Il y a un an et demi, Disney a réuni deux réalisateurs et un scénariste aux parcours totalement différents et a mis entre leurs mains le destin du film d’animation Raya and the Last Dragon. Ont suivi les 18 mois les plus étourdissants de leur carrière respective.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Don Hall, Carlos Lopez Estrada et Qui Nguyen rient, lors d’une entrevue effectuée par Zoom, lorsqu’ils sont invités à expliquer la relation particulière qu’ils ont rapidement établie.

« On se défiait constamment », indique le dramaturge et scénariste Qui Nguyen, qui s’est fait remarquer avec ses productions théâtrales incorporant la culture geek et qui a collaboré à diverses séries télévisées. « On se poussait mutuellement pour voir jusqu’où on pouvait aller. »

ILLUSTRATION FOURNIE PAR DISNEY

Raya and the Last Dragon (Raya et le dernier dragon) retrace la quête de la jeune guerrière solitaire Raya, à la recherche du dernier des dragons afin de ramener la paix et l’harmonie chez les siens.

Il est entré aux Studios d’animation Walt Disney il y a deux ans et demi. Pour se familiariser avec un univers qu’il ne connaissait pas, il a été jumelé la première année avec Don Hall, un des deux réalisateurs de Winnie the Pooh (Winnie l’ourson, 2011) et Big Hero 6 (Les nouveaux héros, lauréat d’un Oscar en 2015). Don Hall a également été l’un des coréalisateurs de Moana (2016).

Nous étions en train de développer une idée, en se faisant dire qu’on pouvait faire ce qu’on voulait. Il y avait une super liberté et rien ne comptait. Puis du jour au lendemain, on nous a plongés dans un film où tout compte, avec énormément de pression. Plus rien n’a été confortable pour l’année et demie suivante !

Qui Nguyen

Carlos López Estrada n’a pas eu droit à une telle période d’adaptation. D’un coup, le réalisateur du drame Blindspotting (son tout premier film) s’est retrouvé dans un monde où il n’avait aucun repère. « J’aime l’animation depuis que je suis petit, révèle-t-il. Cela a toujours été un rêve pour moi de travailler pour Disney. Je pensais que si cela arrivait, j’aurais besoin d’avoir beaucoup plus d’expérience. Mais tout est tombé en place. J’ai énormément appris. Le procédé très méticuleux qu’emploie Disney pour confectionner ses films est très différent de ce que j’ai fait jusqu’à ce jour. C’était comme retourner à l’école pour faire une maîtrise en narration d’histoires et être entouré de gens brillants, qui connaissent de meilleures façons de faire. Cela a été une réelle courbe d’apprentissage, tout en étant une expérience formidable. »

Le trio a tiré profit de son bagage varié et de ses sensibilités différentes, poursuit-il. « Que ce soit Don avec ses nombreuses années d’expérience en animation, que ce soit Qui, avec son apport culturel et ses connaissances en combat sur scène, ou que ce soit moi, parlant de prises de vues réelles et de techniques pour essayer de les incorporer, nous avons vite trouvé que nous avions beaucoup en commun, dans tout ce qui nous différenciait. Nous voulions que Raya soit un film d’action à la fois traditionnel et très contemporain. La combinaison de nos trois approches nous a permis de trouver un ton original. »

L’importance de faire confiance

Raya and the Last Dragon (Raya et le dernier dragon) se déroule dans le monde imaginaire de Kumandra. Le film d’animation retrace la quête de la jeune guerrière solitaire Raya, à la recherche du dernier des dragons afin de ramener la paix et l’harmonie chez les siens. Pour réussir, elle doit apprendre à faire confiance aux autres et à travailler en équipe.

« Le film est ancré autour du thème de la confiance et de la solidarité », indique Don Hall.

C’est très difficile pour Raya de se fier à quelqu’un d’autre. Le public l’accompagne tout au long de son parcours et c’est le dragon Sisu qui est l’agent de changement.

Don Hall

Positive, l’œuvre s’avère par ailleurs fort drôle. « L’humour est une de mes superpuissances », reconnaît Qui Nguyen, qui a coécrit le scénario avec Adele Lim (Crazy Rich Asians). « De l’humour a aussi été intégré de différentes façons par les réalisateurs et au moyen de gags visuels, précise-t-il. On ne pourrait passer sous silence les performances de Kelly Marie Tran, la voix de Raya, et d’Awkwafina, la voix du dragon Sisu. L’humour est un formidable outil pour faire aimer les personnages. Il permet de mieux les comprendre et de désamorcer les situations difficiles. »

Le film d’animation semblait pertinent aux trois créateurs, il y a 18 mois, quand ils se sont lancés dans l’aventure. Il leur paraît maintenant nécessaire.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR DISNEY

L’action se déroule dans cinq régions de Kumandra. L’univers est imaginaire, mais sa source d’inspiration s’avère l’Asie du Sud-Est.

« Au fil des semaines, chaque idée véhiculée est devenue de plus en plus d’actualité, fait remarquer Carlos López Estrada. Que ce soient la COVID-19, les troubles sociaux aux États-Unis et ailleurs dans le monde, les fractures entre les gens ou l’élection présidentielle américaine, tout trouvait un écho dans le film, alors que nous étions au milieu des dialogues. Même notre nouveau président, dans son discours d’investiture, a fait allusion à l’unité et à la confiance. C’est seulement en se faisant confiance que des gens avec des visions différentes et des idéologies contradictoires peuvent se rapprocher et trouver un terrain d’entente. »

L’action se déroule dans cinq régions de Kumandra. L’univers est imaginaire, mais sa source d’inspiration s’avère l’Asie du Sud-Est.

Deux voyages exploratoires ont été organisés pour s’imprégner des odeurs et des paysages du Cambodge, de l’Indonésie, du Laos, de la Malaisie, de Singapour, de la Thaïlande et du Viêtnam. Des consultants ont également été engagés pour s’assurer de l’authenticité de chaque détail mis de l’avant.

« On n’aurait pas pu faire le film sans les conseillers sur l’Asie du Sud-Est, affirme Don Hall. Ils ont participé à chacune des décisions et ont été consultés sur tout, que ce soit l’apparence des personnages, les vêtements ou la nourriture. »

Même s’il travaille pour les Studios d’animation Walt Disney depuis plus de 20 ans, le réalisateur a lui aussi été déstabilisé. Le film d’animation a en effet été effectué entièrement à distance, dans plus de 400 foyers. « Rien n’a été sacrifié pour atteindre le résultat final, précise-t-il. C’est un témoignage de l’engagement de tous les membres de la production, qui ont donné tout ce qu’ils pouvaient. Je crois qu’il s’agit du plus beau film qu’on ait produit. »

Raya and the Last Dragon (Raya et le dernier dragon) sera présenté sur Disney+ avec l’Accès Premium, à compter du 5 mars. Il prendra l'affiche dans certaines salles de cinéma. Mieux vaut vérifier les horaires.