L’automne dernier, entre deux périodes de fermeture, Antoinette dans les Cévennes a attiré plus de 700 000 spectateurs dans les salles en France. Cette comédie existentielle a aussi valu récemment à Laure Calamy le César de la meilleure actrice. Malgré les circonstances, ce film écrit et réalisé par une cinéaste qui n’avait rien tourné depuis deux décennies a connu un heureux destin. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Caroline Vignal précise d’entrée de jeu — dans un rire — que le seul lien direct entre l’histoire qu’elle raconte dans son film et sa propre vie est le fait qu’à l’instar de sa protagoniste, elle a fait de la marche en montagne avec un âne. Son envie d’aborder la quête existentielle d’une femme par l’entremise d’une comédie l’a poussée à imaginer ensuite le parcours d’une amoureuse qui, frustrée que son amant, un homme marié, ait annulé à la dernière minute les vacances qu’ils devaient passer ensemble, décide de se rendre à l’endroit où celui qu’elle aime est parti avec sa petite famille.

PHOTO YOHAN BONNET, AGENCE FRANCE-PRESSE

Au festival du film francophone d’Angoulême, la réalisatrice Caroline Vignal était accompagnée de Laure Calamy et de Benjamin Lavernhe, les deux interprètes principaux d’Antoinette dans les Cévennes.

« Ce film est né de ma propre découverte de la région des Cévennes, que je ne connaissais pas, explique la réalisatrice au cours d’un entretien en visioconférence accordé à La Presse. Cette région [au sud-est du Massif central] est rarement montrée au cinéma, il me semble. Les paysages sont magnifiques, il y a de l’espace et peu de monde. On voit loin, on respire. Les rencontres que j’ai faites là-bas ont stimulé mon instinct de scénariste. Comme je ne souhaitais pas en confier la réalisation à quelqu’un d’autre, j’ai attendu d’être prête. J’avais besoin de filmer cette histoire moi-même. »

Laure Calamy, bonne complice

Après Les autres filles, son premier long métrage sorti il y a 20 ans, Caroline Vignal s’est essentiellement consacrée à l’écriture en mettant la réalisation de côté. Ce désir de passer derrière la caméra semble être maintenant de retour de façon plus affirmée. Un troisième long métrage en est déjà à l’étape de l’écriture, avec, pour principale motivation, cette volonté de divertir le public.

« Avec les ingrédients que j’avais au départ pour Antoinette, j’aurais sans doute pu faire un film très contemplatif, à la portugaise si j’ose dire, avec des scènes où le temps s’étire. Mais j’aurais eu du mal à assumer cette approche, car j’ai trop peur d’ennuyer. La comédie est une façon d’emmener les spectateurs vers, je l’espère, des choses surprenantes et plus inattendues en les prenant par la main, sans les laisser errer. J’ai besoin de donner un peu de ma personne pour intéresser les gens à l’histoire que je raconte. »

PHOTO BERTRAND GUAY/POOL VIA REUTERS

Sa performance dans Antoinette dans les Cévennes, un film de Caroline Vignal, a valu à Laure Calamy le César de la meilleure actrice.

La réalisatrice a pu trouver une bonne complice pour mener à bien cette démarche. Connue du public québécois grâce, surtout, à la série Appelez mon agent (ou Dix pour cent, le nom français de la série), dans laquelle elle interprète le rôle de Noémie, Laure Calamy fut vite présente dans l’esprit de la réalisatrice.

J’ai pensé à elle très tôt, car non seulement est-elle géniale dans Dix pour cent, mais Laure est aussi dotée d’une vraie capacité comique, chose qu’on retrouve plus rarement en France.

Laure Calamy, réalisatrice

« Quand je l’ai rencontrée, il y a eu un effet de coïncidence incroyable, car elle m’a dit qu’en lisant le scénario, elle y trouvait tellement d’affinités qu’elle avait eu l’impression que je la connaissais déjà. Elle connaît très bien la région des Cévennes, son compagnon est guide de montagne, elle adore marcher, elle adore les ânes, et son film favori est Au hasard Balthazar de Robert Bresson ! Laure s’amuse de tout ce qui est pathétique, ridicule, et moi aussi. Elle s’en est donné à cœur joie. »

Un âne nommé… Patrick !

Antoinette dans les Cévennes, qui a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes l’an dernier, met également en vedette Benjamin Lavernhe et Olivia Côte, mais le principal partenaire de jeu de Laure Calamy reste un âne qu’Antoinette baptise très vite Patrick. La comédienne, apparemment très heureuse de tourner avec un animal, n’a d’ailleurs pas manqué de remercier son « partenaire animalier » quand elle est montée sur la scène de l’Olympia de Paris pour recevoir le César de la meilleure actrice.

PHOTO FOURNIE PAR AXIA FILMS

Laure Calamy dans Antoinette dans les Cévennes, film de Caroline Vignal

« Ça s’est très bien passé avec l’âne, se rappelle Caroline Vignal. En fait, j’avais presque plus peur de tourner avec des humains qu’avec lui ! J’appréhendais beaucoup la direction d’acteurs parce que, mon premier film ayant été tourné avec des non-professionnels, je n’avais aucune expérience de ce côté. Quand on tourne avec un animal, le plus important est de bien choisir la dresseuse, en fait. Celle avec qui nous avons travaillé était formidable. Elle comprenait parfaitement ce que je voulais et elle trouvait des solutions en conséquence. »

Antoinette dans les Cévennes ayant obtenu un très beau succès public, la réalisatrice a pu constater à quel point son film a été apprécié, grâce aux témoignages de spectateurs.

« Certains ont simplement été divertis, mais d’autres ont été profondément émus. J’ai eu des retours en ce sens de spectateurs de tous âges, autant de fervents cinéphiles que de gens qui vont rarement au cinéma. Ça m’a beaucoup touchée. »

Antoinette dans les Cévennes prendra l’affiche en salle le 26 mars.