Jeunes et talentueux, Léonardo et Sara forment un couple d’Afro-Cubains qui désire quitter Cuba pour trouver un meilleur avenir ailleurs. Ils fomentent un plan par lequel Léonardo séduit Nasim, une touriste irano-canadienne, dans le but de l’épouser et de s’installer à Montréal, où Sara viendra le rejoindre. Or, rien ne se passe comme prévu.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

Sin La Habana n’est pas qu’un film. C’est une œuvre multidisciplinaire. Un objet d’art. Une expérience sensorielle où le réalisateur s’est permis toutes les audaces.

Le film est construit autour d’un scénario solide et prometteur : l’immigration par le mariage arrangé. Léonardo (Yonah Acosta Gonzalez) est un danseur de ballet doué qui, avec l’approbation de sa conjointe Sara (Evelyn Castroda O’Farrill), séduit une touriste, Nasim (Aki Yaghoubi), pour s’installer à Montréal.

Sara est une avocate cartésienne assurée d’avoir une meilleure position au Canada. Quant à Nasim, artiste du verre, elle a fui un conjoint violent et essaie de s’extraire des dogmes familiaux.

Pourquoi quitter Cuba ? Pas uniquement pour des raisons politiques. Mais parce que les Noirs sont victimes de racisme dans l’île de Fidel. Léonardo l’apprend à ses dépens lorsqu’il est relégué dans un second rôle pour un ballet alors qu’il est le meilleur danseur de sa troupe.

Le réalisateur Kaveh Nabatian a ainsi voulu rappeler au spectateur que le racisme existe partout. D’ailleurs, en arrivant à Montréal, le personnage de Léonardo n’en a pas fini avec l’isolement. Il est ostracisé par le père de Nasim, lui-même immigrant iranien de confession juive, qui le traite d’un mot commençant par n…

Une œuvre forte

L’ensemble est bien ficelé avec de bonnes intrigues secondaires. Singulière, la forme narrative qu’emprunte le réalisateur mérite que l’on s’y attarde quelques instants.

En effet, la mise en scène se moule aux désirs d’émancipation comme aux valeurs culturelles et spirituelles des trois personnages principaux. Ayant touché autant à la danse qu’à la musique, au tournage de clips et au documentaire, le réalisateur Kaveh Nabatian a utilisé tous les outils à sa disposition pour proposer une œuvre forte, colorée, nerveuse, hip-hop et crue.

Les séquences sont très courtes et variées. On passe de la réalité de la rue au rêve et au mysticisme, de la danse aux scènes intimes, des rythmes cubains à la musique iranienne.

Tout cela mis ensemble donne une mosaïque très spéciale, reflet du Montréal multiculturel.

Et le langage du corps est d’une importance capitale dans cette histoire. Cherchant à trouver leur place dans ce triangle amoureux rempli de pièges, Léonardo, Sara et Nasim utilisent le mensonge pour rester dans un équilibre précaire. Mais leurs corps, leurs postures, leurs attitudes ne mentent pas et expriment leurs réels sentiments jusqu’à la scène finale.

L’avenir appartient à ces jeunes gens ambitieux. Mais encore faut-il qu’ils se débarrassent de leurs carcans.

En salle (en anglais, espagnol et farsi avec sous-titres français).

Sin La Habana

DRAME

Sin La Habana

Kaveh Nabatian

Avec Yonah Acosta Gonzalez, Aki Yaghoubi, Evelyn Castroda O’Farrill

1 h 35

½

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