Farley, réalisatrice de Frimas

La réalisatrice a une fois de plus travaillé avec deux autres femmes productrices, soit Charlotte Beaudoin-Poisson et Sophie Ricard-Harvey, de la maison de production Ô Films. Frimas sera distribué au Canada et à l’international par h264.

Frimas ouvrira le Festival international du court métrage REGARD au Saguenay, qui aura lieu du 9 au 13 juin. « Je suis très attachée à REGARD », souligne Marianne Farley, qui y avait présenté son tout premier court métrage, Saccage.

En attendant, Marianne Farley termine le montage de son premier long métrage, Au nord d’Albany, qui met en vedette Céline Bonnier, tourné l’automne dernier.

Le synopsis ? Une femme dont la fille s’est vengée de son intimidatrice décide de prendre la fuite aux États-Unis. Sa voiture tombe en panne dans un village des Adirondacks, où elle développera une relation inattendue avec un garagiste.

Marianne Farley se réjouit à l’idée de sortir un premier long métrage, mais elle aimerait voir le format court devenir plus accessible auprès du grand public. « Il manque de plateformes. On pourrait écouter des courts métrages en rafale comme on le fait avec des séries. »

On ne la contredira pas sur ce point… Vous pouvez par ailleurs voir en ligne son magnifique court métrage Marguerite, pour lequel elle a été nommée aux Oscars en 2019.

Regardez le court métrage Marguerite