Avec son talent et son physique imposant, Lambert Wilson était tout désigné pour incarner l’ancien président de la France dans le film De Gaulle, de Gabriel Le Bomin. À quelques jours du 50e anniversaire de la mort du général de Gaulle, La Presse s’est entretenue avec le comédien joint sur le plateau de Matrix 4, à Berlin.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Nous lisons qu’à 8 ans, vous avez participé au Noël de l’Élysée. Aviez-vous un lien particulier avec de Gaulle ?

Ça, c’est une anecdote. Je ne lui ai pas serré la main. Je représentais mon école parce que j’étais un bon élève. Mais j’ai gardé mon carton d’invitation à la maison. C’est un beau souvenir. Par contre, mon père, qui était directeur du Théâtre national populaire, a eu à plusieurs reprises à parler avec de Gaulle. Nous parlions donc souvent de lui à la maison, car de Gaulle influençait certaines décisions par rapport aux subventions du théâtre ou parce que des affaires d’État ont influencé la programmation. Sur le plateau de tournage du film, j’étais le seul à l’avoir vu en personne.

Le film se concentre sur l’appel du 18 juin 1940. Il met autant l’accent sur le sort de la France que sur la place de la famille, notamment de sa fille Anne, dans la vie du général. Les gens connaissent-ils ce dernier aspect ?

Non. Son épouse, Yvonne, était discrète et protectrice. Elle laissait filtrer le strict minimum d’images d’elle, ce qui lui donnait une grande liberté. Elle était originale, intelligente et forte. Elle se mettait en retrait pour avoir les coudées franches. Personnellement, j’ignorais tout de sa fille Anne avant de m’engager dans le film. En cherchant, on trouve facilement du matériel familial. Ce n’était pas caché, mais ils n’en faisaient pas la publicité. Chez les de Gaulle, le privé était extrêmement solide.

Quel aspect de sa personnalité vouliez-vous mettre en valeur ?

Sa solitude. Je pense qu’il était solitaire de la même façon que le commandant Cousteau ou d’autres personnages que j’ai pu interpréter. D’une certaine façon, de Gaulle a un complexe de supériorité. Il se sait très qualifié intellectuellement. Mais dans de tels évènements, il est, comme Churchill lui dit, complètement seul. Il n’a pas d’armée, de soutien, de famille. Il ne sait pas où sont sa femme et ses enfants. Il n’a aucune base. Il lance un appel devenu célèbre, mais qui, au départ, ne provoque aucune réaction. Il va se passer plusieurs heures, plusieurs jours, avant que quelqu’un réagisse.

Parlant de personnages historiques que vous avez incarnés, ressentez-vous une plus grande responsabilité à incarner de Gaulle, Cousteau, l’abbé Pierre, etc. ?

Quand il s’agit d’un personnage encore vivant ou mort récemment, il y a un rapport très particulier qui, personnellement, me gêne, avec les familles. On a une très grande responsabilité face à eux. On ne peut pas faire n’importe quoi. Si on incarne un personnage d’un autre siècle, on a une liberté. Personne ne va me dire comment j’ai fait le portrait de Philippe V d’Espagne dans L’échange des princesses. Mais quand les personnages sont reliés à leurs héritiers, je pense à eux. Il faut qu’ils soient contents. Il faut qu’on soit juste. Je pense que pour de Gaulle, ç’a été très bien reçu.

Dans le film, de Gaulle dit : « Les mots, ce sont les seules armes qui me restent. » Mais chez lui, les mots, écrits ou prononcés, n’ont-ils pas une résonance énorme ?

Absolument ! Charles de Gaulle est un personnage fulgurant au niveau de l’expression parlée. Il a un sens d’orateur et un sens de la formule qui dépassait très souvent les préparatifs diplomatiques des équipes l’entourant. Subitement, de Gaulle débarquait et lançait une expression lapidaire. Ensuite, ça ramait dans les couloirs diplomatiques [rires]. Il avait l’instinct de donner ce que le public attend, comme un homme de scène avec un sens très politique de la formule. Et quand on lit ses mémoires de guerre, on se rend compte que c’est un grand littéraire.

Vous êtes souvent venu à Montréal, au TNM, à l’OSM, etc. Vous revenez nous voir bientôt ?

J’ai un rendez-vous avec l’OSM pour un autre concert autour de l’œuvre du compositeur allemand Kurt Weill. J’espère que cela va avoir lieu. Mais on a été mis à mal en France avec la COVID-19 et la tournée que je devais faire avec ce concert a été en grande partie annulée. J’ai un souvenir absolument extraordinaire de l’OSM. À ma dernière visite, j’ai eu le privilège de travailler avec le chef Kent Nagano. Je sais qu’il est parti, mais l’orchestre reste merveilleux et c’est avec grand plaisir que je reviendrai.

Pour terminer, un mot sur Juliette Gréco et Michael Lonsdale, récemment disparus ?

J’adorais totalement Juliette Gréco. De très grandes vedettes comme elle, Prince ou Michael Jackson sont des gens tellement stratosphériques qu’ils sont déjà parmi les étoiles. Ils sont surhumains. J’ai travaillé deux fois avec Michael Lonsdale, dans Jefferson à Paris et bien entendu Des hommes et des dieux. Je pense qu’il était heureux de partir. Il était tellement croyant et a tellement attendu ce moment de pouvoir voir le Seigneur. Je crois que ça été plus joyeux que triste d’apprendre sa mort. Joyeux pour lui. Il a toujours souhaité ce moment-là. Réjouissons-nous pour lui.

De Gaulle est présentement à l’affiche.