Dans Suspect numéro un, plus récent film de Daniel Roby, il est question d’injustice, de bavure policière, de journalisme, de drogues, de prisons et de résilience. Mais, foi des acteurs principaux Antoine Olivier Pilon et Josh Hartnett, les droits de la personne, la liberté de la presse et les libertés individuelles en sont les thèmes porteurs.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Un des plus grands fans d’Antoine Olivier Pilon est son père, Benoit qui, récemment, faisait ce constat sur Facebook. « Après avoir vu mon fils se faire crucifier [College Boy], l’avoir vu se lancer dans un vitrail en camisole de force [Mommy] et l’imaginer s’exploser avec une bombe dans ses mains [1:54], le voici maintenant dans une prison thaïlandaise, condamné à la peine de mort [Suspect numéro un]. Ça a beau être arrangé avec le “gars des vues”, ces situations dramatiques me bouleversent à chaque fois ! »

Après lui avoir lu ce passage, La Presse a demandé au jeune comédien de 23 ans s’il affectionnait particulièrement les rôles de martyr.

« Mon père a vraiment écrit cela ? s’esclaffe Antoine Olivier Pilon qui n’avait pas lu ce statut et en rit de bon cœur. Et pour répondre à votre question, je ne vois pas cela comme des rôles de martyr. Simplement de bonnes histoires, comme ici avec Suspect numéro un. Durant toute mon enfance, j’adorais me faire raconter des histoires dans les camps de vacances. J’ai vite compris que je voulais faire partie de ces histoires et les raconter à mon tour aux autres. »

C’est aussi durant son enfance qu’Antoine Olivier Pilon a été initié aux activités d’Amnistie internationale dont son père (décidément !) était un important représentant. Ce qui a amené père et fils à participer à des activités favorables à la fin des atteintes aux droits civils et autres.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le réalisateur Daniel Roby et l’acteur Antoine Olivier Pilon photographiés rue Saint-Antoine dans le Vieux-Montréal où une scène du film a été tournée.

De sorte que, pour Antoine Olivier Pilon, les droits de la personne constituent le thème central du film.

Cette question est très présente chez moi. Tout jeune, j’entendais parler de gens emprisonnés uniquement pour avoir pris une photo dans la rue et autres choses insensées comme cela.

Antoine Olivier Pilon

De là à faire un lien avec Alain Olivier, un Québécois emprisonné en Thaïlande en 1989 à la suite d’une opération foireuse de la GRC qui le soupçonnait – à tort – d’être un important trafiquant de drogues dures, il n’y avait qu’un pas. Qu’Antoine Olivier Pilon a franchi, évoquant l’« injustice » à laquelle Alain Olivier (le personnage s’appelle Daniel Léger dans le film) a été soumis.

Journalisme d’enquête

Incarnant Victor Malarek, le personnage (réel) du journaliste du Globe and Mail dont les enquêtes ont permis à Alain Olivier de revenir au Canada en 1997, le comédien américain Josh Hartnett analyse l’histoire à travers un prisme semblable. Comme il se glisse dans la peau d’un journaliste d’enquête, il s’attarde beaucoup à cette question en la replaçant dans le contexte actuel.

« Il est terrifiant de voir des gens tirer le tapis sous les pieds de personnes qui veulent dire la vérité », dit-il sans jamais nommer l’actuel président américain.

Perdre nos chiens de garde, c’est perdre notre indépendance. On devient alors dépendant des gouvernements et de leur interprétation des évènements.

Josh Hartnett

PHOTO DE LAURENT GUÉRIN FOURNIE PAR FILMS SÉVILLE

Josh Hartnett incarne le journaliste Victor Malarek dans le film.

À bientôt 42 ans, Hartnett (Pearl Harbor, Black Hawk Down), est né à St. Paul au Minnesota, ville jumelle de Minneapolis où la récente affaire George Floyd a mis le feu à l’Amérique. Confiné en Angleterre depuis le début de la pandémie, il a été un témoin éloigné et meurtri.

« C’est une tragédie horrible, lance-t-il. J’ai grandi à Minneapolis où mon école secondaire se trouvait, à quelques pâtés de maisons de l’endroit où George Floyd a été tué. Déjà à l’époque, dans ma classe, il était beaucoup question de la réforme du corps policier. Ça date d’il y a 25 ans ! J’avoue être frustré d’être aussi loin de ma région natale. J’aimerais être là et apporter mon aide. Au moins, j’ai espoir que la récurrence des protestations actuelles va engendrer des changements. »

Rencontrer son sujet

Nous l’avons écrit dans un texte publié vendredi, Daniel Roby a consacré 13 ans à ce film. Dans ce long parcours, il a travaillé étroitement avec Alain Olivier et Victor Malarek. À leur tour, Antoine Olivier Pilon et Josh Hartnett ont pu faire leur connaissance avant de les incarner. Un avantage plus qu’un inconvénient, disent-ils.

« Victor était une des principales raisons pour que j’accepte de jouer, avance M.  Hartnett. J’ai apprécié l’intégrité de son travail, de ses propos. Je voulais comprendre pourquoi il a fait toutes ces choses. »

Par contre, une fois les projecteurs allumés, Hartnett a voulu entrer dans son personnage, sans influence extérieure. « Je ne me serais pas vu jouer avec le regard de Victor par-dessus mon épaule », lance-t-il en riant.

Ce fut tout le contraire d’Antoine Olivier Pilon qui a trouvé « rassurante » la présence d’Alain Olivier sur le plateau. « Je suis allé à la rencontre d’Alain avec une longue liste de questions, se souvient-il. J’ai pu éclaircir plusieurs aspects du personnage. »

Le jeune comédien a hâte de reprendre le travail sur les plateaux. Il doit compléter les films Sam, de Yan England, dans lequel il incarne un nageur olympique troublé, et Maria Chapdelaine, de Sébastien Pilote, où il est l’un des trois prétendants de la jeune femme. Il attend aussi la sortie de Death Of A Ladie’s Man, film de Matt Bissonnette inspiré des chansons de Leonard Cohen dans lequel il incarne Layton Gagnon-O’Shea.

Note à Benoit Pilon, père d’Antoine Olivier : Rassurez-vous ! Fiston ne se fera crucifier dans aucun de ces films.

En salle le 10 juillet

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