Avec Land dans lequel elle tient aussi le rôle principal, la comédienne Robin Wright réalise son premier long métrage de fiction. Présenté en première mondiale au festival du film de Sundance, le film est un hommage à la nature et à la bonté humaines pour guérir les blessures de l’âme.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

À la suite d’une terrible tragédie familiale, Edee voit son existence éclater et être réduite en miettes. Incapable de trouver du réconfort dans son entourage et en psychothérapie, elle part se réfugier, mais surtout s’isoler, dans les montagnes du Wyoming. Où elle finira par comprendre que la guérison passe par la bienveillance d’autres êtres humains.

Autrement dit, la nature, aussi belle et généreuse soit-elle, ne possède pas tous les attributs curatifs pour surmonter une tragédie impliquant des humains, des bons comme des très méchants. D’ailleurs, la nature peut elle aussi vous gifler sans pitié.

C’est l’essence du long métrage de fiction Land présenté dimanche en première mondiale dans la version en ligne du festival Sundance et dont la sortie est prévue le vendredi 12 février. Derrière la caméra, Robin Wright a mis en scène un scénario signé par Jesse Chatham et Erin Dignam. Devant la caméra, elle s’abandonne avec grâce en interprétant cette femme écorchée vive qu’est Edee, très seule dans une sorte de huis clos en plein air.

En entrevue avec des programmateurs de Sundance avant et après la projection, la comédienne bien connue pour son rôle de Claire Underwood dans la série House of Cards a expliqué avoir reçu le scénario à une période où les tueries se succédaient à un rythme infernal aux États-Unis.

Je me suis demandé comment tous ces gens qui perdent des proches passent au travers, a-t-elle dit. J’ai eu envie de faire ce film alors qu’il y avait tant de souffrance dans notre pays. Et l’administration alors en place n’aidait pas ! Il y avait toute cette laideur, ce harcèlement sur Twitter où chacun devenait juge. Je me suis demandé quel impact tout cela peut avoir sur les enfants et comment cela les affecte sur le plan psychologique.

Robin Wright, réalisatrice et actrice principale de Land

Le personnage d’Edee est dans cette résonance. Sa rencontre avec Miguel (Demián Bichir ; A Better Life), énigmatique homme des bois, lui fera comprendre que pour guérir, la nature ne suffit pas.

« Edee réussit à s’élever au-dessus de sa souffrance, mais réalise avoir besoin de contacts humains et de bonté pour sortir de l’adversité, dit la comédienne et réalisatrice. J’ai été frappée par cette ligne dans le texte où Edee demande à Miguel pourquoi il l’aide et ce dernier répond simplement : parce que ta route a croisé la mienne. »

En Alberta

Comme dans Brokeback Mountain, ce sont les montagnes majestueuses de l’Alberta qui servent de décor au Wyoming de ce film.

Tant Robin Wright que Demián Bichir ont apprécié le travail de l’équipe technique de Calgary, ont-ils dit après la projection. Le temps, lui, leur a joué quelques tours… mais avec un résultat heureux.

Nous avions 29 jours de tournage pour ce film où nous devions illustrer le passage des saisons, explique Robin Wright. Or, il y a eu seulement une journée digne de l’été où nous avons tourné toutes nos scènes estivales. Puis, alors que nous étions en octobre dans les montagnes, l’hiver nous est tombé dessus sans prévenir. Nous avons alors changé notre calendrier pour les scènes d’hiver. La chaleur est revenue, la neige a fondu et nous avons alors tourné nos scènes automnales.

Robin Wright, réalisatrice et actrice principale de Land

Les spectateurs qui trouveront des ressemblances entre Land et Wild, de Jean-Marc Vallée, ne seront pas seuls. Dimanche soir, les internautes étaient nombreux à faire ce rapprochement.

Robin Wright a quant à elle fait analyser son travail à travers d’autres œuvres. Elle a évoqué deux films inspirants : Le scaphandre et le papillon, de Julian Schnabel, pour ses ellipses temporelles et The Black Stallion, de Carroll Ballard, pour sa beauté et ses silences. « On emprunte à ces merveilleuses idées tout en les adaptant avec notre style personnel », a-t-elle conclu.