(Berlin) La 70e Berlinale s’ouvrira ce jeudi avec la présentation de My Salinger Year, le plus récent film de Philippe Falardeau. Cette édition anniversaire, placée sous le signe du renouveau et de la diversité, restera néanmoins fidèle à la réputation d’un festival souvent marqué par des œuvres politiques.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Congorama a clôturé la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 2006. La première mondiale de Monsieur Lazhar a eu lieu sur la mythique Piazza Grande de Locarno, devant une foule de quelques milliers de spectateurs, pour ensuite poursuivre sa course jusqu’aux Oscars en 2012. Quatre ans plus tard, Chuck a eu droit à une présentation en sélection officielle à la Mostra de Venise. Tous ses films, de La moitié gauche du frigo jusqu’à Guibord s’en va-t-en guerre, en passant par C’est pas moi, je le jure ! et The Good Lie, ont été lancés dans de grands festivals. Philippe Falardeau n’a pourtant jamais été aussi nerveux qu’à la veille de la présentation, jeudi soir, de My Salinger Year à la Berlinale.

On peut le comprendre. Avec Cannes et Venise, Berlin forme le trio des plus grands festivals internationaux de cinéma en Europe. Être choisi pour ouvrir un tel événement est un honneur prestigieux. Et rare. Rappelons que dans toute l’histoire du cinéma québécois, My Salinger Year est seulement le deuxième film à bénéficier d’une telle tribune, 40 ans après Fantastica, de Gilles Carle, à Cannes.

« J’ai été très nerveux au cours de la dernière semaine, au point d’en avoir des manifestations physiques, a raconté le cinéaste québécois quelques heures à peine après son arrivée dans la capitale allemande. Mais quand je suis monté dans l’avion hier [mardi soir], on dirait que ça s’est calmé. Je me suis mis à me concentrer sur des choses plus concrètes. Quand je suis allé à la Piazza Grande la première fois, avec Monsieur Lazhar, j’étais insouciant parce que je ne savais même pas ce que c’était. Dans ce cas-ci, on arrive avec la somme de nos expériences – c’est aussi vrai pour les producteurs [Kim McCraw et Luc Déry de la société micro_scope] – et on sait que nous sommes attendus autant par la presse que par le public. Ça rend la chose plus énervante. Et puis, en vieillissant, j’ai l’impression de perdre cette espèce d’insouciance, l’arrogance qui nous habite quand on est plus jeune. Je doute davantage, ce qui fait que la nervosité s’accroît. »

Un plan très concret !

Philippe Falardeau aura de quoi tromper sa nervosité ce jeudi, car un plan très concret l’attend. D’abord, en matinée, une vérification technique est prévue au Berlinale Palast afin de s’assurer de la qualité impeccable des deux projections qui s’y dérouleront (l’une est destinée à la presse, l’autre est la projection de gala). Le cinéaste se prêtera ensuite au jeu de la conférence de presse en compagnie des deux vedettes du film, Margaret Qualley et Sigourney Weaver, de même que Joanna Rakoff, autrice du livre dont ce film est l’adaptation.

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Sigourney Weaver dans My Salinger Year

« Ensuite, retour à l’hôtel pour le grooming, ce que je fais tout seul ! précise-t-il. Comme il s’agit de la soirée d’ouverture, il y aura évidemment beaucoup de protocole. J’aurais aimé m’asseoir et regarder le film avec les acteurs et l’équipe, mais je ne pourrai malheureusement pas le faire. »

Je serai transporté dans une autre salle où le film est projeté une heure plus tard [le Friedrichstadt-Palast est situé à quelques rues du Berlinale Palast], pour dire quelques mots à un public de festivaliers. On me ramènera ensuite à la projection de gala.

Philippe Falardeau, réalisateur

Le nouveau film de Philippe Falardeau est présenté dans le cadre de la nouvelle section Berlinale Special Gala, réservée à des productions de prestige présentées hors compétition. Campé dans les années 90, My Salinger Year relate le parcours d’une jeune femme rêvant d’écriture qui se fait embaucher à titre d’assistante de l’agente littéraire du célèbre écrivain J.D. Salinger.

Pour la première fois, la cérémonie d’ouverture, suivie de la présentation de My Salinger Year, sera diffusée simultanément sur grand écran dans quatre autres villes allemandes. Les cinéphiles de Hambourg, Munich, Essen et Halle pourront aussi vivre cette soirée en direct.

Une bonne représentation québécoise

Outre My Salinger Year, nous suivrons également la présentation à Berlin, en primeur mondiale, de La déesse des mouches à feu, le nouveau long métrage d’Anaïs Barbeau-Lavalette (Le ring, Inch’Allah).

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Scène tirée de La déesse des mouches à feu

Cette adaptation cinématographique du roman de Geneviève Pettersen sera présentée samedi dans la section compétitive Generation 14plus, consacrée à des productions abordant des thèmes plus spécifiquement liés à l’enfance et à l’adolescence.

Produit par Luc Vandal (Coop Vidéo de Montréal) et distribué par Entract Films, La déesse des mouches à feu relate le parcours d’une jeune fille qui, au cours des années 90, traverse son adolescence alors que ses parents entreprennent un processus de divorce. Kelly Depeault, Éléonore Loiselle, Caroline Néron, Normand D’Amour et Antoine Desrochers en sont les têtes d’affiche. Une importante délégation fera le déplacement. Les films québécois, rappelons-le, ont souvent fait belle figure dans cette catégorie, l’une des sections officielles de la Berlinale. C’est pas moi, je le jure ! (Philippe Falardeau), Les rois mongols (Luc Picard) et Une colonie (Geneviève Dulude-De Celles) ont obtenu là-bas l’Ours de cristal, remis au meilleur film de cette sélection.

Le public berlinois aura par ailleurs le plaisir de découvrir en primeur les deux premiers épisodes de C’est comme ça que je t’aime, la nouvelle série – très attendue – de François Létourneau, réalisée par Jean-François Rivard. Le tandem, à qui l’on doit déjà Les invincibles et Série noire, s’amène dans la ville grise à l’invitation des organisateurs de Berlinale Series, une section consacrée à des productions internationales destinées au petit écran. 

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François Létourneau, Marilyn Castonguay, Karine Gonthier-Hyndman et Patrice Robitaille font partie de la distribution de C’est comme ça que je t’aime.

Les artisans – Marilyn Castonguay, Karine Gonthier-Hyndman et Patrice Robitaille sont aussi du voyage – se retrouveront ici en très bonne compagnie. Parmi les huit productions sélectionnées dans cette catégorie, on note en outre la présence de The Eddy, une série produite par Damien Chazelle (La La Land) pour Netflix, de même que Stateless, une série australienne produite par Cate Blanchett.

Aussi en primeur mondiale, le court métrage québécois Écume. Écrit et réalisé par Omar Elhamy, ce film est sélectionné dans Berlinale Shorts, une section compétitive dont les lauréats sont inscrits au palmarès officiel. Il en est de même de Celle qui porte la pluie. Le film de Marianne Métivier, présenté en primeur internationale, est aussi sélectionné dans la même catégorie.

Quelques autres productions québécoises entament également à Berlin leur carrière internationale. C’est notamment le cas du long métrage The Twentieth Century (Matthew Rankin), sélectionné dans la section Forum. Les courts métrages Clebs, de Halima Ouardiri, Goodbye Golovin, de Mathieu Grimard, et Le mal du siècle, de Catherine Lepage, seront de leur côté présentés dans la catégorie Generation 14plus.

La 70e Berlinale commence ce jeudi et se poursuit jusqu’au 1er mars.