L’inspiration vient souvent des sportifs, des vedettes engagées ou des travailleurs humanitaires. Mais elle vient aussi de simples citoyens qui essaient de changer le monde sans faire de vagues. Comme Alain Philoctète, un mentor pour le documentariste Will Prosper, qui lui consacre un documentaire présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Dans le film Kenbe la – Jusqu’à la victoire, Alain Philoctète ne fait pas de mystère sur le fait qu’il a combattu avec des armes dans le passé. Aujourd’hui, il se bat avec des mots, des gestes et des idées. Et il combat aussi un cancer.

Ce double destin a inspiré et fasciné le documentariste montréalais Will Prosper, qui a suivi son sujet dans la campagne haïtienne et à l’hôpital durant ses traitements de chimiothérapie. Une façon de montrer que l’un n’a pas empêché l’autre…

D’origine haïtienne et résidant du Québec depuis 16 ans, Alain Philoctète est un combattant dans l’âme qui a un rêve pour le pays qui l’a vu naître : favoriser l’autonomie alimentaire par la permaculture, une forme d’agriculture qu’il a découverte en écoutant des reportages et conférences du jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier.

Sociologue, enseignant, poète, dessinateur, Alain Philoctète demeure une personne modeste, un monsieur qu’on pourrait croiser sans le voir dans le métro. Et pourtant un monsieur avec une aura, un charisme, une mission intérieure. 

« Alain est un voisin, un monsieur ou madame Tout-le-Monde qu’on ne connaît pas, mais on finit par tomber en amour avec cette personne, dit M. Prosper, qui a connu son sujet en 2012 alors qu’il était candidat aux élections provinciales pour Québec solidaire. On finit par l’aimer à travers les rêves qu’il porte et aussi cette manière qu’il a de transmettre son message. »

Mon intention première était de faire découvrir cet homme qui a un rêve pour son pays.

Will Prosper

Dans le film, les spectateurs mettent leurs pas dans ceux du héros à trois moments particuliers de sa vie. D’abord en Haïti, où il retourne après plusieurs années et où il découvre les conséquences du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Puis lors de ses traitements médicaux à Montréal et de son séjour à la maison, où il est très malade. Et enfin, avec sa famille et un de ses fils à qui il prodigue des conseils d’avenir.

PHOTO FOURNIE PAR L’ONF

Alain Philoctète dans Kenbe la – Jusqu’à la victoire

Créer des ponts

En s’arrêtant à ces trois moments de vie, Will Prosper avait le désir de plonger le spectateur dans un quotidien où il pourrait se reconnaître.

« Je n’ai jamais vu un film où l’on voit un homme – ou une femme – noir atteint du cancer et où l’on voit comment la famille traverse ce moment-là, dit-il. Peu importe leurs origines, il y a des tas de personnes qui comprennent ce qu’est ce combat. Le film, en ce sens, crée des ponts. »

Il enchaîne : « Nous sommes tous des rêveurs et rêver n’a pas de couleur. Alain, comme vous et moi, est frappé par plusieurs drames, ce qui ne l’empêche pas de rêver. »

Autre aspect très intéressant du film, il nous entraîne dans la campagne haïtienne, loin du brouhaha de la capitale Port-au-Prince que l’on voit souvent dans les reportages télévisés.

« C’est un nouveau regard sur le pays et les gens qui y vivent, défend M. Prosper. On ne tombe pas dans l’apitoiement. Beaucoup de gens se prennent en main en Haïti. Sans jamais avoir été des paysans, plusieurs ont quitté la ville et se sont installés en commune pour être autosuffisants en matière de nourriture et même faire commerce de leurs surplus. »

Kenbe la est un film sur l’engagement, le combat et la transmission.

Au Quartier latin (salle 10), mardi, 18 h, et vendredi (salle 12), 20 h 30

Consultez le site des RIDM : https://ridm.ca/fr/films/kenbe-la-8211-jusqu8217a-la-victoire