Le scénario d’American Beauty lui a valu un Oscar il y a 20 ans. Sa série Six Feet Under a profondément marqué le monde de la télévision dans les années 2000. True Blood a ensuite contribué à relancer la mode des vampires. Aujourd’hui, Alan Ball propose Uncle Frank, un long métrage qui, sans être autobiographique, comporte plusieurs résonances personnelles. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Uncle Frank relate le parcours d’un professeur gai (Paul Bettany) au début des années 70. Frank enseigne dans une université new-yorkaise, vit avec un conjoint (Peter Macdussi) et s’assume très bien, jusqu’au jour où il doit retourner dans son patelin de la Caroline du Sud à la mort de son père. Qu’est-ce qui vous a incité à écrire cette histoire ?

Plusieurs scénarios traînent dans mes tiroirs depuis des années. Lors d’une rencontre à la société Miramax, on m’a pratiquement donné carte blanche pour mettre sur pied le projet de film de mon choix. Comme ce genre de proposition arrive très rarement, j’ai saisi l’occasion ! Il n’y a pas vraiment eu d’élément déclencheur particulier. En fait, cette histoire trotte dans ma tête depuis le jour où j’ai révélé mon homosexualité à ma mère.

On a en tout cas l’impression qu’Uncle Frank est l’une de vos œuvres les plus personnelles. Le ressentez-vous de cette façon ?

Quand je suis sorti du placard, ma mère s’est alors mise à blâmer mon père parce qu’elle le soupçonnait d’être gai aussi. Je ne sais pas si c’est vrai, car il était déjà mort à cette époque, mais de l’apprendre, et aussi d’apprendre une histoire qui avait semble-t-il beaucoup affecté mon père dans sa jeunesse — la mort d’un ami qui s’est noyé —, bref, cela a déclenché dans mon esprit toute une série de « et si ? » J’ai aussi vécu un traumatisme à l’âge de 13 ans quand ma sœur a perdu la vie dans un accident de voiture. Elle était la conductrice et moi, son passager. On ne peut pas fuir un évènement de la sorte. Il faut y faire face. Donc, je vous dirais qu’il n’y a rien de très précis sur le plan autobiographique dans ce film, mais oui, c’est quand même l’une des histoires les plus personnelles que j’ai jamais écrites.

On vous connaît surtout comme un scénariste émérite, mais le fait est que la réalisation a toujours aussi fait partie de votre parcours. Était-il clair dès le départ que vous alliez signer Uncle Frank à titre de réalisateur également ?

C’est ce que je souhaitais, en tout cas. J’adore la réalisation. C’est peut-être un peu vaniteux de ma part, mais j’aime vraiment l’esprit de collaboration qu’amène un tournage. Et, surtout, travailler avec les acteurs. Quand j’étais jeune, je voulais d’ailleurs devenir comédien, comme tout le monde, mais je ne décrochais jamais de rôles. Avec un ami, j’ai alors commencé à écrire des trucs dans lesquels nous pouvions jouer. Au fil des ans, il est devenu évident que j’avais beaucoup plus à offrir en tant que scénariste qu’à titre d’acteur. L’écriture est devenue mon centre d’intérêt principal. J’ai aussi commencé à faire de la mise en scène au théâtre et j’ai aimé ça. Quand j’ai écrit l’émission pilote de Six Feet Under et qu’on m’a demandé à qui je pensais pour le réaliser, j’ai dit : moi ! Et ils m’ont laissé faire ! J’étais terrifié, mais je crois que ça s’est bien passé finalement.

Quand une histoire vous vient en tête, comment déterminez-vous si vous allez la développer en série ou en long métrage ?

Quand j’écrivais le scénario d’Uncle Frank, il était évident pour moi qu’il s’agissait d’un film. On dirait qu’on sent de façon organique comment raconter une histoire, la meilleure façon pour y parvenir. Celle-ci pouvait à mon sens se résoudre de façon satisfaisante avec une approche plus cinématographique. Quand j’entreprends l’écriture d’une série, la dynamique est différente. C’est assez instinctif. Je dirais même que ça relève de l’évidence. Peut-être y aurait-il moyen de tirer un film de True Blood et de faire une série avec Uncle Frank, mais il en résulterait des œuvres complètement différentes.

Vous évoluez dans le milieu du cinéma et de la télévision depuis maintenant un peu plus de 20 ans. Le métier a-t-il beaucoup changé depuis l’époque où vous avez fait vos débuts ? Et comment ?

Les médias ont beaucoup changé, le marché de la diffusion aussi. Sur le plan technologique, tout évolue à une vitesse folle. Quand j’ai commencé, on recevait les scènes tournées quotidiennement sur vidéocassette ! Cela dit, la manière avec laquelle j’aborde mon métier reste la même. Mon travail de scénariste et de réalisateur s’exerce pas mal de la même façon parce que ma priorité reste toujours l’histoire et les personnages.

À quoi ressemble la suite des choses pour vous ?

Je n’ai rien de précis au programme pour le moment. Je travaille sur des séries, mais j’ai aussi plein de scénarios de films en réserve. On verra ce qui se pointera en premier !

Uncle Frank sera offert sur Amazon Prime Video le 25 novembre.