La francophilie de Michael Angelo Covino a poussé ce dernier à tourner une partie de son premier long métrage en France, mais aussi à mettre en valeur deux vieilles chansons québécoises. Entretien avec celui qui, en compagnie de Monia Chokri, réalisatrice de La femme de mon frère, a obtenu l’an dernier à Cannes le prix coup de cœur de la section Un certain regard.

Publié le 18 janv. 2021
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Vous comprendrez que, pour un spectateur québécois, il est très étonnant d’entendre dans votre film les chansons Oui, paraît-il, interprétée par Nicole Martin, et Les enfants de l’avenir, interprétée par Isabelle Pierre, cette dernière étant même présentée dans son intégralité. Expliquez-nous comment ces chansons québécoises du début des années 1970 sont venues aux oreilles d’un cinéaste américain de 37 ans ?

J’ai été initié à la chanson française il y a plusieurs années grâce à une amoureuse que j’ai fréquentée en France. Pour l’enrobage musical de The Climb, j’ai d’abord eu l’idée d’utiliser des chansons à saveur country, mais chantées en français. Quand je suis tombé sur le répertoire québécois, mon oreille d’Américain a tout de suite été séduite par ces chansons françaises, chantées en français, qui comportent quand même une espèce de sonorité plus américaine, en tout cas différente de celle qu’on entend en France. Je trouvais ça fascinant sur le plan culturel, à tel point que je me suis mis à écouter plein de musiques québécoises. Quand je suis tombé sur de vieux albums de Nicole Martin et d’Isabelle Pierre, j’étais béat d’admiration. Il y avait beaucoup d’autres chansons québécoises sur ma liste de lecture au moment de l’écriture du scénario, mais ces deux chansons-là sont restées.

PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Michael Angelo Covino a coécrit le scénario de The Climb avec Kyle Marvin et en signe la réalisation.

The Climb commence dans les Alpes et raconte l’histoire de deux cyclistes américains dont l’amitié est mise à l’épreuve quand l’un apprend que l’autre a déjà été amoureux de la femme qu’il aime. Votre film étant truffé de références culturelles françaises, d’où vient cet intérêt ?

Cet intérêt remonte à mes années d’école. Puis, en découvrant le cinéma français, j’ai développé une véritable affection pour la manière avec laquelle on y traite des thèmes profonds. En ajoutant mon intérêt pour la chanson, cela constitue un ensemble d’une grande puissance émotionnelle. L’écriture de ce scénario avec Kyle [Marvin, aussi acteur dans le film] est née de cette idée de construire une histoire autour d’un idéalisme amoureux qu’on associe souvent à la culture française. Je trouvais que cet angle pouvait être amusant à aborder sous un regard d’Américain.

Kyle Marvin et vous êtes de véritables amis dans la vie. Quel est l’avantage d’associer une démarche artistique et professionnelle avec un ami très proche ?

Je crois que ce qui fonctionne le mieux entre nous est cet instinct de savoir à quel moment l’un doit prendre les commandes par rapport à l’autre, avec un soutien réciproque indéfectible. C’est à qui aura la meilleure idée, peu importe de qui elle vient. Nous partageons la même sensibilité, mais nos goûts peuvent quand même différer parfois. Nous avons assez d’humour pour en rire et nous nous connaissons assez bien pour toujours rester honnêtes l’un envers l’autre. Notre amitié n’en est devenue que plus forte. Kyle et moi sommes d’ailleurs en train d’écrire un nouveau scénario.

Comment est née votre vocation de cinéaste ?

À part le désir de devenir un athlète professionnel — j’ai joué au football à l’université —, le cinéma est la seule chose dont j’ai eu envie. Jeune, j’allais très souvent voir des films. Même si je ne savais absolument pas comment ils étaient faits (personne dans mon entourage n’évoluait de près ou de loin dans le milieu du cinéma), je savais en mon for intérieur que mon admiration, mon obsession pour le cinéma — et pour l’expérience de voir un film dans une salle pleine dans le noir — m’y amènerait un jour. C’est en poursuivant mes études que j’ai pu découvrir progressivement de quoi le cinéma était fait. J’ai alors réalisé que c’était beaucoup plus difficile que ce que j’avais imaginé, mais ma passion ne s’est jamais éteinte.

The Climb a du style, distille un ton particulier, et module habilement ses instants de comédie et ses moments plus dramatiques. Le jeu d’équilibriste auquel vous vous êtes prêté a-t-il été difficile à maîtriser ?

Le plus grand défi a été de trouver le ton juste en jonglant avec l’humour et le drame à la fois. Pour chaque scène, nous nous sommes demandé si là, c’était trop, si le trait d’humour venait bousiller une séquence plus dramatique, ou si, au contraire, il la rendait plus vivante encore. Je n’ai pas pensé au style en réalisant le film, mais j’avais en revanche des idées déjà très précises. Notre objectif au départ était de proposer un film qui célébrerait le cinéma et duquel émanerait notre profond amour pour cet art. Je ne sais pas encore quelle sera la teneur de mes prochains films, mais ils seront toujours le résultat d’une réflexion sur ce plan. Surtout, je souhaiterais qu’ils soient le fruit du talent de tous ceux qui y travailleront, qui en connaissent beaucoup plus que moi dans leur domaine respectif. En fait, je vois un peu mon rôle de réalisateur comme le commissaire d’une exposition dans un musée.

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Gayle Rankin, Kyle Marvin et Michael Angelo Covino dans The Climb, un film de Michael Angelo Covino

Votre film a été lancé au Festival de Cannes en 2019. Que retenez-vous de cette expérience ?

MAC : Ce fut le rêve total ! Je n’avais jamais vécu une expérience de la sorte. L’accueil fut très chaleureux, et j’ai eu l’occasion de discuter là-bas avec des cinéastes que je n’aurais jamais pu imaginer rencontrer : Luc et Jean-Pierre Dardenne, Quentin Tarantino et bien d’autres. J’ai aussi pu développer des amitiés avec les autres cinéastes de la section Un certain regard. Monia [Chokri] is the best !

The Climb (La montée en version française) sera offert en vidéo sur demande le 19 janvier.