Les années 2010 furent à la fois conquérantes et semées de doutes pour Marc-André Grondin. La prochaine décennie s’annonce plus assurée. Elle commencera de façon spectaculaire avec la sortie, le 14 février, de Mafia inc., un film de Podz (Daniel Grou), l’un de ses cinéastes favoris.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Dans Mafia inc., un long métrage librement inspiré du livre qu’ont publié en 2010 les journalistes André Cédilot et André Noël à propos d’une grande famille mafieuse de Montréal, Marc-André Grondin incarne Vincent Gamache, dit « Vince ». Ce jeune homme, fils du tailleur attitré du clan sicilien (Gilbert Sicotte), est prêt à tout pour impressionner le parrain (Sergio Castellitto) et devenir l’un de ses hommes de confiance. Vince a du chien, est arrogant, baveux, cruel parfois. Il joue autant du muscle et du sex-appeal que du fusil et de la fêlure intérieure. Autrement dit, Vince fait partie de ces personnages qu’un acteur a peu souvent l’occasion de jouer au Québec.

« C’est certain que quand on te donne un AR-15 dans les mains pour aller tirer dans les rues de Laval, ça renvoie forcément au trip de p’tit gars ! fait remarquer le comédien au cours d’un entretien accordé à La Presse. C’est un thrill, bien sûr, parce que tout est alors permis. Cela dit, ça représente aussi un grand défi, parce qu’il faut évidemment aller au-delà de cette dimension. Je suis d’ailleurs très amateur des séries qui s’attardent à des criminels, et on constate que ces types sont toujours le produit de leur environnement. Vince est crissement cocky, c’est vrai, mais il a aussi son histoire. Mon terrain de jeu était encore plus grand pour essayer différentes façons de le jouer, d’expérimenter, de creuser, d’autant que j’avais devant moi le bon réalisateur pour faire ça ! »

Des retrouvailles avec Podz

Retrouvant Podz (Daniel Grou) huit ans après L’affaire Dumont, Marc-André Grondin apprécie cette faculté qu’a le cinéaste d’aller au-delà des apparences et de déceler chez les acteurs un potentiel qu’ils ignorent parfois eux-mêmes.

« On peut aller plus loin que la proposition initiale avec lui, explique-t-il. Podz va te donner le rôle pour ce que tu peux apporter au personnage, pas parce que tu lui ressembles. Je suis très loin de Vince, mais Podz s’est dit que j’étais capable de l’incarner. Il aime les contre-emplois. À l’époque de L’affaire Dumont, j’étais encore vu comme le jeune premier beau gosse, et il est venu me chercher pour autre chose. Je ne sais jamais où il va m’emmener, mais je sais que ce sera complètement différent de ce à quoi je m’attendais quand je lisais le scénario tout seul chez moi. Et ça, ça me fait vraiment triper ! »

À une « bonne place »

À 35 ans, Marc-André Grondin estime être actuellement « à une bonne place » dans son parcours professionnel. Il affirme se sentir mieux que jamais. En plus de Mafia inc., on le verra cette année dans Jusqu’au déclin, un film de Patrice Laliberté, produit par Netflix, dans lequel il tient un rôle de soutien. Et puis, la remarquable série Fragile, écrite par Serge Boucher et réalisée par Claude Desrosiers, est aussi encensée par la critique. Celui dont la carrière s’est beaucoup déroulée à l’étranger pendant quelques années trouve maintenant chez lui des projets intéressants.

« C’est ce que j’ai toujours voulu ! soutient-il. J’ai travaillé en Europe parce qu’on ne m’offrait rien au Québec à l’époque. Je ne suis pas contre l’idée d’aller tourner là-bas de nouveau, mais je ne recherche pas particulièrement de projets internationaux. Ma vie a toujours été ici. »

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Marc-André Grondin dans Mafia inc., un film de Podz (Daniel Grou)

Je mentirais si je disais que je croule sous les propositions, mais j’ai la chance de trouver quand même des projets intéressants. J’en ferais davantage, bien sûr, mais ce sont encore des choix de cœur, et je ne suis pas à plaindre, même si j’ai souvent l’impression de revenir à la case départ.

