(Châteauguay) En ce vendredi 30 octobre où les rayons du soleil surlignent les couleurs irisées des feuilles, des enfants déguisés pour l’Halloween marchent dans une rue tranquille de Châteauguay. Ils passent devant une maison au toit pentu et au clin de bois horizontal peint en vert et en blanc. Là, ce n’est plus Châteauguay, mais les Adirondacks. Bienvenue sur le plateau de tournage du film Au nord d’Albany, qu’a visité La Presse.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Le tournage

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Entre deux prises sur le plateau de tournage du film Au nord d’Albany

Premier long métrage de Marianne Farley, le film raconte le drame d’Annie (Céline Bonnier), une mère qui, à la suite d’une altercation impliquant sa fille à l’école, prend la fuite en voiture avec ses deux enfants. Mais le véhicule tombe en panne dans les Adirondacks et la famille est bloquée dans un petit village durant plusieurs jours. Dans cette scène, Annie se retrouve dans la maison d’Emma (Janet Land), Américaine accueillante et tante de Paul (Rick Roberts), garagiste bourru qui répare sa voiture. Au moment de notre passage, on en était au jour 16 d’un tournage qui en compte 28. La distribution comprend aussi Zeneb Blanchet et Eliott Plamondon dans les rôles de Sarah et Félix, les enfants d’Annie.

Le lieu

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Vue extérieure de la maison dans laquelle le tournage d’Au nord d’Albany a lieu. À l’intérieur, tout le mobilier et les accessoires ont été remplacés pour créer une ambiance plus vintage.

Dénichée dans un secteur tranquille de Châteauguay où les propriétés comptent quantité d’arbres matures, la maison d’Emma est campée dans un vaste terrain bien aménagé, mais sans ostentation. « Pour la maison, j’avais besoin d’arbres pour sentir que nous ne sommes pas en banlieue », dit Mme Farley. En raison de la pandémie, le tournage, prévu cet été, a été reporté du début d’octobre à la mi-novembre. « Les feuilles sont magnifiques, mais ça ajoute une problématique, car en un mois et demi, elles changent de couleur et tombent », ajoute la réalisatrice. Joëlle Péloquin, directrice artistique, trouve une ressemblance entre cette maison et celle du film Grey Gardens des frères David et Albert Maysles. À l’intérieur, c’est chargé. « Toutes les boiseries et les poutres donnaient beaucoup de cachet. Il y avait une belle descente d’escalier intéressante pour le personnage principal », remarque Mme Péloquin. Des extérieurs ont aussi été tournés à Entrelacs, dans Lanaudière, et à Abercorn, dans les Cantons-de-l’Est. Pour les besoins du tournage, mobilier et accessoires ont été remplacés pour créer une ambiance plus vieillotte.

Marianne Farley

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La réalisatrice et productrice Marianne Farley

Depuis quelques années, la comédienne Marianne Farley a consacré beaucoup de temps à la production, à la scénarisation et à la réalisation. Pour le scénario de son histoire, elle s’est inspirée d’une mésaventure qu’elle a elle-même vécue (en excluant les éléments d’altercation et de fuite !). On lui fait remarquer que l’histoire aurait pu aussi verser dans le film d’horreur tant on sent la tension sur le visage du personnage d’Annie dans la scène à laquelle nous avons assisté. « C’est vrai qu’il y a une certaine tension, dit-elle, amusée. Il y a un côté thriller au film parce que la famille se sauve, tombe en panne et devient prisonnière de cette voiture qui n’a pas de bon sens ! » Si le personnage de Paul ajoute une couche à l’inquiétude ambiante, Annie trouve néanmoins de la bonté chez Emma. « Emma est une femme de 65 ans, ouverte d’esprit, veuve, qui s’occupe des gens, indique Marianne Farley. Elle est chaleureuse et colorée. » Mme Farley a coécrit le scénario avec Claude Brie et coproduit son film avec Benoit Beaulieu.

Céline Bonnier

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Céline Bonnier

La comédienne Céline Bonnier ne s’est pas fait prier pour incarner le personnage d’Annie, affirmant avoir été séduite par un scénario qui respire. « Il y a ici de beaux personnages dans un scénario bien écrit, économe de mots et qui laisse la place à l’image, dit-elle. J’aime l’atmosphère. Ça me fait un peu penser au cinéma de Sam Shepard avec des personnages à la fois simples et complexes, difficiles d’approche, vivant dans des petits bleds. Dans Au nord d’Albany, nous sommes en 2019, mais c’est poussiéreux, avec des vestiges des années 1960 dans les chars, les maisons. » Elle aime aussi que le personnage d’Annie soit en fuite, ce qui permet d’explorer bien des avenues. « Annie est dans un état de survie, dit-elle. Un personnage en fuite au cinéma, c’est toujours croquant [rires]. Mais c’est aussi beau de voir un être humain qui essaie de se dépatouiller et se bat à la recherche de solutions, sans pour autant prendre les bonnes décisions. »

La sortie du film Au nord d’Albany est prévue en 2021.