Death of a Ladies’ Man ne fait pas qu’emprunter son titre à une chanson de Leonard Cohen. L’ombre du poète montréalais plane sur ce film aux accents poétiques dans lequel Gabriel Byrne campe un prof de littérature égocentrique forcé de faire le bilan de sa vie, qui tente de se racheter auprès de ceux qu’il aime.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Deux portraits géants de Leonard Cohen ornent des murs de Montréal. L’un, rue Napoléon, près du boulevard Saint-Laurent, à quelques coins de rue de sa maison du parc du Portugal ; l’autre, rue Crescent, qui donne l’impression de veiller sur la ville lorsqu’on l’aperçoit du belvédère du mont Royal.

Il y a un peu de ça dans le film de Matt Bissonnette : Death of a Ladies’ Man n’est pas un film sur Leonard Cohen, mais il est traversé par son esprit, sa poésie et, bien sûr, sa musique. « Les thèmes qui traversent le film sont les mêmes qu’on retrouve dans l’œuvre de Leonard Cohen : le désir, le lâcher-prise, la nostalgie, la dualité entre le rêve et la réalité », souligne l’acteur Gabriel Byrne.

Dans ce film écrit et réalisé par Matt Bissonnette, qui a grandi à Montréal, l’acteur d’origine irlandaise interprète Samuel O’Shea, prof de poésie égocentrique et alcoolique qui se retrouve face à un divorce (son deuxième) et à la maladie. Le coup est dur à encaisser pour ce séducteur en série, que ses enfants adultes aiment avec une certaine distance. Avec la mort qui lui fait de l’œil, il n’a plus le luxe de la vanité.

Samuel n’est pas un être aimable, Gabriel Byrne le sait. Il croit même important que les spectateurs soient quelque peu rebutés par son personnage au début du film parce que c’est en le découvrant qu’ils pourront – peut-être – « développer une certaine empathie pour lui ».

On a tendance à juger les gens de manière superficielle, à leur mettre des étiquettes en ne se fiant qu’à certaines de leurs caractéristiques. Aussi, dans la fiction, la plupart des personnages sont soit bons, soit mauvais : des héros ou des zéros. Les êtres humains peuvent être les deux à la fois. On a cet héroïsme et cette vilenie en nous.

Gabriel Byrne

Et c’est son boulot d’acteur, croit-il, de nous faire sentir ce qu’il y a sous la surface de son personnage. « Avec l’espoir que, à la fin du film, toute sa dimension humaine ait été révélée », ajoute-t-il.

Un pied dans l’imaginaire

Des chansons de Leonard Cohen, Matt Bissonnette a retenu la tension entre le désir de liberté et la responsabilité ainsi qu’entre le rêve et la réalité. « Ce sont des choses que je trouve intéressantes dans la vie et au cinéma, explique-t-il. Et je trouve que le cinéma est bon médium pour parler de l’imaginaire parce qu’il permet de créer des images. »

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Matt Bissonnette, qui a grandi à Montréal, a écrit et réalisé Death of a Ladies’ Man.

Il ne s’en prive pas dans Death of a Ladies’Man. Si le film conserve tout au long une facture réaliste, le cinéaste s’autorise des basculements dans l’imaginaire de Samuel, qu’on voit notamment discuter avec le fantôme de son défunt père. Il ne s’agit pas de scènes délirantes, mais plutôt de glissements subtils, qui tentent de révéler la nature profonde du personnage, notamment les questions qui l’habitent.

Gabriel Byrne souligne que ces scènes, parfois loufoques, devaient toutefois être cohérentes avec le personnage. Samuel étant professeur de poésie et connaisseur de l’œuvre de Cohen, il est plausible que certaines de ses hallucinations évoquent le parcours du poète montréalais.

C’est notamment le cas lorsque, dans une scène au romantisme joyeux, Samuel est suivi par des musiciens dont l’un est habillé en coureur des bois et l’autre en moine bouddhiste. Le décalage est à la fois évocateur et ludique. « J’aime les choses un peu drôles dans un film qui porte des thèmes plus tragiques. J’aime aussi qu’il y ait une certaine légèreté. Ces images apportent ça », juge Matt Bissonnette.

Ses mots aussi participent à cette légèreté d’ensemble. Death of a Ladies’ Man est en effet animé par des dialogues vifs, parfois teintés d’un humour noir très fin. « Il y a ça dans les chansons de Cohen et je pense que c’est une sensibilité montréalaise, dit le réalisateur. J’aime travailler sur les dialogues, je veux faire des films intelligents. Et si tu donnes des mots de qualité à de bons comédiens, les dialogues prennent vie. »

À l’affiche le 12 mars, en anglais avec sous-titres français