Pour la première fois de sa carrière au cinéma, Michelle Williams reprend un rôle créé ailleurs par un autre acteur. Dans After the Wedding, remake américain d’un film danois, elle campe une femme qui, après des années d’exil, est confrontée à son passé lors de son retour à New York. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

En 2006, la cinéaste danoise Susanne Bier a réalisé Efter brylluppet, long métrage mieux connu sous son titre international, After the Wedding. Ce drame, finaliste aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère (le film allemand La vie des autres l’a emporté cette année-là), relatait l’histoire d’un homme exilé en Inde (Mads Mikkelsen) qui, à contrecœur, doit revenir à Copenhague afin de rencontrer un riche homme d’affaires (Rolf Lassgård) qui pourrait sauver l’orphelinat dont il s’occupe d’une fermeture prochaine. Or, une vieille histoire le lie à la femme de ce dernier (Sidse Babett Knudsen).

Treize ans plus tard, voilà qu’arrive un remake américain dans lequel les rôles des personnages principaux ont été inversés. Michelle Williams reprend le personnage de Mads Mikkelsen, Julianne Moore interprète une riche femme d’affaires, et Billy Crudup incarne le mari de cette dernière.

« Je n’avais jamais vu le film de Susanne Bier, mais je me suis empressée de le regarder quand j’ai eu vent du projet », a indiqué Michelle Williams au cours d’un entretien téléphonique accordé à La Presse.

« Évidemment, on peut parfois s’interroger sur la pertinence de refaire un film qui a déjà été fait, et de très belle façon en plus. Mais là, grâce à l’inversion des genres, j’ai constaté très vite qu’il y avait matière à une autre interprétation, qu’un espace existait pour en faire un film différent, qui soit de notre cru. »

Vivre un rôle de l’intérieur

Michelle Williams était en train de travailler chez elle, à Brooklyn, en vue d’un film de Sean Durkin sur la vie de Janis Joplin (maintenant en suspens) quand elle a reçu un courriel de Julianne Moore. Cette dernière, qui occupe le siège de productrice pour la première fois de sa carrière, voulait sonder son intérêt à propos de ce projet de remake, dont Bart Freundlich (Wolves), son mari, allait signer la réalisation.

« J’ai lu le scénario que Julianne m’a fait parvenir et je lui ai répondu dans les heures qui ont suivi, se rappelle Michelle Williams. Je lui ai alors dit que j’étais totalement engagée dans cette histoire et que je pouvais commencer à travailler mon rôle sur-le-champ ! Le fait que cette proposition vienne de Julianne, que j’admire tellement, a constitué un attrait immédiat. En lisant le scénario, vraiment bien écrit, j’ai tout de suite pu visualiser le film qui pouvait en être tiré. Julianne et moi disions justement à quel point c’est bon signe quand cela arrive. Et sur un plan plus terre-à-terre, le tournage a eu lieu à New York, où j’habite. Cela me permettait de rentrer à la maison le soir et de passer du temps avec les miens, ce qui, à mes yeux, est très important. »

Michelle Williams, déjà quatre fois citée aux Oscars (aussi en lice cette année aux Emmy Awards grâce à la minisérie Fosse/Verdon), fait partie de ces comédiens qui ont besoin de vivre un rôle de l’intérieur. Son personnage étant lié à un orphelinat en Inde, l’actrice, qui n’a pas visité ce pays depuis 10 ans, aurait bien aimé y retourner en guise de préparation.

« C’était un peu difficile à organiser, explique-t-elle. En revanche, je me suis rendue dans des orphelinats au Guatemala. »

« Quand tu es témoin de la pauvreté dans un pays émergent, ça s’imprime dans ton esprit et dans ton corps. Je voulais m’assurer d’avoir ces images bien imprimées dans mon cerveau au moment du tournage. Pour construire un personnage, c’est la seule façon. Je ne dis pas que c’est LA façon de faire, mais c’est celle qui fonctionne pour moi. »

« Chaque rôle correspond à une étape de ma vie, poursuit Michelle Williams. Avant d’interpréter Sally Bowles [à Broadway dans Cabaret], je suis allée à Berlin pour m’imprégner des endroits qui sont évoqués dans le spectacle. J’aime me nourrir et avoir des images de ce dont je parle. Comme ça, je ne me sens pas comme un imposteur ou une menteuse quand je me présente sur le plateau ou sur la scène ! »

Pas de satisfaction, jamais…

Ayant commencé très tôt dans ce métier, à une époque où, malheureuse à l’école et sans amis, elle a vu dans le jeu une façon d’échapper à sa condition, Michelle Williams a pris plusieurs années avant de décider de s’en faire une vocation.

« Au départ, il s’agissait plutôt pour moi d’un passe-temps. Ce n’est que plus tard que je me suis prise de passion pour le jeu. Aujourd’hui, ce métier me comble et contribue à me valoriser intérieurement. Mais, comme a dit un jour Martha Graham à Agnes de Mille : “There is no satisfaction whatever at anytime.” » Tous les artistes que je connais vivent avec ce sentiment. On n’arrive jamais tout à fait à l’endroit où l’on veut se rendre, et c’est tant mieux. Parce que ça nous permet d’apprendre, de grandir. Bien sûr, il faut un minimum de confiance en soi, mais si petite que soit cette flamme, elle ne peut jamais être éteinte. »

Pour garder intacte cette confiance, Michelle Williams ne regarde pratiquement jamais ce qu’elle fait. Au festival de Sundance, où After the Wedding a été présenté lors de la soirée d’ouverture, au mois de janvier, l’actrice a accompagné l’équipe, mais à ce jour, elle n’a toujours pas vu le film.

« À moins de pouvoir les regarder trois ou quatre fois afin de m’en détacher et d’avoir un regard neutre, je ne vois jamais les films dans lesquels je joue, précise-t-elle. Je sais que si je les regarde seulement une fois, je serai tellement critique et sévère envers moi-même que je n’en retirerai rien de constructif. Au contraire, ça laissera probablement des dommages. Un tournage est une expérience très personnelle à mes yeux. Je veux la vivre pleinement, à l’intérieur de moi, pas comme si c’était quelque chose de désincarné. »

After the Wedding (Après la noce, en version originale avec sous-titres français) prendra l’affiche le 23 août.