En Anatolie centrale, au milieu de nulle part, se trouve le village kurde de Xalko. Alors que la plupart des hommes ont rejoint l’Europe à la recherche d’un gagne-pain, les femmes restent. Entre espoir, résignation et une certaine dose d’humour, elles font vivre la communauté en s’occupant des animaux de ferme.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Fin 2017, Xavier Beauvois signait le film de fiction Les gardiennes qui illustrait le travail de femmes françaises à la ferme en 1915, leurs maris étant partis au front. Un siècle plus tard, le documentaire Xalko nous ramène dans le même quotidien, la même ambiance.

L’endroit, on l’aura compris, est triste, figé dans le temps, moyenâgeux. Les cinéastes nous le font voir dès la première scène avec ce lever du jour brumeux et enrobé d’une étrange lumière mauve. Et lorsque la brume se dissipe, on découvre un paysage rocailleux, lunaire, désertique, où les enfants s’amusent avec n’importe quel bout de ficelle et où de vieux hommes conduisent des troupeaux de moutons dans une cacophonie de clochettes et de nuages des poussière.

Les femmes ? Résilientes, travaillantes, excédées, batailleuses, mais aimantes. Les vraies gardiennes, ce sont elles.

Les deux réalisateurs ont raison de dire, dans une présentation, que le film traite d’immigration du point de vue de ceux (celles !!) qui restent. Toute la crise des migrants se mire dans ce village sans avenir dont les habitants ne savent pas où aller, mais ont en même temps de la difficulté à rompre avec de vieilles traditions.

IMAGE FOURNIE PAR LES FILMS DU 3 MARS

Xalko

À ce sujet, une scène est éloquente. De retour pour quelques jours, des hommes tentent de convaincre une jeune femme non mariée de s’unir au premier homme libre. Celle-ci, allumée, refuse de s’embarquer dans une vie sans lendemain.

Le film, qui tourne parfois au ralenti, observe sans juger. Subtilement, il pose néanmoins des questions sur nos racines, nos ancrages, notre identité. Car ceux qui sont partis ne sont pas nécessairement plus heureux.

Xalko est diffusé sur les plateformes des Films du 3 mars et de Tënk.

★★★½

Xalko, un documentaire de Sami Mermer et Hind Benchekroun, avec Alif, Nur, Figen, Oncle Köse et autres habitants du village. 1 h 40.