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The Reluctant Fundamentalist: ouvrir le dialogue

La réalisatrice Mira Nair donne des instructions au... (Photo fournie par Mongrel/Métropole Films)

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La réalisatrice Mira Nair donne des instructions au comédien Liev Schreiber sur le plateau de The Reluctant Fundamentalist.

Photo fournie par Mongrel/Métropole Films

Josée Lapointe

Il faut avoir un certain culot pour mettre le mot «intégriste» dans le titre d'une oeuvre. Il fallait celui de Mira Nair, une cinéaste qui a toujours fui l'insignifiance et qui essaie de rendre le monde un peu meilleur avec ses films.

The Reluctant Fundamentalist - L'intégriste malgré lui, en version française - est un (autre) film sur les séquelles du 11-Septembre, mais qui adopte l'angle du dialogue plutôt que celui de la confrontation. «Il parle de la suspicion, explique Mira Nair au téléphone. De la façon dont le regard des autres peut influencer notre perception de nous-mêmes.»

Mira Nair y raconte l'histoire de Changez, jeune Pakistanais diplômé de Princeton, recruté par un bonze de Wall Street pour faire du redressement d'entreprise - lire pour maximiser les profits des investisseurs. Tout va bien pour le jeune homme qui s'est même fait une petite amie photographe (Kate Hudson), avec qui il vit une relation profonde et intense.

Mais surviennent les attentats du 11 septembre 2001 et, tout à coup, même ses amis proches ne le regardent plus de la même façon. Devenu ennemi potentiel, Changez se remet en question, puis quitte les États-Unis pour le Pakistan. Après avoir vécu le rêve américain, il devient professeur et cherche à identifier le «rêve pakistanais».

Lorsque le film commence, un enseignant américain vient d'être enlevé, et Changez se heurte encore une fois au regard suspicieux d'autrui. «Les apparences sont parfois trompeuses», dit le jeune homme lorsqu'il commence à raconter son histoire à un journaliste venu l'interviewer. «C'est ce que je crois, dit la cinéaste. On catégorise souvent les gens, et c'est ce qui mène directement à l'intolérance et aux guerres.»

Mira Nair maintient volontairement les spectateurs dans l'ignorance pendant une bonne partie du film: Changez est un leader charismatique, mais est-il un dangereux terroriste ou un pacifiste? «J'ai voulu que les spectateurs voient le reflet de leur propre jugement dans le film. Pas pour qu'ils se sentent coupables, mais plutôt pour qu'ils se reconnaissent dans l'autre.»

Une gestation difficile

The Reluctant Fundamentalist est tiré du best-seller de Mohsin Hamid paru en 2007. Il a fallu cinq ans à la réalisatrice de Salaam Bombay! et de Monsoon Wedding pour réussir à le tourner. «Ce fut mon projet le plus difficile et le plus compliqué. Les investisseurs ne voulaient pas y toucher. Certains s'en approchaient, puis se sauvaient en courant. Financièrement, le projet est tombé deux fois. Mais je voulais absolument le faire. Ça doit se sentir dans chaque scène, chaque cadrage!»

C'est après un voyage au Pakistan en 2004, à Lahore - là où se déroule le film -, qu'elle a eu envie de parler de ce pays. Elle affirme y avoir découvert un Pakistan bien différent de ce qu'on lit dans les journaux. «J'ai été estomaquée par ce que j'y ai vu. L'ouverture d'esprit, la culture incroyable, la beauté.»

Pour Mira Nair, «si on ne raconte pas ça, personne ne va le faire à notre place». Parce que la vie ne se résume pas au «Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous» de George W. Bush, elle a pris à bras-le-corps ce qui est bien plus un film d'apprentissage, une quête existentielle et une histoire d'amour qu'un film politique.

Mais il lui fallait montrer cet autre Pakistan, fait de musique, de poésie et d'espoir. Ce pays où des dizaines de milliers de jeunes universitaires se déplacent pour aller entendre la conférence d'un auteur pakistanais qui écrit en anglais. «C'est arrivé à Mohsin Hamid, qui est allé au Pakistan récemment. Ça se passe maintenant, mais vous n'en entendrez jamais parler!»

Née en 1957 dans une petite ville de l'État d'Orissa, en Inde, fille d'un fonctionnaire et d'une travailleuse sociale, Mira Nair raconte qu'elle n'a jamais voulu se «fondre dans la masse». La cinéaste qui a vécu à New York et habite maintenant en Afrique du Sud estime que le parcours d'une personne change inévitablement sa façon d'appréhender la réalité. «Plus on expérimente le monde, plus notre vision s'élargit.»

La sienne lui permet de mettre sur un pied d'égalité le capitalisme sauvage pratiqué à Wall Street - dont elle dresse un portrait sombre - et le fanatisme religieux. Et elle refuse que son héros ait à choisir entre ce qu'elle considère comme deux types d'intégrisme. «Je ne les mets pas l'un contre l'autre, je ne dis pas que l'un crée l'autre. Je dis seulement que ce sont deux croyances et qu'en y restant campé, il n'y a pas de conversation possible.»




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