Pour sa 22édition, le gala Québec Cinéma s’est réinventé à la hâte en raison de la pandémie. D’un évènement télévisé prévu le dimanche 7 juin en présence de 850 invités, il est passé à un gala virtuel complété par la remise de quatre prix à l’émission Bonsoir bonsoir !, le mercredi 10 juin. Comment s’est faite cette réorganisation ? La directrice de Québec Cinéma, Ségolène Roederer, nous raconte, en six moments clés.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

16 mars

Ce jour-là, Québec Cinéma ferme ses bureaux. « Tout le monde part en télétravail, dit Ségolène Roederer. Nous sommes un peu en attente. Nous savons que le gala est encore loin et croyons que nous allons reprendre nos activités normales dans trois, quatre semaines. »

En temps normal, les premiers contacts, notamment entre Québec Cinéma et le diffuseur Radio-Canada, se font à l’automne précédent. Puis, doucement, en janvier et février, la production se met en branle avant d’adopter un rythme de croisière accéléré avec l’arrivée du printemps. Toutes ces étapes avaient été suivies, comme de coutume.

21 mars

Au calendrier de Québec Cinéma, cette journée est celle de la délibération du jury sur la désignation des finalistes (il y a aussi un vote universel pour éviter le marchandage) qui se fait normalement en personne. Mais cette fois, tout le monde se réunit sur Zoom.

« Il s’agit d’une délibération à 33 personnes qui travaillent en plénière avant de se diviser en trois jurys de 11 personnes pour les catégories d’interprétation, d’images [direction artistique, effets visuels, direction photo] et autres techniques [son, musique, montage] », explique la directrice générale.

Pour l’occasion, quelques membres de Québec cinéma retournent dans les locaux de l’organisme pour gérer, chacun dans un bureau, les débats.

Délibérations à Québec Cinéma

  • Aperçu des délibérations du 21 mars dans les locaux de Québec Cinéma

    PHOTO FOURNIE PAR QUÉBEC CINÉMA

    Aperçu des délibérations du 21 mars dans les locaux de Québec Cinéma

  • Le 21 mars, quelques employés de Québec Cinéma sont retournés dans les locaux de l’organisme pour coordonner les délibérations de jurés afin de désigner les finalistes dans chacune des catégories.

    PHOTO FOURNIE PAR QUÉBEC CINÉMA

    Le 21 mars, quelques employés de Québec Cinéma sont retournés dans les locaux de l’organisme pour coordonner les délibérations de jurés afin de désigner les finalistes dans chacune des catégories.

  • Coordonnateur de la Tournée Québec Cinéma, Marc-Antoine Lévesque a participé à la journée de délibérations des jurés.

    PHOTO FOURNIE PAR QUÉBEC CINÉMA

    Coordonnateur de la Tournée Québec Cinéma, Marc-Antoine Lévesque a participé à la journée de délibérations des jurés.

1/3
  •  
  •  
  •  

À ce moment-là, le gala télévisé est toujours maintenu… mais on sent la soupe chaude. « Les délibérations sur Zoom ont si bien fonctionné que nous nous sommes dit qu’il y aurait un gala coûte que coûte », résume Mme Roederer.

2 avril

Les nouvelles ne sont pas encourageantes. Le nombre de nouveaux cas de coronavirus explose au Québec. La crise n’est pas près de se résorber. Québec Cinéma et Radio-Canada annoncent l’annulation du gala télévisée.

« Je suis hyper déçue, mais pas étonnée, dit Mme Roederer. Je ne voyais pas quelle autre décision pouvait être prise. Dommage, car nous avions une belle équipe de travail. En plus, nous savions que c’était une grande année pour les femmes cinéastes. Et nous avions trouvé un lieu exceptionnel pour la fête d’après-gala. Je ne vous dévoilerai pas ce lieu dans l’espoir d’y être l’an prochain ! »

Les organisateurs réfléchissent à la suite des choses. Il est clair qu’on va se tourner vers un gala en ligne. Radio-Canada verse une somme à Québec Cinéma pour l’aider à bâtir une production web.

23 avril

Normalement, les noms des finalistes sont dévoilés autour du 8 au 10 avril. Ils le sont le 23 avril par Guillaume Lambert, en direct de son salon.

