(Paris) Révélé au grand public grâce à Petit paysan, qui lui a valu le César du meilleur acteur, Swann Arlaud avait auparavant roulé sa bosse pendant des années en tenant des rôles plus ou moins importants au cinéma et à la télévision. Celui à qui Grâce à Dieu a aussi valu un trophée César cette année se fait valoir aujourd’hui dans Perdrix, une comédie romantique singulière, qui lui donne l’occasion d’entrer dans un monde un peu plus décalé. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Ses parents étant des professionnels du spectacle, Swann Arlaud est un enfant de la balle. Né d’une mère directrice de casting, qui fait aussi de la mise en scène au théâtre, et d’un père chef décorateur, l’acteur, qu’on a pu voir récemment dans l’excellent thriller Exfiltrés (Emmanuel Hamon), a toujours méticuleusement suivi les conseils familiaux qu’on lui a donnés.

« À 20 ans, ma mère a voulu être comédienne, mais ça n’a pas marché, explique Swann Arlaud en entrevue avec La Presse. Elle m’a toujours dit de ne surtout pas choisir ce métier, injuste par définition parce que la réussite ne tient pas seulement au talent ou au travail. En revanche, s’il y a quelque chose qui prend, tant mieux. Je me suis toujours protégé un peu parce que s’il n’y a que le jeu qui compte et que ça ne fonctionne pas, vous vous retrouvez à penser que votre vie est ratée. En conséquence, la réussite n’a jamais été un objectif principal pour moi. Les choses se sont quand même construites peu à peu et j’ai décroché des seconds rôles de plus en plus intéressants. Puis, il y a trois ans, Petit paysan est arrivé. Ce film très modeste aurait complètement pu passer à la trappe, or, il a tout changé pour moi. »

La reconnaissance au bon moment

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Swann Arlaud dans Petit paysan. Le film de Hubert Charuel lui a valu le César du meilleur acteur en 2018.

Dans ce premier long métrage d’Hubert Charuel, lauréat de trois trophées César, Swann Arlaud incarnait un fermier trentenaire, prêt à tout pour sauver ses bêtes au moment où une épidémie atteignant les vaches se déclare en Europe. Cette reconnaissance est arrivée dans la vie de l’acteur au moment où, après plusieurs années de questionnement, ce dernier avait enfin le sentiment d’être à sa place.

« Au fil de mon parcours, j’ai rencontré des gens, Daniel Duval [Le temps des porte-plumes] et Jean-Pierre Améris [L’homme qui rit] notamment, qui m’ont aidé à me réconcilier avec cette idée », dit l’acteur âgé de 38 ans.

Quand Petit paysan et le César sont arrivés, il y avait une quinzaine d’années de construction derrière. Cette reconnaissance serait survenue pour moi à 25 ans, j’aurais sans doute pensé que je ne la méritais pas et j’en aurais probablement fait n’importe quoi.

Swann Arlaud

« Là, c’est arrivé à un moment où j’étais mieux ancré dans la vie, laquelle est plus importante à mes yeux que le cinéma. Ce succès m’a permis de faire de vrais choix, ce qui est un grand luxe », ajoute-t-il.

L’impact social de Grâce à Dieu

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Swann Arlaud et Josiane Balasko dans Grâce à Dieu, un film de François Ozon

L’an dernier, Swann Arlaud a également incarné à l’écran le plus écorché des trois personnages principaux de Grâce à Dieu. Le film de François Ozon, qui faisait écho à la véritable enquête qu’ont menée les victimes d’un prêtre pédophile à Lyon, et au silence dans lequel s’est emmurée l’institution de l’Église, a eu un très grand retentissement, faisant même la manchette des nouvelles judiciaires.

« Quand on joue dans un film de François Ozon, on s’attend à ce que le film rayonne et nous nous attendions bien sûr à ce qu’il fasse du bruit, de par la nature même du sujet. Mais pas au point où l’on cherche même à en faire interdire la sortie. On ne s’attendait pas non plus à voir des huissiers de justice noter nos moindres paroles dans les salles où nous avons présenté le film en avant-première. Pour nous, ce fut assez violent. J’ai aussi été très troublé par la réaction de l’Église qui, plutôt que de se taire, a cherché à se défendre alors que des crimes sexuels contre des enfants ont été commis. J’ai trouvé ça indécent. »

Toute cette affaire a aussi prouvé aux yeux du comédien la pertinence — et la puissance — que peut encore avoir un film de cinéma.

« Il est rassurant de penser que le cinéma peut faire trembler les puissants. Il y a bien sûr tout un courant de cinéma social qui existe — Ken Loach en est le chef de file —, mais, pour autant, on a rarement l’impression qu’un film peut faire bouger les choses de cette façon. »

Changement de registre

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Swann Arlaud et Maud Wyler dans Perdrix, un film d’Erwan Le Duc

Souvent choisi pour des rôles dramatiques, Swann Arlaud change cette fois de registre en campant un personnage plus décalé dans Perdrix, un premier long métrage d’Erwan Le Duc. Dans cette comédie romantique, de tonalité un peu singulière, l’acteur incarne Pierre Perdrix, le capitaine d’une gendarmerie de campagne où il ne se passe jamais rien, mises à part les actions de naturistes révolutionnaires qui sévissent dans les environs, et l’arrivée d’une jeune femme (Maud Wyler) qui viendra bouleverser sa vie.

« J’ai immédiatement été séduit par cette langue, par ce ton un peu décalé, un peu absurde, mais qui est toujours au service de quelque chose, souligne l’acteur. Comme, il faut bien le dire, on fait généralement en France de la comédie assez bas de gamme, ça se voit tout de suite quand on tombe sur une comédie vraiment bien écrite. Moi qui suis plutôt associé à des rôles dramatiques, alors que je ne suis pas du tout quelqu’un de sombre dans la vie ni un poète maudit dépressif malade, j’avais là une occasion d’aller vers quelque chose de plus léger. J’en avais envie depuis très longtemps ! »

Preuve de la diversité des rôles qu’on lui offre désormais, Swann Arlaud est de la distribution de Comment je suis devenu un super héros, un film de Douglas Attal, inspiré du roman de Gérald Bronner. Ce film de super héros français, dans lequel l’acteur incarne un vilain personnage, sortira à l’automne dans l’Hexagone.

Perdrix prendra l’affiche le 17 juillet.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.