Avant que la pandémie ne mette la planète sur pause, les manifestations pour le climat lancées par Greta Thunberg avaient remis l’environnement parmi les sujets de l’heure. Le documentariste Nathan Grossman a suivi l’adolescente de sa première journée de grève en solo à la leçon qu’elle a servie aux dirigeants du monde aux Nations unies. Un regard intime sur une jeune fille déterminée.

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Il y a un peu plus d’un an, des dizaines de milliers de personnes marchaient dans les rues de Montréal à la suite de Greta Thunberg pour inciter les décideurs du monde à faire de la lutte contre les changements climatiques l’enjeu de notre époque. Ce gigantesque mouvement, rappelle Nathan Grossman dans son film I Am Greta, personne n’aurait pu le prédire. Encore moins celle qui l’a lancé.

Elle était bien seule, en effet, en novembre 2018, lorsqu’elle a décidé de faire la grève devant le parlement suédois. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Nathan Grossman était là lui aussi, dès le premier jour, avec sa caméra. « Un contact m’avait dit qu’elle ferait une petite manifestation, raconte-t-il. J’en ai discuté avec mon patron, et on a convenu que j’allais passer un ou deux jours là, le temps de voir si c’était intéressant. »

Ni lui ni personne n’aurait pu deviner la suite. Or, il a vite saisi qu’il tenait quelque chose. « Quand j’ai commencé à la filmer, j’ai senti qu’elle avait assez de charisme pour que je poursuive au-delà des quelques jours que je pensais lui consacrer, dit-il. Mais ce n’est qu’au moment où le mouvement de grève s’est propagé en Belgique et en Australie que j’ai compris que ça allait devenir grand. »

I Am Greta montre bien sûr la formidable ascension du mouvement lancé par Greta Thunberg et la rapidité avec laquelle elle s’est imposée comme une figure dominante de la lutte contre les changements climatiques.

Il donne aussi à voir comment elle est devenue, presque du jour au lendemain, une personnalité auprès de qui tout politicien désireux de passer pour « vert » devait être vu.

Nathan Grossman la suit, elle, ainsi que son père, Svante, qui l’accompagne dans ses déplacements lors de multiples conférences un peu partout en Europe. Il est là lorsqu’elle rencontre le président de la République française, Emmanuel Macron, et même le pape… Il montre l’enthousiasme de Greta devant tous ces jeunes qui lui emboîtent le pas, mais aussi sa déception, de plus en plus amère, devant les discours vides des dirigeants de ce monde.

C’est d’ailleurs l’un des aspects les plus intéressants de son film : il montre clairement l’absence de naïveté de Greta Thunberg. Jamais cette jeune fille n’a voulu être une héroïne, et encore moins une vedette. Elle n’en a rien à faire de visiter des palais et de rencontrer les « grands » de ce monde. Au contraire, elle se rend vite compte que les gens l’invitent, mais n’agissent pas. Sa frustration grandissante, qu’on sent dans ses allocutions et qui culmine à l’ONU, s’explique par elle-même lorsqu’on visionne I Am Greta.

PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Le documentariste Nathan Grossman

« Cette frustration est un élément important de la dramaturgie du film, reconnaît le réalisateur. Et je crois que c’est ce que ressentent bien des jeunes. » Or, il y a bien plus dans son documentaire qu’une « jeune fille en colère », comme il le dit lui-même. Sa caméra fait d’abord et avant tout le portrait d’une adolescente éloquente, certes, mais aussi rigolote et sensible, qui croule aussi parfois sous la pression.

Nathan Grossman, qui a eu un accès privilégié à Greta Thunberg et à sa famille, montre combien il lui est difficile de porter ce combat. Qu’elle ne veut pas de cette responsabilité, au fond. Qu’elle s’ennuie des siens et de ses chiens, deux compagnons qui l’aident à calmer ses angoisses.

Elle a déjà dit devant un parterre de décideurs qu’elle ne devrait pas être en train de leur parler, mais sur les bancs d’école, comme les autres jeunes de son âge. On la croit.

On ne voit plus Greta depuis le début de la pandémie. Il n’y a plus, non plus, de grèves pour l’environnement. Nathan Grossman ne croit pas, cependant, que la crise sanitaire ait coupé les ailes au mouvement. Les grèves pour le climat incitaient la planète à écouter les scientifiques, souligne-t-il, et c’est précisément ce qui se passe dans la lutte contre la COVID-19.

« Je crois que la crise sanitaire sera courte et que l’enjeu du réchauffement climatique sera d’autant plus urgent ensuite, dit le réalisateur. Je crois que les jeunes vont se lever de nouveau et dire : maintenant, c’est le temps de s’occuper de notre crise à nous, de la crise qui frappera les prochaines générations. Vous avez montré que vous êtes capables de déployer de l’énergie et de mettre de l’argent pour faire face aux crises. Je crois que ce n’est qu’une question de temps avant qu’on revoie les gens dans la rue. »

I Am Greta. Documentaire de Nathan Grossman. 97 minutes. En anglais et en suédois, avec sous-titres anglais.

Offert en vidéo sur demande dès le 13 novembre, notamment sur Apple TV+, Crave, Illico, iTunes et Google Play.