Quatre longs métrages dans lesquels il est l’une des têtes d’affiche sont programmés au festival Cinemania. Devenu un acteur incontournable du cinéma français, Niels Schneider est aussi la vedette de la coproduction franco-québécoise Sympathie pour le diable, dans laquelle il incarne le journaliste Paul Marchand. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Son statut a changé, mais l’homme reste le même. Depuis la sortie de Diamant noir (Arthur Harari), un film qui lui a valu il y a deux ans le César du meilleur espoir masculin, une certaine effervescence s’est créée autour de sa personne dans le milieu du cinéma français. Niels Schneider en est plus ou moins conscient, dans la mesure où il tient à garder les pieds sur terre.

« Il est vrai que les choses se sont accélérées depuis le César, a déclaré l’acteur franco-québécois lors d’une entrevue accordée à La Presse dès son arrivée à Montréal. J’ai alors commencé à me faire offrir des rôles plus différents, plus intéressants. »

C’est comme si Diamant noir avait ouvert sur moi un imaginaire plus grand, moins limité aux personnages d’éphèbes, machins et tout ça. Mais je ne me projette jamais dans l’avenir.

Niels Schneider

« C’était pareil à 20 ans, à l’époque où j’ai joué dans Tout est parfait [Yves Christian Fournier] et que je regardais aller Marc-André Grondin en rêvant très fort, sans jamais m’imaginer que la même chose pouvait m’arriver. Aujourd’hui, le passé peut sembler vertigineux, mais je ne pense pas en ces termes. Je me dis qu’on ne sait jamais, que ça va peut-être s’arrêter. »

La parole des femmes

À en juger par tous les films qu’il a tournés depuis deux ans, on voit mal comment son rythme pourrait ralentir. Depuis l’attribution du César, on a pu voir le comédien dans Un amour impossible (Catherine Corsini), Le cahier noir (Valeria Sarmiento), Curiosa (Lou Jeunet), dont l’unique présentation à Cinemania a eu lieu hier, Sibyl (Justine Triet), Revenir (Jessica Palud), Sympathie pour le diable (Guillaume De Fontenay), sans oublier une participation – fort remarquée – dans La femme de mon frère (Monia Chokri). Mis à part Sympathie pour le diable, tous ces longs métrages ont été tournés par des femmes.

PHOTO VIANNEY LE CAER, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

Niels Schneider a porté assistance à sa partenaire Virginie Efira au Festival de Cannes, lors de la montée des marches du film Sibyl. Le film de Justine Triet est aussi présenté à Cinemania.

« Je ne sais si ça relève du simple hasard ou d’une affinité particulière, mais il est vrai que j’aime être dirigé par des réalisatrices, indique celui qui fut révélé grâce aux Amours imaginaires de Xavier Dolan. Je travaille bien avec elles. Chaque cinéaste a sa propre personnalité, peu importe son genre bien sûr, mais le fait est que de plus en plus de femmes font de la réalisation. Cela ne relève plus du tout de l’exception. Elles s’approprient le cinéma, tout simplement, en racontant des histoires différentes, avec toute la diversité que ça implique, de la même manière que les hommes le font depuis le début. J’en suis ravi. »

Niels Schneider salue au passage le courage de l’actrice Adèle Haenel qui, la semaine dernière, a pris la parole pour dénoncer les abus dont elle a été victime à l’adolescence.

« Le témoignage d’Adèle m’a bouleversé, confie-t-il. J’étais en larmes. Ce qui est hyper fort, c’est qu’elle évoque des rapports de pouvoir qui vont au-delà du harcèlement sexuel. L’enquête de Mediapart est extrêmement fouillée. J’ai trouvé fantastique la clarté d’Adèle dans son expression, son intelligence, sa précision. Elle a aussi pu prendre un peu de recul par rapport au mouvement #metoo, lancé il y a deux ans, qui a suscité un débat où la nuance n’avait pas toujours sa place. »

Moi qui ai grandi au Québec, j’ai parfois l’impression que les rapports entre les hommes et les femmes en France relèvent d’un autre âge.

