La vie d’une femme vivant heureuse en couple depuis plusieurs années est perturbée par le retour inattendu d’un homme qu’elle a déjà aimé, ami de celui avec qui elle vit maintenant.

Publié le 5 août
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Pour ce long métrage conçu pendant le confinement, Claire Denis a refait équipe avec l’autrice Christine Angot. À l’instar d’Un beau soleil intérieur, cette dernière cosigne avec la cinéaste le scénario de ce film inspiré de l’un de ses romans : Un tournant de la vie. Le récit d’Avec amour et acharnement est construit autour d’une relation amoureuse que la cinéaste française s’attarde à étudier en empruntant sa manière bien à elle, qui déconcerte et fascine à la fois.

Les premières séquences pourraient presque laisser croire à un drame romantique à l’eau de rose. On y voit Sara (Juliette Binoche) et Jean (Vincent Lindon) à la mer, en train de s’offrir une baignade dans un endroit aussi paradisiaque qu’isolé. Il la tient doucement pour la faire flotter, l’embrasse au passage, bref, cet homme et cette femme, qui partagent leur amour depuis neuf ans, semblent filer le parfait bonheur ensemble. Ils s’aiment tout autant dans leur vie quotidienne, mais, progressivement, des jours plus tumultueux pointent à l’horizon.

Quand Jean annonce à sa bien-aimée que son vieil ami François (Grégoire Colin), qu’il n’a pas vu depuis longtemps, souhaiterait monter un nouveau projet professionnel avec lui, Sara n’en fait pas trop de cas. C’est en apercevant ce dernier subrepticement dans la rue que le trouble s’installe. Croyant avoir relégué la passion amoureuse qu’elle a vécue à l’époque avec cet ami de Jean au rayon des souvenirs bien assumés, bien réglés, Sara ne peut s’empêcher de se laisser envahir par une vague d’émotion ramenant des sentiments que les anciens amants ont partagés à une autre étape de leur vie.

Empruntant les points de vue de Sara et de Jean, Claire Denis filme ses personnages de très près, souvent en gros plans, prête à scruter l’intimité des protagonistes. La partie consacrée à la crise du couple est d’ailleurs fort bien menée, d’autant qu’on ne pouvait soupçonner l’ampleur dramatique de certaines scènes. Les retrouvailles entre Sara et François ne sont pas simples non plus.

Les ramifications que greffent les autrices à leur histoire semblent en revanche plus artificielles. Mis à part le bonheur de voir Bulle Ogier dans le rôle de la mère de Jean, on comprend mal pourquoi le lien entre ce dernier et son fils Marcus (Issa Perica), né d’une mère antillaise, n’est pas mieux développé. Ni pourquoi les témoignages des invités de Sara, animatrice de radio à RFI, ne s’intègrent pas mieux au récit.

Cela dit, Juliette Binoche et Vincent Lindon se sont jetés corps et âme dans ce drame fébrile, truffé de sentiments incontrôlables, souvent tourné caméra à l’épaule. Les deux vedettes livrent, une fois de plus, de remarquables performances.

Au festival de Berlin, pendant lequel une première version de ce texte a été publiée, Avec amour et acharnement a valu à Claire Denis l’Ours d’argent de la mise en scène.

Avec amour et acharnement

Avec amour et acharnement

Claire Denis

Avec Juliette Binoche, Vincent Lindon, Grégoire Colin

1 h 56
En salle

½