L’acteur et réalisateur Kenneth Branagh a passé les dernières semaines à regarder des films qu’il n’avait pas eu le temps de voir et à visionner des classiques.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

En nourrissant son amour pour le septième art, il s’est rendu compte qu’il en avait encore beaucoup à apprendre. Et il a constaté qu’il était parvenu à un stade où il pouvait se servir de son expérience pour aller plus loin.

« Je me sens dans ma zone, comme les athlètes, a-t-il souligné lors d’une entrevue virtuelle depuis Longcross Studios, à Londres. C’est excitant pour la qualité du travail que je ferai à l’avenir. »

En ce moment, la sortie du film Artemis Fowl, de Disney, occupe son attention. Il en parle avec passion et défend l’adaptation cinématographique des premiers livres de la série, qu’il a réalisée, et que beaucoup d’admirateurs des livres éreintent.

Il a l’habitude. En 2011, le premier film de la franchise Thor, qui avait été réalisé sous sa gouverne, a été vertement critiqué. À ses débuts, en 1989, il a osé jeter un œil différent sur la pièce de Shakespeare, Henry V, et a eu l’audace d’en faire une nouvelle version pour le cinéma, même si Laurence Olivier l’avait fait avant lui de façon grandiose.

PHOTO HANNAH MCKAY, ARCHIVES REUTERS

Kenneth Branagh

« Certains ont trouvé que c’était scandaleux, mais pas moi, a expliqué le cinéaste de 59 ans. Je ne voyais aucun problème. Le film de Laurence Olivier existe toujours et il est probablement acheté 10 fois plus souvent que le mien. C’est correct. »

Le besoin d’interpréter à sa manière de grands classiques de la littérature l’anime depuis toujours. Mary Shelley’s Frankenstein (1994), Hamlet (1996), Cinderella (2015) et Murder on the Orient Express (2017) figurent parmi les autres œuvres sur lesquelles il s’est penché, à sa façon. Son prochain sera basé sur un autre roman d’Agatha Christie, Death on the Nile.

Il y a toujours une raison, une impulsion pour le faire. J’aime les histoires et je sens toujours qu’artistiquement, elles pourraient être interprétées autrement par le truchement d’un mode d'expression différent.

Kenneth Branagh

« Prenez les pièces de Shakespeare, dit-il. Je sentais que les innovations cinématographiques permettaient d’entrer dans la tête des personnages de façon à montrer les œuvres sous un nouveau jour. »

Il n’y a pas tant d’histoires à raconter, fait-il remarquer. « Il y en a six ou sept, tout au plus, dit-il. Elles sont joliment habillées, dans des emballages différents. Mais elles tournent autour des mêmes thèmes, que ce soit le voyage, le retour ou le triomphe. Dans le cas de Thor, Henry V et Artemis Fowl, c’est le passage à l’âge adulte, ou du moins à une certaine maturité, qui est exploré. Cela ne me dérange pas de retourner aux éléments de base. Ils sont universels. »

Contes et légendes

Les personnages et les relations interpersonnelles sont au cœur de sa démarche. Au moment d’entreprendre l’adaptation d’Artemis Fowl, il s’est replongé dans la lecture des deux premiers livres de la série créée par l’auteur irlandais Eoin Colfer, en 2001.

Il s’est aussi tourné vers les écrits de Conor McPherson. « C’est un grand dramaturge irlandais qui, comme moi, a grandi parmi les mythes et les légendes de notre pays. Il connaît lui aussi l’obsession des Irlandais pour les petits personnages. »

Il s’est fié à son instinct et a pris la décision de respecter la structure du premier livre (qui comprend le siège du manoir de la famille Fowl par les fées et l’arrêt du temps), tout en empruntant le volet émotif du deuxième livre, avec l’enlèvement du père. Le film met donc la table pour raconter comment le jeune Artemis Fowl devient un génie du crime.

« On remonte à l’origine, un peu comme dans Thor, explique le réalisateur irlandais. Le passage à la maturité doit se faire. Le garçon doit découvrir sa propre identité. Contrairement à ce que plusieurs auraient voulu, Artemis Fowl n’est pas un criminel au départ. On a beaucoup travaillé pour construire un univers avec des fées, qui ont du caractère, sur une grande échelle, que l’on pourra développer s’il y a une demande. Les effets spéciaux sont importants, mais je voulais ancrer l’histoire autour d’un élément humain. »

Il s’anime lorsqu’on fait allusion au mécontentement des amateurs des romans d’Eoin Colfer, offusqués par les bandes-annonces du film.

C’est bien d’être passionné. Mais c’est faux de penser qu’il y a une version authentique d’un livre. Chacun l’interprète à sa façon. Une fois qu’on accepte cela, on peut se dire qu’on aime certaines choses et qu’on en déteste d’autres.

Kenneth Branagh

« Et peut-être, poursuit-il, que ce qui peut être différent se retrouvera dans le prochain film. Prenez Thor. Il y a eu trois films très différents et un quatrième s’en vient. Ils ont été rendus possibles grâce au premier, que certains ont aimé et d’autres pas. »

Le public tranchera. S’il en redemande, le réalisateur s’exécutera avec plaisir. « On s’est beaucoup investis sur les plans créatif et émotif », confie-t-il. Le verdict tombera bien assez vite.

Artemis Fowl est maintenant offert sur Disney +.