Roger Frappier coproduit avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande le prochain film de Jane Campion.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Avec 50 ans de métier, 55 films au compteur et de nombreux prix, le producteur Roger Frappier est une vedette de notre industrie cinématographique. À la barre sa compagnie Max Films, il a connu plusieurs succès, dont Borderline, Un zoo la nuit, La grande séduction… Or, depuis quelques années, Frappier travaille à l’international, mais plus chez lui.

« Au Québec, le système ne fonctionne pas, dit-il. Ce n’est plus le triangle producteur-réalisateur-scénariste qui contrôle notre cinéma, mais les analystes de nos institutions publiques, qui ont peu d’expérience dans le domaine du cinéma. Ces analystes nous demandent sans cesse de faire et de refaire des versions d’un scénario de film, de tout enlever, jusqu’à dénaturer l’œuvre originale. Si je déposais aujourd’hui le scénario final du Déclin de l’empire américain, je suis convaincu que les institutions publiques le refuseraient ou elles me demanderaient de le réécrire ! »

Si, à 75 ans, Roger Frappier travaille surtout à l’international, c’est parce qu’au Québec, on lui refuse ses projets.

Un fonctionnaire m’a déjà dit que je devrais prendre ma retraite pour laisser la place aux jeunes ! Désolé, mais je ne remarque pas cette forme d’« âgisme » quand je travaille à l’étranger.

Roger Frappier

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE PHOTO ROBERT SKINNER,

Roger Frappier

Un western psychologique

La Presse a joint Frappier mercredi, au tout dernier jour de tournage de The Power of the Dog (Le pouvoir du chien), le nouveau film de Jane Campion, avec Benedict Cumberbatch, Jesse Plemons, Kirsten Dunst et Frances Conroy.

Sur le plateau les trois premières semaines du tournage en Nouvelle-Zélande, l’hiver dernier, Roger Frappier a dû revenir à Montréal à cause de la pandémie. Après trois mois d’interruption, le tournage a repris le 22 juin, sans pépins. « Il faut dire que la Nouvelle-Zélande (avec une population de 5 millions d’habitants) a rapporté jusqu’ici 22 décès liés à la COVID. Alors qu’au Québec, on est rendus à 5636 morts », rappelle le producteur.

The Power of the Dog est doté d’un budget de 32 millions de dollars, une somme pas faramineuse pour un film d’époque avec des « stars » internationales, selon le producteur. Sa sortie est prévue au printemps 2021 sur Netflix et dans un circuit limité de salles.

La bonne réputation de Jane Campion

Si, au début de l’entretien, le producteur a fait référence au film de Denys Arcand qui a propulsé sa carrière, en 1986, c’est parce qu’avec The Power of the Dog, Frappier signe son plus beau projet cinématographique… depuis Le déclin.

Jane Campion, réalisatrice de La leçon de piano, a écrit le scénario du film, adapté du roman américain de Thomas Savage publié en 1967.

Frappier avait demandé les droits du livre, voilà huit ans, après avoir eu un coup de foudre dès la première lecture pour cette histoire de deux frères qui vivent dans un vaste ranch au Montana, dans les années 1920. Leur relation filiale, intense, va vite se briser lorsque le cadet épouse Rose, une veuve de la région. « C’est à la fois un western et un film psychologique, avec les costumes et décors d’époque, résume le producteur. Ce film offre aussi quatre grands rôles, car le fils de Rose (Kodi Smit-McPhee) a aussi un personnage important à jouer. »

Roger Frappier se pince encore en pensant qu’il a pu travailler avec cette cinéaste oscarisée, la première — et seule — femme à avoir remporter une Palme d’or au Festival de Cannes. « Tous les acteurs sur la planète veulent travailler avec Jane Campion ! dit-il. Pour la qualité de ses films et son instinct et son sens cinématographique incroyables, mais surtout pour l’harmonie et la bonne humeur sur ses plateaux. Cette réalisatrice a une réputation impeccable. »

Si le film a mis du temps à démarrer (huit années), « les bonnes étoiles se sont alignées » dès que Jane Campion est arrivée dans le projet.

« Ce film est un beau grand cadeau, illustre Frappier. Rien que du pur bonheur depuis le début de la production. J’avais une liberté totale dans mon travail comme coproducteur, dans le respect mutuel de toute l’équipe. »