En 1995 à Srebrenica, une traductrice, au service d’une base des Nations unies contrôlée par des Casques bleus néerlandais, tente de protéger son mari et ses deux fils adolescents alors que la crise s’aggrave. L’armée de la république serbe de Bosnie vient de prendre d’assaut la ville, pourtant désignée zone sécuritaire par l’ONU.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Dès Grbavica, son premier long métrage, la cinéaste bosniaque Jasmila Žbanić s’est imposée sur la scène internationale en remportant l’Ours d’or du festival de Berlin en 2006. Cette année, Quo vadis, Aida ? se retrouve aux Oscars parmi les cinq finalistes dans la catégorie du meilleur film international. La réalisatrice, née à Sarajevo, nous offre sans contredit l’une des œuvres cinématographiques les plus puissantes du moment. Si ce long métrage, inspiré par l’un des évènements les plus tragiques survenus en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, pouvait disposer d’une campagne digne de ce nom auprès des membres votants de l’Académie, il pourrait sans doute remporter la statuette dorée. Et ce serait mérité.

Dans son film, Jasmila Žbanić reconstitue le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, à travers l’histoire d’Aida et de sa famille. Traductrice, cette résidante de la petite ville bosniaque se révèle indispensable pour relayer à ses concitoyens les messages des Casques bleus, débordés et impuissants, d’où sa présence à l’intérieur d’un camp où ne peuvent s’entasser plus de 5000 personnes. À l’extérieur, cinq ou six fois plus de compatriotes désespérés sont retenus derrière les barrières, parmi lesquels le mari et les fils d’Aida.

Le récit relate les efforts que fait Aida pour assurer d’abord la sécurité des siens. Comme spectateur, nous sommes ainsi plongés dans l’angoisse totale découlant de l’incertitude, avec ce pressentiment que la folie des hommes finira par emporter tout le reste. L’inéluctable dénouement, sobrement illustré mais combien fort, glace le sang. Et rappelle à quel point toute cette horreur liée au « nettoyage ethnique » durant la guerre de Bosnie-Herzégovine a eu lieu dans l’indifférence générale du monde, il y a à peine un peu plus de 25 ans.

Entourée d’excellents acteurs, qui, nous étant inconnus pour la plupart, en deviennent d’autant plus authentiques, Jasna Đuričić offre une saisissante performance dans le rôle d’Aida, du genre de celles qui nous resteront longtemps en mémoire.

Quo vadis, Aida ? est à l’affiche en salle à Montréal, en version originale avec sous-titres anglais. Il est aussi offert en ligne sur plusieurs plateformes, notamment iTunes, Amazon, Cogeco, Bell, Telus, Rogers et Boutique Cineplex.

IMAGE FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Quo vadis, Aida ?, un film de Jasmila Žbanić

Quo vadis, Aida ?

Drame de Jasmila Žbanić. Avec Jasna Đuričić, Izudin Bajrović, Boris Isaković.

1 h 41

★★★★