Grâce à sa simplicité, grâce aussi à sa façon d’aborder des questions délicates auxquelles certains couples font parfois face à l’automne de leur vie, parfois très tard, avec un peu de chance, Supernova émeut profondément.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Pour son deuxième long métrage à titre de scénariste et de réalisateur, Harry Macqueen, connu aussi à titre d’acteur, suit avec beaucoup de sensibilité le parcours d’un couple mûr, pas si vieux, appelé à entreprendre une démarche de deuil beaucoup trop tôt, environ 25 ans avant celle des personnages d’Amour. Supernova nous ramène en effet à l’esprit le poignant film de Michael Haneke sur le plan thématique, bien que les deux films soient très différents.

Tusker (Stanley Tucci) et Sam (Colin Firth), ensemble depuis très longtemps, viennent à peine d’amorcer leur soixantaine que la maladie s’infiltre insidieusement dans leur amour. Quand on voit les deux hommes parcourir les routes de la campagne anglaise dans leur véhicule récréatif, rien ne semble pourtant annoncer l’inéluctable échéance. Les mots d’esprit, les petits gestes intimes anodins, la complicité naturelle, établie au fil d’une relation construite sur des décennies, tout est là, bien perceptible.

Sans en glisser mot, les deux amoureux ont cependant pleinement conscience du caractère définitif de cette randonnée au cours de laquelle ils rendent visite à des parents et amis. Tusker, on l’apprendra vite, est atteint d’une maladie dégénérative qui, il ne le sait que trop douloureusement, le laissera bientôt sans mémoire. Et qui fera de Sam un inconnu à ses yeux.

Sans effets spectaculaires

Habilement, Harry Macqueen emprunte le point de vue de l’un et de l’autre. Tusker, écrivain américain installé en Angleterre depuis longtemps – par amour pour Sam, sans doute –, tient à prendre possession de sa maladie à sa façon et ne veut surtout pas devenir un poids pour son conjoint. Sam, pianiste de concert qui ne joue plus très souvent, compte prendre soin de celui qu’il aime jusqu’au bout, tout en commençant, malgré lui, à faire le deuil de celui qui partage encore sa vie.

PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Stanley Tucci et Colin Firth dans Supernova, film de Harry Macqueen

Supernova ne comporte pas d’effets dramatiques spectaculaires, mais le cinéaste ponctue son récit de scènes qui traduisent de beaux – et touchants – moments de vérité. Sans jamais rien bousculer, il orchestre une mise en scène où les personnages prennent le temps de se déposer. Avec les superbes images de Dick Pope, qui a notamment signé la photographie de Mr. Turner pour Mike Leigh (un cinéaste avec qui Pope travaille souvent), ce long métrage se distingue aussi grâce à sa beauté formelle.

Cela dit, le plus grand atout dont dispose Supernova réside dans la rencontre au sommet de deux grands acteurs. Dépouillant leur jeu de toute afféterie, Stanley Tucci et Colin Firth empruntent une approche retenue, d’autant plus bouleversante qu’elle repose sur un souci d’authenticité. Il n’y a pas de mélodrame ici. Que deux hommes amoureux qui tentent de composer du mieux qu’ils peuvent avec un sale tour du destin. Et c’est très beau.

AFFICHE FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Supernova, de Harry Macqueen

Supernova est offert en vidéo sur demande, notamment sur iTunes/Apple TV, en version originale anglaise et en version doublée en français. Aussi offert par YouTube et Google Play.

★★★★

Supernova. Drame de Harry Macqueen. Avec Colin Firth, Stanley Tucci, Pippa Haywood. 1 h 33.