Marc-André Grondin

C.R.A.Z.Y., le film de Jean-Marc Vallée qui l’a révélé au monde en 2005 à l’âge de 21 ans, fut d’évidence un moment charnière dans sa carrière et dans sa vie, mais il a aussi imposé l’image d’un éphèbe romantique qui ne correspondait pas tout à fait à la personnalité du jeune acteur. Dès l’année suivante, Marc-André Grondin a tenté de briser cette image dans La belle bête, une adaptation du roman de Marie-Claire Blais. Quelques années plus tard, à la faveur du tournage de L’homme qui rit, drame historique de Jean-Pierre Améris, il s’est rasé la tête afin de faciliter le port de perruques. Il n’est plus jamais retourné arrière.

« J’ai toujours essayé d’arriver là où l’on ne m’attendait pas, et le regard que les gens ont commencé à poser sur moi s’est alors mis à correspondre davantage à ce que je suis vraiment. Pendant ma vingtaine, je me suis beaucoup opposé au statut qu’on m’a donné et aux attentes qu’on plaçait envers moi. Les offres françaises sont arrivées par hasard et je me suis retrouvé à avoir un César dès ma deuxième job [il a remporté le César 2009 du meilleur espoir masculin grâce au film de Rémi Bezançon Le premier jour du reste de ta vie]. J’avais l’impression que tout ça m’arrivait un peu par défaut. J’en ai été très heureux, cela dit, et je suis bien reconnaissant pour toutes ces choses que je n’aurais jamais pensé vivre, mais ma vingtaine reste quand même un peu spéciale à mes yeux. »

Un adulte maintenant

À force de refuser les projets venus d’ailleurs, la vague a un peu « crashé », dit-il. Les scénarios qu’on lui fait lire lui font souvent croire que la perception qu’on a de lui en France est encore celle d’un jeune homme de 22 ans.

« Je suis un adulte maintenant ! affirme-t-il en riant. Ma palette est beaucoup plus large. Quand on commence à jouer les pères de famille, ça veut dire que les plus beaux rôles sont désormais accessibles. Et là, j’y arrive. »

Une carrière basée uniquement sur un look ne peut pas durer. Il y aura toujours quelqu’un de plus beau que toi qui va arriver. J’ai essayé de casser ça, et la vie a fait en sorte de le faire aussi.

Marc-André Grondin

« Présentement, je pense être quelque part entre les deux. Je ne suis pas un pichou, mais pas un canon non plus. Je peux jouer le gars ordinaire, sans miser sur la carte du sex-appeal, des personnages troubles aussi, qui ont de multiples facettes. Même s’ils sont complètement différents, les personnages de C.R.A.Z.Y. et de Mafia inc. se rejoignent un peu, dans la mesure où ce sont deux gars qui cherchent l’amour de leur père. Aujourd’hui, mon apparence paraît aussi beaucoup plus sévère au premier regard, mais quand tu te rapproches, elle ne l’est pas tant que ça ! », laisse-t-il tomber, sourire en coin.

Se tournant aussi vers la production, ce qui le met dans un « meilleur état » et lui permet de moins appréhender les périodes plus creuses, Marc-André Grondin n’a encore aucun autre tournage prévu au programme à titre d’acteur.

« La production m’enthousiasme et me comble humainement et psychologiquement, confie-t-il. Je ne sais si je pourrai en vivre sur le plan financier, mais je m’épanouis sur le plan créatif et je rencontre plein de gens intéressants. Ça me rend aussi plus disponible pour jouer d’autres personnages. Les gens du milieu croient parfois que je vais tout refuser, mais c’est faux. Comme j’ai joué dans After the Ball [Sean Garrity], il me semble que ça devrait laisser entendre que je suis ouvert à pas mal tout !, rappelle-t-il en riant. D’ailleurs, j’ai été sincèrement déçu de ne pas gagner l’Aurore du pire acteur cette année-là ! »