Donne-moi des ailes est une fiction inspirée de l’histoire de Christian Moullec, scientifique et pilote d’ULM qui a aidé des oies naines de Laponie à trouver un nouveau parcours migratoire. Et de façon plus large, c’est un grand hommage à la Terre. La Presse en a parlé avec le réalisateur, Nicolas Vanier.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Qu’est-ce qui est vrai et faux dans le film ?

Moullec a effectué ce voyage une fois, il y a une vingtaine d’années. Il a essayé de voler avec des oies – et réussi à le faire – pour imprimer dans leur « GPS » un nouvel itinéraire de migration. C’est ce que le film, en partie, relate. J’ai ajouté des éléments fictifs comme l’adolescent Thomas [Louis Vazquez], la relation entre Christian [Jean-Paul Rouve] et son ex-femme Paola [Mélanie Doutey], etc.

Dans le film, c’est Thomas qui pilote. Et il devient très populaire. N’est-il pas la version aérienne Greta Thunberg ?

(Rires) Ce film parle de la disparition des oiseaux, un évènement tragique qui n’est pas unique à l’Europe. À travers cette disparition, c’est celle de toute la biodiversité dont on parle. Et nous rejoignons toutes ces personnes, dont les jeunes qui, de par le monde et comme Greta Thunberg, nous disent qu’on ne peut pas continuer comme ça. Nous sommes en train de leur construire un monde dans lequel ils n’ont pas envie de vivre. Un monde sans oiseaux, sans forêts, sans poissons dans les océans, sans air respirable et sans eau.

Quelle est l’actuelle situation des oies naines de Laponie ?

Cette population est en voie de disparition. Il ne reste que quelques dizaines d’individus, et l’espèce n’existe plus à l’état sauvage. L’expérimentation qu’a faite Moullec a permis de prouver qu’on pouvait leur tracer un nouvel itinéraire de migration. Mais il faut un capital d’au moins 200 oiseaux pour continuer. Ce qui n’a pas été possible pour des raisons financières, car cela implique une dizaine d’ULM, etc. En plus, il faut s’entendre avec différents pays (Norvège, Suède, Pays-Bas) qui ne s’accordent pas sur la politique de conservation des oiseaux migrateurs.

En entrevue à Europe 1, vous vous êtes aussi inquiété du sort des forêts de Laponie…

Pas qu’en Laponie, mais dans le monde entier. On connaît le sort de la forêt amazonienne. La forêt disparaît beaucoup trop rapidement alors qu’elle est le poumon de la Terre. On en a de plus en plus besoin, car on émet de plus en plus de gaz à effet de serre. Il y a de plus en plus de combustion d’énergies fossiles, et c’est la forêt qui est capable d’absorber toute cette pollution. C’est dramatique.

PHOTO TIRÉE D’ALLOCINÉ

Scène du film Donne-moi des ailes, de Nicolas Vanier

Vous-même n’avez pas été épargné par les écologistes. Il a été rapporté que, durant le tournage, un ULM a survolé de trop près des nids de flamants roses avec pour effet que 500 d’entre eux ont été abandonnés…

Je suis au côté de France Nature Environnement Languedoc-Roussillon [organisme qui a porté plainte] pour essayer de faire condamner cet imbécile [le pilote] qui, contre la réglementation et les cartes que nous lui avions données, a été s’amuser et a provoqué des dégâts. C’est un pilote que je ne connais même pas et qui agissait pour le compte d’une société extérieure qui faisait des essais pour nous. En plus des cartes, nous lui avions remis des documents lui interdisant totalement de survoler à certaines altitudes sur certaines zones. Il a été jouer avec l’ULM en provoquant ça. Effectivement, j’espère qu’il sera condamné.

Dans le film, la réussite de l’aventure s’appuie en partie sur le mensonge, la falsification et le non-respect des règles. Comment défendre cela ?

Aujourd’hui, quand on voit qu’effectivement, on ne peut pas sauver les oies naines en raison de réglementations totalement stupides et qu’on n’a pas les autorisations, il faut parfois savoir enfreindre certaines rigidités. Voilà ce que fait le héros dans le film, ce n’est pas bien grave. Dans son voyage, Moullec avait à l’occasion un petit peu passé la ligne rouge, mais tout le monde a trouvé l’aventure sympathique, et les médias l’ont relayée comme c’est raconté dans le film.

Jusqu’où sentez-vous l’urgence d’agir et de témoigner ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir changer le monde avec un film, mais c’est vrai que j’essaie, au travers de mes aventures, de mes livres et de mes films, de témoigner de mon amour pour la nature et de mon envie de faire en sorte que nos enfants, mes enfants, puissent vivre les mêmes aventures que celles que j’ai vécues.

Vous êtes un aventurier de longue date et avez souvent séjourné au Québec…

J’ai eu des chiens de traîneaux ici que j’ai entraînés durant plusieurs années, près du lac Saint-Jean, dans la région de Roberval. J’ai traversé en traîneau à chiens le Québec et le Labrador, de Schefferville à la baie d’Ungava. Et je l’ai fait aussi en canoë avec les Montagnais. Enfin, j’ai traversé tout le Canada depuis l’Alaska jusqu’à la ville de Québec. Je suis un tout petit peu Québécois.

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