(Los Angeles) Si vous pouviez faire revenir à la vie une personne chère et passer 24 heures avec elle, qui choisiriez-vous ? Le réalisateur Dan Scanlon écoulerait la journée avec son père, mort quand lui était bébé. Et il en a fait la prémisse de son film Onward.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Mon frère avait 3 ans, et nous n’avons aucun souvenir de notre père », a-t-il expliqué en entrevue. « Nous nous sommes souvent demandé qui il était et à quel point nous l’aimerions. »

Il s’est mis à explorer cette idée avec la productrice Kori Rae il y six ans, alors qu’ils mettaient la touche finale au film d’animation Monsters University, dans les studios de Disney et Pixar.

« C’était en septembre 2013 », se souvient très exactement Mme Rae, rencontrée en compagnie de Dan Scanlon, dans un hôtel de Beverly Hills.

Le concept a pris de l’ampleur et a évolué, mais le tandem a toujours gardé en tête l’essentiel : le désir d’établir une connexion avec une personne importante dans sa vie.

Cette quête s’est transportée dans un univers inédit, qui ressemble à une banlieue contemporaine, mais appartient à un monde magique où cohabitent lutins, centaures, cyclopes, gnomes et licornes, qui fouillent dans les poubelles. Le recours à la magie n’est toutefois pas répandu dans ce monde. Celle-ci est remplacée par la technologie, beaucoup plus facile à utiliser.

PHOTO GETTY IMAGES POUR DISNEY

Chris Pratt (à gauche) et Tom Holland se connaissaient avant de participer à la production du film d’animation Onward, puisqu’ils font tous deux partie de l’univers cinématographique Marvel. Ils ont participé à une conférence de presse dans un hôtel de Beverly Hills, à la mi-février.

Les deux frères au cœur de l’histoire sont des lutins. Tom Holland (Spider-Man dans les récents films de Marvel) prête, dans la version originale en anglais, sa voix à Ian, qui n’était pas né quand son père est mort. Introverti, il est tout le contraire de son grand frère, Barley, exubérant et confiant, porté par Chris Pratt (Peter Quill dans Guardians of the Galaxy).

Leur père, malade et sachant qu’il ne verrait pas ses deux fils grandir, leur a laissé un message et une façon de le faire revenir, pour 24 heures. Le soir du 16e anniversaire d’Ian, leur mère (à qui Julia Louis-Dreyfus prête sa voix) met son plan à exécution. Les choses, évidemment, ne se déroulent pas comme prévu. 

L’aîné, passionné des jeux de rôle et de fantaisie, et connaissant toutes les formules magiques imaginables, échoue. Le cadet découvre par hasard qu’il est doté de pouvoirs magiques, mais ne parvient qu’à faire apparaître la moitié inférieure du corps de son père. La course contre la montre commence pour les deux frères, qui doivent surmonter ensemble de nombreux défis.

Faire revenir seulement la moitié inférieure du corps est une drôle d’idée. Au début, on s’est dit qu’on ne pouvait pas faire cela. Puis on s’est demandé : “Pourquoi pas ?”

Kori Rae, productrice

« Chez Pixar, quand on entend parler d’un nouveau film, il y a toujours une idée bizarre derrière, renchérit Dan Scanlon. Comme une maison transportée par des ballons. Ou un rat qui aime cuisiner. C’est inconfortable, c’est une complication, et cela nous excite parce que c’est original. »

Inversion des rôles

Dans la vraie vie, Chris Pratt est le benjamin de sa famille, et Tom Holland, l’aîné, ayant trois frères plus jeunes. Ce dernier s’est reconnu dans Ian, a-t-il raconté en conférence de presse, à la mi-février. « Quand j’avais 12, 13 ans, j’étais très nerveux et je ne réussissais pas à l’école, a-t-il révélé. Je suis sorti de ma coquille quand j’ai joué dans la comédie musicale Billy Elliot. C’est intéressant de voir le cheminement d’Ian tout au long du film. »

ILLUSTRATION FOURNIE PAR DISNEY ET PIXAR

L’aventure des frères Ian et de Barley se déroule dans un univers inédit, qui ressemble à une banlieue contemporaine, mais appartient à un monde magique où cohabitent des lutins, des centaures, des cyclopes et des gnomes. Les maisons ressemblent à des champignons. 

Volubile, Chris Pratt a avoué qu’il a tendance à imposer ses idées aux réalisateurs. Dans ce cas-ci, Dan Scanlon a insisté pour qu’il s’en tienne au scénario, et le comédien en est ravi. « J’ai compris, en regardant le film, qu’il célèbre l’amour entre deux frères, a précisé le charismatique acteur. Barley n’est pas jaloux qu’Ian soit celui qui a hérité de pouvoirs magiques, parce qu’il l’aime trop. J’ai pensé à mon propre frère, qui m’a toujours encouragé. Il voulait être acteur, et j’ai marché sur ses traces. Au secondaire, je le copiais en tout, allant jusqu’à porter les vêtements qu’il avait mis la veille, parce que j’aimais l’odeur de son eau de Cologne. Il est entré dans l’armée et n’a pas poursuivi son rêve. Or, il est heureux pour moi et n’est pas jaloux de ce que je fais. »

Dan Scanlon est resté fidèle à sa vision, confirme Kori Rae. « Cela faisait tellement d’années qu’il avait l’histoire dans sa tête ! », dit-elle.

La productrice, qui travaille chez Pixar depuis le début de sa carrière, il y a 27 ans, se réjouit de voir nombre de femmes obtenir leur diplôme et grossir les rangs de l’industrie. « Le changement passe par les programmes scolaires, qui font bouger les choses, estime-t-elle. Chez nous, maintes réalisatrices travaillent sur des projets en élaboration. »

ILLUSTRATION FOURNIE PAR DISNEY ET PIXAR

Dans le monde d’Ian et Barley, la technologie a pris le dessus et le recours à la magie n’est plus répandu. Le plus jeune des deux frères ne sait pas trop comment réagir quand il découvre qu’il est doté de pouvoirs magiques. 

Le film d’animation Onward, 22e de Pixar, n’est pas anti-technologie, tient-elle à préciser. « On s’en sert pour faire nos films », dit-elle en riant.

L’attrait qu’exerce la technologie, aux dépens de la magie, fait plutôt référence à sa grande commodité, qui peut empêcher de prendre des risques et de réaliser son potentiel, précise Dan Scanlon.

Leur souhait ? Qu’après avoir vu le film, des gens appellent une personne significative, qui les a inspirés et aidés à devenir eux-mêmes. Ce peut être un membre de la famille, un ami, un professeur. Ils espèrent qu’ils la joindront, tout simplement pour lui dire merci.

Le film Onward (En avant, en version française) prendra l’affiche le vendredi 6 mars.

Les frais de voyage de ce reportage ont été payés par Disney.