Non, contrairement aux craintes soulevées par le changement de réalisateur, Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, n’a pas vraiment changé. D’ailleurs, l’affiche de ce troisième opus parodique le mentionne : « Le monde a changé. Pas lui. » Réactionnaire, raciste, misogyne, inculte, colonialiste : son arsenal compte toujours les mêmes munitions, et il y puise à foison pour tirer des rafales d’énormités scandaleuses, mais absurdement drôles.

Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Après l’Égypte et le Brésil, c’est maintenant au tour de l’« Afrique » (présentée plus ou moins comme un pays !) de goûter aux méthodes de ce James Bond français en papier mâché. En 1981, à la veille de l’élection du « communiste » François « Mittrand », il y est envoyé pour protéger et maintenir au pouvoir un président « démocratiquement » mis en place par l’Hexagone, menacé par une rébellion nationale, ainsi que pour trouver OSS 1001, un jeunot doué (mais à côté d’OSS 117, qui ne le paraît pas ?) idolâtrant l’agent de La Bath – ou plutôt le mythe qui l’entoure.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Après l’Égypte et le Brésil, c’est maintenant au tour de l’« Afrique » (présentée plus ou moins comme un pays !) de goûter aux méthodes d’OSS 117, ce James Bond français en papier mâché.

Mais posons sans plus attendre la question essentielle. Alors que les deux précédents épisodes parodiques avaient été imaginés et signés par Michel Hazanavicius de sa griffe décapante caractéristique, quelle direction prendrait OSS 117 une fois le flambeau de la réalisation passé au dramaturge et chroniqueur controversé Nicolas Bedos ?

Eh bien, le virage n’est pas aussi serré que l’on aurait pu s’y attendre, et la saveur humoristique absurde et décalée présente une certaine continuité avec les facéties antérieures de l’agent sous-doué.

On retrouve bien sûr avec plaisir le même grain d’image vieilli et la mise en scène mimiquant les productions datées. Mais pour raccrocher les wagons, on peut surtout compter sur l’indéboulonnable Jean Dujardin, qui campe son personnage et fait de nouveau corps avec lui. À tel point que si James Bond a adopté de multiples visages au fil du temps, on se demande si la version burlesque d’Hubert de La Bath, avec son rire nigaud inimitable, pourrait un jour adopter d’autres traits.

Caricature à gros traits

L’écriture, quant à elle, reprend les formules qui ont couronné de succès Le Caire, nid d’espions et Rio ne répond plus, avec une succession de boulettes (l’agent surconfiant sape sa propre mission et celles de ses partenaires, tout en retombant toujours sur ses pattes), mais surtout une avalanche de préjugés racistes et sexistes (« Il y a quand même un hic, et un hic de taille… vous êtes une femme. Et une femme présidente… », sert-il à la meneuse de la rébellion).

Moment hilarant et résumant parfaitement le ton du film : on voit Hubert de La Bath se renseigner sur le lieu de sa mission en bouquinant dans l’avion… Tintin au Congo !

Les apôtres du politiquement correct en prendront pour leur rhume, car cet aspect de la comédie a été souligné à grands traits, mais il faut quand même souffrir d’une bonne myopie pour ne pas y voir, dans un second degré évident, la grossière dénonciation de la mentalité colonialiste de l’époque, le patriotisme ridicule et les intolérances qui se sont perpétuées jusqu’à aujourd’hui. Beaucoup de clins d’œil font d’ailleurs référence à notre actualité (« On voit du racisme partout »). En ce sens, Bons baisers d’Afrique va peut-être plus loin que les épisodes précédents, mais on rit de bon cœur des idioties débitées par cette caricature de l’Occidental raciste et miso. Par prudence, on a quand même senti le besoin de se servir du personnage d’OSS 1001 (avec une performance très convaincante de Pierre Niney) pour condamner explicitement les propos et agissements ridicules de La Bathe.

OSS toujours en selle

C’est davantage du côté du scénario que l’infléchissement s’est produit. Simplifié et plus facile à suivre, il est l’une des raisons pour lesquelles Hazanavicius n’a pas rejoué la carte OSS 117, ne le jugeant pas à la hauteur. On y dénote certes moins de rebondissements et quelques faiblesses, dont des personnages secondaires plus effacés, mais les clowneries de Dujardin, elles, font toujours mouche. Certains spectateurs ont annoncé qu’ils bouderont le film en raison du changement de réalisateur, et il est vrai qu’on a récemment vu des comédies parodiques françaises mal virer (La tour de contrôle infernale, prélogie ratée de La tour Montparnasse infernale). Eh bien, qu’ils fassent la baboune dans leur coin et laissent les autres se payer quelques tranches de rigolade à la sauce OSS qui, elle, n’a pas si mal tourné.

En salle le 4 août

OSS 117 – Bons baisers d’Afrique

Comédie d’action

OSS 117 – Bons baisers d’Afrique

De Nicolas Bedos

Avec Jean Dujardin et Pierre Niney

1 h 56

½