Seule, dans l’appartement de son amoureux absent, une jeune femme consacre son temps à monter un film dans lequel se succèdent essentiellement des images de villes et de transports urbains.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Les silences sont ses compagnons. Silences entrecoupés des bruits de la rue, du sifflement de la bouilloire, de la sonnette de la porte, d’un peu de musique. En arrière-plan, on entend parfois sa voix feutrée lorsqu’elle s’adresse à l’amoureux par l’intermédiaire de ses écrits.

D’un peu plus d’une heure, La version nouvelle est un bien beau film de Michael Yaroshevsky, son premier long de fiction, dans lequel nous sommes invités à nous laisser porter par le courant, sans craintes ni appréhensions, mais plutôt avec le sentiment que quelque chose va subtilement se déposer au fond de notre inconscient.

Un film où il y a beaucoup d’abandon, note la comédienne Sophie Desmarais, unique interprète — à l’exception de courts témoignages utilisés pour le film dans le film — de cette œuvre que Yaroshevsky a mis plusieurs années à mener à bon port.

« J’ai beaucoup aimé le film qui est complètement singulier », dit-elle en entrevue téléphonique.

« La version nouvelle est une œuvre sans compromis, qui nous met dans un état d’hypnose et d’abandon. On se retrouve en état de veille. Ça ressemble à une sieste d’après-midi. »

L’interprétation, convaincante, de Sophie Desmarais dans ce film est d’autant plus remarquable qu’elle a travaillé pratiquement à l’aveugle ce personnage de jeune femme sans nom. C’était la volonté du cinéaste d’agir de cette façon.

« Michael est d’abord allé tourner des séquences en Europe, en Asie, dit-elle. Il a entre autres travaillé avec la directrice photo Jessica Lee Gagné [aussi avec Glauco Bermudez]. Puis, nous avons tourné durant trois jours dans un appartement. Michael avait envie de me garder complètement vierge quant aux images que mon personnage montait à l’ordinateur. Je n’ai vu que de mini séquences. Un an plus tard, j’ai passé trois autres jours en studio, à enregistrer les voix off. Normalement, à cette étape, on travaille avec les images défilant devant nous. Mais encore là, ça se passait à l’aveugle. »

PHOTO FOURNIE PAR LA CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE

Sophie Desmarais dans La version nouvelle

Ces états de travail atypiques avaient pour objectif que la comédienne ne fasse pas croire à un personnage, n’en crée pas un. Qu’elle soit, en fait, davantage au service de l’expérimentation. Le cinéaste a même intégré dans le film des tests de caméra réalisés avec elle tout au début de leur collaboration.

Éveil des sens

Au bout du compte, le film, avec sa direction artistique et photographique d’exception, met les sens du spectateur bien davantage en éveil qu’une production dans les normes. « Il y a beaucoup de textures et d’images magnifiques », observe Sophie Desmarais qui, au passage, remarque certains champs d’intérêt du cinéaste, par exemple pour les lampadaires s’allumant au crépuscule.

« J’aime beaucoup les films dits “art et essai” comme celui-ci, dit-elle. Son travail me fait penser à celui du cinéaste Chris Marker. J’aime aussi pouvoir passer de personnages très bien construits à des exercices plus dépouillés comme celui-ci. Je trouve important de pouvoir me confronter à d’autres genres de travail. »

La version nouvelle, à la Cinémathèque québécoise à compter du vendredi 30 août.