Émilie Goulet se rappelle très bien le tout premier film d’animation de Pixar qu’elle a vu. L’expérience, gravée dans sa mémoire, a pris une nouvelle signification depuis qu’elle s’est taillé une place au sein du célèbre studio d’animation californien.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Ma mère nous avait amenés, mon frère, ma sœur et moi, à l’exposition Images du futur, qui avait lieu dans le Vieux-Port, à la fin des années 1980, confie-t-elle. On avait vu plein de courts métrages, dont le court métrage d’animation Knick Knack, réalisé par John Lasseter. Je devais avoir 11 ans. On avait tous adoré et bien ri. C’était l’histoire d’un petit bonhomme de neige. Comme bien des histoires de Pixar, elle a un impact qui reste dans notre cœur et notre esprit. »

Émilie Goulet a complété son baccalauréat en cinéma d’animation à l’Université Concordia en 2001. Elle a obtenu ses premiers contrats chez Cinar et dans l’industrie bouillonnante du jeu vidéo, à Montréal. Mais c’est le cinéma d’animation qui l’attirait. Son parcours l’a menée ailleurs au Canada et aux États-Unis jusqu’à ce qu’elle obtienne un poste chez Pixar, en 2016.

Coco a été le premier film d’animation sur lequel elle a travaillé, pendant un peu plus d’un an, a-t-elle indiqué au cours d’un entretien par Zoom. Puis elle a collaboré aux films Incredibles 2 (Les Incroyables 2), Toy Story 4 (Histoire de jouets 4), Onward (En avant) et Soul (Âme), qui sera lancé à Noël sur la plateforme Disney+.

« C’est toujours un peu intimidant de travailler avec un nouveau réalisateur, mais je commence à connaître l’équipe d’animateurs, a-t-elle précisé. Je suis toujours intimidée par l’extraordinaire travail de mes collègues, mais on dirait que cela change dans ma tête et dans mon cœur. Je suis autant inspirée qu’émerveillée. On se donne des défis. J’ai moins peur de recevoir des commentaires qu’au début. »

Je me sens de plus en plus confiante pour prendre des risques au niveau créatif.

Émilie Goulet, animatrice chez Pixas

Soul, réalisé par Pete Docter (Monsters, Inc., Up, Inside Out) et coréalisé par le dramaturge afro-américain Kemp Powers (One Night in Miami), jumelle deux personnages aux intérêts opposés. D’un côté, une âme, 22, ne trouve aucun intérêt à aller sur terre. De l’autre, Joe Gardner, un passionné de jazz, mort subitement alors qu’il était sur le point de réaliser son rêve, veut désespérément retourner à New York.

Émilie Goulet a animé deux courtes séquences, qui se déroulent dans deux univers totalement différents. Celles-ci représentent des moments clés pour 22 et Joe Gardner, à qui Tina Fey et Jamie Foxx prêtent respectivement leur voix. La première séquence se tient dans le métro de New York et la seconde, à la fin, dans le monde imaginaire où sont formées les âmes avant d’aller sur terre.

« Cela fonctionne toujours comme cela, a-t-elle expliqué. Un animateur va avoir les plans 1 à 5, par exemple, et un autre aura les plans 6, 7 et 8. Ce sont des plans qui se suivent et forment une petite histoire. C’est très satisfaisant d’avoir un petit moment isolé. Cela permet de plonger un peu plus profondément dans un moment spécifique, quand on peut animer la scène qui vient avant et celle qui vient après. On se rencontre souvent entre animateurs d’une même séquence pour s’assurer qu’il y a une belle courbe narrative et que l’animation ait du sens du début à la fin. »

IMAGE FOURNIE PAR PIXAR

Les animateurs travaillent beaucoup en équipe, s'assurant qu'il y ait une continuité entre les personnages et les scènes. Ils s’inspirent mutuellement les uns des autres. Ces esquisses, montrant Joe Gardner et 22 dans diverses situations, sous formes d’âmes, ont été réalisées par un des membres de l’équipe, Tony Fucile.

Émilie Goulet a travaillé pendant cinq mois et demi pour animer les deux scènes, qui totalisent de 30 à 45 secondes. Celles-ci ont suscité leur lot d’émotions. « C’étaient des moments qui me rappelaient certaines expériences de ma vie personnelle, qui avaient été difficiles. Ce que j’animais n’était pas la même situation que j’avais vécue, mais les émotions étaient semblables. Ce qui est difficile en animation, c’est qu’on doit rester plongé dans ces moments-là pendant plusieurs semaines. »

IMAGE FOURNIE PAR PIXAR

Émilie Goulet a contribué à animer une des scènes qui se déroulent dans le métro de New York.

Le désir de respecter la culture des personnages, qui était là pour Coco, était particulièrement important pour Soul, a constaté Mme Goulet. « Dans notre département, des animateurs font partie de la communauté afro-américaine. J’allais toujours chercher leurs commentaires. Dans les rencontres quotidiennes, leur opinion était toujours entendue. On voulait savoir ce qu’ils pensaient. C’est comme cela qu’on grandit, qu’on évolue, en n’ayant pas peur d’aller chercher l’authenticité et la sincérité d’un moment, même si c’est difficile et exigeant pour nous, et qu’on avance en terrain inconnu au niveau créatif. C’est important de le faire. On en ressort beaucoup plus fort. »

L’animatrice a depuis fini un projet et travaille sur un autre. Elle aime chercher à honorer la vision d’un réalisateur, tout en y apportant un peu d’elle. « C’est vraiment spécial, a-t-elle révélé. Nos équipes sont tellement grandes, il y a beaucoup d’échanges. Je ne suis pas juste à mon ordinateur en train d’animer. On raconte une histoire ensemble pour que la personne à qui on va la raconter ait un bon moment et qu’il y ait un dialogue, même si on n’est pas à côté d’elle pour continuer la conversation. »

Plein de projets sont en préparation, révèle-t-elle, sans pouvoir en dire davantage. « C’est vraiment excitant, ce qui se passe en ce moment. »

Soul (Âme en version française) sera offert à partir du 25 décembre sur Disney+.