Niels Schneider

« Au Québec, on n’en est plus là depuis très longtemps il me semble. On dirait que le poids de l’Histoire en France est tellement lourd qu’il y a des résidus qui résistent peut-être un peu plus. Ça prend plus de temps à décrasser ! »

Dans le chaos de Sarajevo

L’acteur affirme avoir trouvé l’un des rôles les plus marquants de sa carrière dans Sympathie pour le diable, un long métrage réalisé par le Québécois Guillaume De Fontenay. Dans cette adaptation des récits du correspondant de guerre Paul Marchand, dont le scénario est écrit par Guillaume Vigneault, Jean Barbe et le réalisateur, Niels Schneider incarne le journaliste à l’époque où ce dernier a couvert la guerre en Bosnie-Herzégovine, plus particulièrement lors du siège de Sarajevo. Aussi flamboyant qu’idéaliste, ce reporter, mort il y a 10 ans, a vraiment marqué son esprit.

« Je n’avais jamais entendu parler de Paul Marchand auparavant. Quand j’ai lu son bouquin, j’ai été totalement soufflé par son style, sa poésie, sa dignité, son humanité, sa complexité. Il se sentait chez lui en plein cœur d’un conflit parce que la guerre résonnait en lui comme son propre chaos intérieur. C’était aussi quelqu’un doté d’une personnalité particulière. Paul était grand, il avait une allure de dandy, son humour était très cynique, comme une provocation à la mort même. Don’t waste your bullets, I am immortal [Ne gaspillez pas vos balles, je suis immortel], pouvait-on lire sur sa bagnole. Il avait quelque chose du Don Quichotte, mais il avait aussi une grande faille intérieure. »

L’acteur a eu du mal à quitter le personnage, même après le tournage, qui a eu lieu à Sarajevo, aux mêmes endroits où s’est déroulée l’histoire.

« Il y avait une exigence de rigueur à cet égard, explique-t-il. Nous avons tourné à l’hôtel où logeaient tous les journalistes et même dans la véritable chambre qu’a occupée Paul. »

La guerre est encore présente dans tous les esprits là-bas. Les gens de plus de 35 ans l’ont tous vécue de près.

Niels Schneider

« Dans la rue, quelqu’un m’a interpellé en m’appelant Paul et s’est excusé quand je me suis retourné en m’expliquant qu’il était un vieil ami. J’ai tellement aimé Paul, je me suis tellement attaché à lui que pendant un mois et demi après le tournage, je continuais même à fumer le cigare comme lui, à utiliser sa façon de parler. Mais je n’ai pas eu de problème de personnalité, cela dit. Je ne me suis jamais confondu avec lui ! »

Une guerre pas « sexy »

Niels Schneider estime ce film d’autant plus important qu’il fait écho à une guerre que personne, dit-il, ne trouve « sexy ». Et dont on parle rarement.

« C’est très révélateur, fait-il remarquer. Cette guerre a eu lieu en Europe, à deux heures de vol de Paris. C’était probablement la première guerre où nous avions accès à toutes les images. Il était impossible de dire qu’on ignorait ce qui se passait là-bas. Des gens qui cohabitaient ensemble se sont mis à s’entretuer du jour au lendemain, et l’ont fait pendant quatre ans dans l’indifférence totale de la communauté internationale. Je trouve important d’en parler aujourd’hui, car avec les montées des nationalismes un peu partout, on oublie que ça peut recommencer très facilement. »

Arrivé au Québec à l’âge de 8 ans, retourné dans son pays d’origine à la mi-vingtaine, Niels Schneider apprécie par ailleurs sa vie en France. Il tourne présentement là-bas Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Dans ce nouvel opus d’Emmanuel Mouret (Mademoiselle de Joncquières), plus léger de ton que les drames qu’il a enchaînés récemment, il donne la réplique à Camélia Jordana et Vincent Macaigne.

« C’est toujours un peu compliqué de se sentir heureux avec tout ce qui se passe en France présentement, dit-il en souriant pudiquement. Mais je suis entouré de gens que j’aime vraiment et je suis heureux dans mon métier. Sinon, c’est la merde. »

Sympathie pour le diable est présenté lundi à 18 h et mardi à 15 h 15 au Cinéma Impérial (en salle le 29 novembre). Sibyl est présenté au cinéma Impérial mardi à 20 h 15. Revenir est présenté au cinéma Impérial le 14 novembre à 15 h 45.