Après Gabrielle et Il pleuvait des oiseaux, la cinéaste Louise Archambault change complètement de registre et propose une comédie dans laquelle Magalie Lépine-Blondeau et Julie Perreault incarnent deux sœurs que le destin force à se réunir.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Quelques mois à peine après Il pleuvait des oiseaux, qui a suscité une vive émotion auprès du public et de la critique, vous lancez un film d’une tonalité très différente. Qu’est-ce qui vous a menée vers Merci pour tout ?

En fait, le producteur et la scénariste de Merci pour tout m’ont proposé ce scénario avant même le tournage d’Il pleuvait des oiseaux. J’ai trouvé cette lecture vraiment captivante. J’aimais le ton, les personnages, imparfaits mais attachants, la qualité des dialogues. La partie road trip m’inspirait aussi des choses intéressantes sur le plan visuel. J’avais déjà travaillé avec Julie [Perreault] sur la série Catastrophe, une comédie qui comportait aussi des scènes dramatiques, donc je connaissais l’ampleur de son registre. Quant à Magalie [Lépine-Blondeau], il y avait déjà longtemps que j’avais envie de travailler avec elle, et il se trouve que l’occasion était très bonne, car pour ce personnage de chanteuse, il fallait aussi choisir une actrice capable de chanter les chansons elle-même. Pendant l’année précédant le tournage, Julie et Magalie se sont vraiment liées d’amitié. Cela m’a facilité la tâche !

Isabelle Langlois est reconnue pour des séries humoristiques écrites pour la télévision : Rumeurs, Mauvais karma, Lâcher prise. Elle signe un scénario de long métrage pour la première fois. En tant que réalisatrice, avez-vous pu collaborer avec elle ?

Le projet n’était pas conçu comme ça. Mon rôle était d’amener ce scénario à bon port. J’ai voulu, à travers la comédie, trouver une certaine vérité et révéler l’essence d’une histoire que j’espère touchante.

Merci pour tout relate le récit de deux sœurs en froid qui partent ensemble pour répandre les cendres de leur père magouilleur aux Îles-de-la-Madeleine. Dans ce genre d’histoire, comment trouver le bon dosage entre la comédie et le drame ?

La comédie est probablement le genre le plus difficile à faire, mais il est très agréable de s’y coller. Isabelle Langlois est très douée pour les dialogues et elle a le talent de créer de beaux personnages de comédie, complexes et parfois même irritants, mais auxquels on s’attache. Les actrices et acteurs apportent ensuite une part d’eux-mêmes et y mettent leur sensibilité. Cette authenticité fait en sorte que l’émotion est aussi au rendez-vous, sans tomber dans le mélodrame. Les comédiens amènent leur humanité, en fait. Mais peu importe le genre qu’on aborde, l’important est de se concentrer sur l’histoire qu’on veut raconter et de bien la raconter. En comédie, la musique donne aussi le rythme et il faut trouver l’équilibre pour ne pas souligner les choses. Martin Léon et Alexis Dumais ont su composer une trame sonore légère et pétillante, de laquelle émane aussi de la mélancolie. On s’inspire également de ce que les acteurs nous apportent. La scène où l’on entend Maneater de Hall & Oates ne figurait pas dans notre plan de travail du tout. Mais on la doit à Robin Aubert !

Merci pour tout prend l’affiche à Noël, en concordance avec la période au cours de laquelle se déroule l’intrigue du film. Étonnamment, peu de films québécois se déroulent en plein hiver…

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Louise Archambault sur le plateau de Merci pour tout, en compagnie du directeur photo Yves Bélanger

Un tournage en hiver amène sa part de défis supplémentaires. D’abord sur le plan technique, parce que les appareils n’aiment pas le froid. Ensuite, le temps d’ensoleillement étant plus court, la lumière est plus rare. Il est aussi plus difficile d’avoir une unité visuelle, car il peut y avoir de grandes variations de températures et de précipitations en une seule journée. Aux Îles-de-la-Madeleine, le vent est aussi un facteur dont il faut tenir compte. Le temps devient un personnage en soi. Cela dit, un tournage dans ces conditions amène une belle solidarité. Quand on tourne loin, on a tendance à se tenir en gang.

En plus de Merci pour tout, Apapacho – Une caresse pour l’âme, de Marquise Lepage, Réservoir, de Kim St-Pierre, et bientôt 14 jours, 12 nuits, de Jean-Philippe Duval, abordent tous directement le thème du deuil. Pourquoi est-ce si récurrent dans le cinéma québécois ? Que représente ce thème pour vous ?

Il en était question aussi dans Il pleuvait des oiseaux ! Peut-être est-ce une façon pour nous de se sentir plus vivant ! Quand on aborde le thème du deuil, on fait face à notre propre mortalité et on prend conscience aussi du temps qu’on accorde aux gens et aux choses essentielles. Ça amène forcément des questions existentielles. Que fait-on de nos vies ? À quoi rime tout ça ? On vit dans une société où il est possible de croire à l’invincibilité, mais on sait bien que nous sommes mortels. On peut voyager partout sur la planète, bientôt sur Mars, mais que fait-on des années de vie qu’on nous donne ? Aborder le thème du deuil est une façon de constater combien la vie est précieuse sans qu’on sache toujours l’apprécier. C’est ce qui en fait, je crois, un thème riche et inspirant.

À la veille de sa sortie, quel destin souhaitez-vous à Merci pour tout ?

J’ose espérer que ce film fasse du bien aux gens. Qu’ils aient envie de se coller un peu après, pour Noël et pour la nouvelle année qui arrive !

Merci pour tout prendra l’affiche le 25 décembre.