La démarche de mise en scène de Costa-Gavras est limpide. Puisque son histoire (vraie) est campée dans un milieu austère et sans compromis, un milieu d’hommes en costards qui n’ont rien à foutre de la vie de leur prochain, une ambiance froide et sans âme s’imposait.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Mais à trop vouloir déshumaniser le récit avec lequel son film fait corps sans presque jamais s’en éloigner, le réalisateur n’est pas parvenu à nous atteindre. Ni au cœur. Ni à l’esprit. Évidemment, on aurait souhaité le contraire.

Remontons cinq ans en arrière.

Nous sommes en 2015. La Grèce, endettée jusqu’au cou, est au bord du gouffre. Un nouveau gouvernement dirigé par le parti Syriza prend les commandes. C’est l’espoir de tout un peuple. Le premier ministre Aléxis Tsípras (Alexandros Bourdoumis) nomme un proche collaborateur et ami, Yánis Vároufakis (Christos Loulis), comme ministre des Finances.

Dès sa première rencontre avec les financiers de l’Europe, dans l’espoir de refinancer la dette du pays, Vároufakis se bute à des pairs psychorigides et qui n’hésitent pas à lui balancer les pires insanités. Il a le choix entre imposer de nouvelles mesures d’austérité aux Grecs (à contre-courant des orientations du parti élu) ou se faire mettre en faillite.

« C’est ça, le but de cette rencontre ? Insulter tout un peuple ? », lâchera Vároufakis dans un moment de frustration.

Après cinq mois et demi au gouvernement, dégoûté, largué par le premier ministre, Vároufakis va démissionner. À partir de conversations enregistrées, il écrira le récit éponyme duquel Costa-Gavras a tiré son scénario.

Le thriller financier et politique qui en ressort n’a de thriller que le nom. 

Sans doute très collé à la réalité, le film est une longue suite de réunions, de querelles autour de la table, de conciliabules, d’avalanches de chiffres. Pour bien faire passer l’urgence de la situation, le rythme est essoufflant, haletant, presque sans pause.

Dans le contexte, on devait s’attendre à une espèce de tension qui nous tiendrait au bout de notre chaise. On aurait pu s’attendre à une émergence de sentiments, une colère, quelque chose. Mais non, il n’en est rien.

Pourquoi ? Peut-être en raison de l’effet répétitif. Mais surtout parce que le jeu des comédiens manque cruellement de vérité. Les dialogues sont plaqués, déclamés (comme une tragédie grecque, oui, on a bien compris). 

Comme dans un mauvais téléroman, on a le sentiment que les acteurs ne savent pas où se mettre.

En fait, on a davantage l’impression de voir les didascalies que le texte lui-même.

Quitte à faire une mauvaise comparaison, on rappellera que, dans le même genre, The Big Short d’Adam McKay nous avait soufflé.

Costa-Gavras s’est amusé à introduire ici et là quelques magnifiques métaphores comme celle du peuple qui, alors que les membres du gouvernement sont attablés au resto, lui tourne le dos. Ou comme cette danse traditionnelle à la toute fin pour rappeler au premier ministre Tsípras comment il est piégé. On en aurait pris davantage.

Le film se termine sur le constat que le peuple grec souffre toujours aujourd’hui. Là-dessus, on ne pourra pas douter de la sincérité du réalisateur de Z envers les gens de son pays d’origine. Il faut reconnaître que son œuvre, malgré toutes nos réserves, prend leur parti et leur rend hommage.

Adults in the Room est offert sur la plateforme du Cinéma du Parc (dès ce vendredi) et le sera sur plusieurs autres dès le 2 juin.

IMAGE FOURNIE PAR MAISON 4 : 3 

Conversations entre adultes

★★½

Adults in the Room (v.f. : Conversations entre adultes), un docufiction de Costa-Gavras, avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis et Ulrich Tukur. 2 h 04