Le Québec sur pause. Le grand confinement. Les conférences de presse quotidiennes. Vous vous souvenez ? Première vague le raconte.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Kino Montréal n’est pas peu fier de présenter ces jours-ci le tout premier long métrage québécois collé sur l’actualité toute fraîche de la dernière année, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Première vague, une œuvre chorale réalisée par quatre cinéastes (Max Dufaud, Kevin T. Landry, Reda Lahmouid et Rémi Fréchette), revient sur les cent premiers jours de la pandémie (quand on pensait que ça ne durerait que deux semaines, vous rappelez-vous ?). Le film a aussi été pensé, écrit et tourné en un temps record, presque en temps réel. Avec toute la gymnastique sanitaire que cela a nécessitée, même si rien de rien n’y paraît. Et à voir le produit fini, diffusé ces jours-ci dans le cadre des Rendez-vous Québec Cinéma, disons qu’il s’agit là d’un sacré exploit.

« On a fait ça en moins d’un an, l’écriture, le tournage, la postproduction, et je suis très fier, se félicite au bout du fil Jarrett Mann, directeur général et artistique de Kino Montréal. C’est ce qui fait la beauté du projet : la rapidité avec laquelle ç’a été fait. »

C’est à lui que revient l’idée originale du concept « un peu fou », de son propre aveu. Mais ô combien médité !

PHOTO FOURNIE PAR KINO MONTRÉAL

Fayolle Jean Jr et Hinde Rabbaj font partie de la distribution de Première vague.

Pour la petite histoire, il faut savoir que Jarrett Mann étudiait en cinéma en 2001, quand sont arrivés les évènements du 11 septembre. Il allait à ses cours, puis suivait les nouvelles à la télé. À ce jour, il s’en veut encore d’être demeuré ainsi passif à l’époque. Observateur. Et non acteur. « J’étais passionné de cinéma, et je n’ai rien fait, et je l’ai toujours eu sur le cœur… »

Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas rater l’occasion de documenter l’actualité cette fois-ci. D’où l’appel à des cinéastes lancé par Kino quelque part au mois de mai (en plein confinement généralisé). « On a opté pour un film choral, pour impliquer de nombreux cinéastes », explique celui qui agit en prime à titre de producteur du film.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Jarrett Mann, directeur général de Kino Montréal, dans le cadre de la sortie du long métrage Première vague qui sera présenté au RVQC

On savait qu’on ne pouvait pas toucher à toutes les facettes [de la pandémie], mais au moins, avec quatre réalisateurs, on se donnait les moyens de faire un portrait plus large, et d’aborder plus de thèmes : la solitude, la santé mentale, le deuil, aussi.

Jarrett Mann, directeur général et artistique de Kino Montréal

Sans parler de la vie en colocation, de la rupture amoureuse, même des punaises de lit, en temps de pandémie. Mis à part l’absence notable d’enfants encabanés à l’écran (pour des raisons de logistique sanitaire), le film touche à peu près à tous les sujets pandémiques possibles : de l’obsession des deux mètres au passage du livreur en passant par les funérailles sur Zoom, tout y est. Télétravail en mou inclus. Même la tristement célèbre baleine à bosse du Vieux-Port y fait une touchante et remarquable apparition.

Concrètement, chaque réalisateur s’est vu attribuer une intrigue, laquelle a été tournée en quatre jours chrono. Les quatre intrigues ont ensuite été habilement et subtilement tricotées ensemble, pour offrir non pas un collage, mais bien un seul et unique récit, à la facture visuelle uniforme. Au total, une soixantaine de personnes ont participé au projet (devant et derrière la caméra), tous bénévolement. À noter : le tout est entrecoupé d’extraits de conférences de presse choisis, question de ponctuer le temps. Et de se rappeler : « J’annonce la fermeture de toutes les entreprises… »

Certes, l’évasion n’est pas franchement au rendez-vous. Jarrett Man le concède en riant. « Mais si les gens donnent une chance au film, ce sera une belle expérience. Parce qu’on aime ça, se voir à l’écran. Et jusqu’à présent, ça manque. Là on se voit, on se reconnaît, et on va pouvoir se remémorer. » Se remémorer, quand tout cela sera chose du passé…

Première vague, long métrage de Kino Montréal, est présenté jusqu’au 8 mai sur la plateforme des RVQC : https://rendez-vous.quebeccinema.ca/films/premiere-vague

Pour en savoir plus sur Kino Montréal : http://www.kinomontreal.com/

Les quatre réalisateurs

La parole aux réalisateurs

  • Max Dufaud : « J’aime l’idée de la capsule de la pandémie, l’idée de laisser une trace. J’ai eu envie de traiter de l’injonction qu’on a en pandémie d’optimiser notre temps. Même si c’est paradoxal, parce que mon segment traite de ça et que j’utilise mon temps [en pandémie] à bon escient ! », rit-il.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Max Dufaud : « J’aime l’idée de la capsule de la pandémie, l’idée de laisser une trace. J’ai eu envie de traiter de l’injonction qu’on a en pandémie d’optimiser notre temps. Même si c’est paradoxal, parce que mon segment traite de ça et que j’utilise mon temps [en pandémie] à bon escient ! », rit-il.

  • Kevin T. Landry : « J’ai été témoin de quelque chose d’assez trash : mon beau-père a perdu son père à cause de la COVID-19. C’est tellement étrange de vivre son deuil dans cette période : sans vivre les derniers moments, sans vivre les funérailles. Vivre un deuil à distance, à quel point c’est difficile, c’est l’histoire que j’ai lancée », raconte-t-il.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Kevin T. Landry : « J’ai été témoin de quelque chose d’assez trash : mon beau-père a perdu son père à cause de la COVID-19. C’est tellement étrange de vivre son deuil dans cette période : sans vivre les derniers moments, sans vivre les funérailles. Vivre un deuil à distance, à quel point c’est difficile, c’est l’histoire que j’ai lancée », raconte-t-il.

  • Reda Lahmouid : « Moi, ce qui m’interpellait, c’était les travailleurs essentiels, à qui on disait merci, mais qu’on ne voyait jamais. Dont on n’entendait jamais les histoires. J’ai eu envie de raconter une histoire là-dessus, ces travailleurs essentiels, livreurs, préposés, issus de l’immigration », confie le réalisateur, fraîchement débarqué à Montréal de Casablanca, tout juste avant le confinement. « Je ne connais cette ville que confinée ! », glisse-t-il.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Reda Lahmouid : « Moi, ce qui m’interpellait, c’était les travailleurs essentiels, à qui on disait merci, mais qu’on ne voyait jamais. Dont on n’entendait jamais les histoires. J’ai eu envie de raconter une histoire là-dessus, ces travailleurs essentiels, livreurs, préposés, issus de l’immigration », confie le réalisateur, fraîchement débarqué à Montréal de Casablanca, tout juste avant le confinement. « Je ne connais cette ville que confinée ! », glisse-t-il.

  • Rémi Fréchette : « Créer un espace de création en pandémie, ça a vraiment fait du bien. Ça a permis de sortir les démons, ç’a été un catalyseur de pouvoir sortir ça pendant qu’on le vivait », lance-t-il.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Rémi Fréchette : « Créer un espace de création en pandémie, ça a vraiment fait du bien. Ça a permis de sortir les démons, ç’a été un catalyseur de pouvoir sortir ça pendant qu’on le vivait », lance-t-il.

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