« Ç’a été un beau succès, dit Mme Roederer. Plus de gens ont vu ce dévoilement que dans une conférence de presse normale. »

En effet, quelque 500 personnes suivent le dévoilement en direct sur Facebook. En date du 1er juin, 11 480 personnes l’ont vu en direct ou en différé.

Dans les minutes qui suivent, Québec Cinéma fait savoir par communiqué qu’il travaille avec Radio-Canada dans le but de trouver des « alternatives créatives » pour récompenser les gagnants.

« On se demandait encore comment organiser la présentation du gala, indique la directrice générale. Un soir ? Deux ? Quatre comme le gala des Prix Écrans canadiens ? »

Puis arrive cette proposition de l’émission Bonsoir bonsoir !, animée par Jean-Philippe Wauthier, de dévoiler quelques prix à la télé.

21 mai

« Nous étions heureux de cette offre parce que cela nous permettait de conserver un lien avec la télévision, dit la directrice générale. Et Jean-Philippe aime la culture. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Jean-Philippe Wauthier

Très vite, on s’entend sur un évènement d’un seul soir avec une portion internet, dit le Gala sur le divan, de 19 h à 20 h 30. Celui-ci sera animé par Guillaume Lambert, Élise Guilbault et Mani Soleymanlou qui se trouveront au Lion d’or pour une diffusion en direct sur plusieurs sites web et réseaux sociaux. Évidemment, toutes les règles sanitaires en vigueur seront respectées et les animateurs seront assis chacun sur leur divan, indique Mme Roederer. Suivra, à 21 h, la remise de quatre prix (meilleur film, meilleures interprétations masculine et féminine, prix du public) à Bonsoir bonsoir !

Quelle a été la principale embûche de cette organisation ?

« L’anxiété d’avoir à débroussailler un territoire inconnu, indique Mme Roederer. Comme il n’y a pas d’évènement en salle, toute l’organisation des invités, billets, cocktails, tapis rouge n’est pas à faire. Mais nous avions tout un nouveau travail de producteur à apprivoiser. Et tout devait se faire à distance. Ce fut très exaltant. »

10 juin

Comment se passera l’émission Bonsoir bonsoir ! spécial cinéma du 10 juin ? Hugo Roberge, producteur au contenu, a bien voulu expliquer le déroulement de cette soirée toute spéciale.

« La comédienne Christine Beaulieu qui fait partie du conseil d’administration de Québec Cinéma et que nous aimons beaucoup sera sur le plateau et sera coprésentatrice du gala avec Jean-Philippe, dit-il. Paul Houde sera l’autre invité du plateau et il analysera à sa manière les “chiffres du cinéma” de la dernière année. »

M. Roberge nous a aussi confié que l’animateur prendra un café avec la réalisatrice Alanis Obomsawin. C’est à cette femme et artiste abénaquise, dont la carrière s’échelonne sur plus de 50 ans à l’ONF, que sera remis cette année le prix Hommage du gala.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

La cinéaste Alanis Obomsawin recevra le prix Hommage du gala Québec Cinéma le 10 juin à l'émission Bonsoir bonsoir !.

Par ailleurs, Guillaume Lambert viendra parler sur Skype pour faire un résumé de ce qui s’est passé durant le Gala sur le sofa.

Et les prix ? Un peu comme durant un vrai gala alors que les caméras sont braquées sur chacun d’eux, les comédiens et comédiennes finalistes pour les prix d’interprétation partageront un écran sur Zoom. On verra donc leurs réactions en direct. Tous les finalistes des prix du public et du meilleur film seront en attente de l’annonce chez eux et les gagnants seront invités à dire quelques mots.

Par ailleurs, les gens ont encore jusqu’au 9 juin, midi, pour voter pour le Prix du public. Les cinéphiles doivent choisir leur long métrage favori entre Menteur (Émile Gaudreault), Il pleuvait des oiseaux (Louise Archambault), Merci pour tout (Louise Archambault), La femme de mon frère (Monia Chokri) et Mafia Inc (Podz) en allant sur le site du gala.

Rappelons enfin que le public a jusqu’au 21 juin pour voir ou revoir les 40 films finalistes grâce au Sprint gala tenu sur plusieurs plateformes.