Le 18 novembre 2013, le cinéaste montréalais Peter Wintonick rendait son dernier souffle. Il laissait derrière lui une œuvre documentaire riche. Et un projet inachevé : Utopia. Aujourd’hui, en puisant dans des archives visuelles jamais vues, sa fille Mira lui rend hommage.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Tel Don Quichotte se battant contre des moulins à vent, le documentariste montréalais Peter Wintonick a consacré 15 ans de sa vie à un projet intitulé Utopia qu’il n’a jamais terminé.

Que l’on voie plusieurs moulins à vent dans le film Wintopia que sa fille Mira lui consacre constitue donc une métaphore évidente et cohérente. D’autant plus que l’idée de porter le grand roman de Cervantès au cinéma a connu sa part d’échecs retentissants.

« C’est vrai qu’il y a un parallèle à faire avec le projet de film inachevé de mon père, rigole Mira Burt-Wintonick au bout du fil. Le roman de Cervantès l’a beaucoup intéressé au cours de sa vie. Oui, mon père avait un peu de l’instinct rigolo de Don Quichotte et sa tendance à vouloir régler les problèmes du monde. Mais il avait aussi un côté Sancho Panza roulant des yeux et plus cynique. »

Né à Trenton, en Ontario, Peter Wintonick a passé une bonne partie de sa vie à Montréal… et à travers le monde, car il ne tenait pas en place. Il a réalisé de nombreux documentaires, dont son grand œuvre, Manufacturing Consent, consacré à Noam Chomsky. En 2006, il a été récompensé du Prix du Gouverneur général des arts visuels et médiatiques.

Or, tout en poursuivant sa carrière de cinéaste, monteur, juré et autres, M. Wintonick a tourné quelque 300 cassettes vidéo partout sur la planète. Son but : trouver l’endroit utopique par excellence sur terre.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Mira Burt-Wintonick

Réalisatrice de documentaire audio de son métier, Mira a plongé dans cette boîte avec la double quête de conclure le projet paternel et d’y trouver une forme de rédemption. Le résultat, Wintopia, est présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

« J’ai pris tout son matériel, ses cassettes, avec le sentiment que je devais lui faire un hommage, dit-elle. Je voulais faire un portrait réaliste, dans le sens que nous sommes des êtres complexes. J’ai voulu être honnête. C’est ma perspective. Je ne prétends pas que ce soit objectif. C’est très personnel tout en mettant mes pas dans les siens. »

Se sachant malade d’un cancer, Peter Wintonick voulait que sa fille et lui travaillent à une dernière œuvre, un genre de biopic dans lequel des segments d’Utopia seraient insérés. Mais la maladie a été virulente. Mira a fait le chemin seule.

Toutes les images de Wintopia sont signées Peter Wintonick. Sa fille a ajouté des parties sonores. Elle espère faire mieux connaître l’œuvre du paternel. « Il voulait faire des films avec de la poésie, de l’humour, même avec les sujets importants. Il cherchait un équilibre. Mais aussi, à travers ses films, il voulait atteindre un monde meilleur. »

Faire ce premier long métrage documentaire lui a aussi servi de processus de deuil. « Ce qui m’a marqué est sa présence sur les vidéos, dit-elle. Il n’est pas souvent devant la caméra, mais je voyais son ombre, sa réflexion. J’entendais sa respiration… »

Plusieurs passages laissent le spectateur lire des cartes postales que M. Wintonick envoyait d’Australie comme de la Gaspésie, d’Uruguay, d’Écosse, de Venise, de Coney Island. Moments intimes toujours signés d’un touchant « Papa Pete ».

« Mon film porte aussi sur ce qui nous reste après la disparition d’un proche, dit Mira. Des photos, enregistrements et objets. Les cartes postales me rapprochent de mon père. Elles représentent le fait que, même en voyage, il pensait à ma mère et moi. »

Wintopia est présenté dans la section Devenir soi-même des RIDM en ligne du 19 au 25 novembre. En parallèle, une rétrospective Peter Wintonick est présentée sur la plateforme Tënk.

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Semaine québécoise aux RIDM

Le second segment des RIDM (19-25 novembre) compte plusieurs œuvres québécoises de grand intérêt, dont Wintopia. Voici trois autres suggestions.

Mazzarello

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Mazzarello

La cinéaste Carmen Rachiteanu nous avait soufflé avec son film précédent, Jo. Dans ce nouveau court métrage, elle suit le parcours d’Amalia Mazzarello, boxeuse argentine installée à Munich pour parfaire son art. Tourné en noir et blanc, le film s’intéresse autant à la femme qu’à l’athlète déterminée. La direction photo est excellente.

Apatrides

PHOTO FOURNIE PAR LES RIDM

Apatrides

Se partageant le territoire de l’île d’Hispaniola, Haïti et la République dominicaine ont une difficile, voire sanglante histoire de cohabitation. Ainsi, en 2013, la République dominicaine retirait la citoyenneté de toutes personnes ayant des racines haïtiennes remontant jusqu’en 1929 ! Ce que rappelle la cinéaste Michèle Stephenson en s’intéressant au travail de Rosa Iris, avocate luttant pour la réunification des familles.

Un vrai gentleman (No Ordinary Man)

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Un vrai gentleman

Les documentaristes Aisling Chin-Yee et Chase Joynt reviennent sur l’histoire de Billy Tipton, ce musicien de jazz américain dont la transidentité fut révélée à sa mort, en demandant à des acteurs trans d’aujourd’hui de lui prêter vie. Une approche originale pour aborder ce sujet actuel qu’est la place accordée aux personnes trans dans la société.